‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 71 sur 195 · LIVRE VIWGT-CINQtJlÈME. l'JÏ · texte numérisé non relu

LIVRE VIWGT-CINQtJlÈME. l'JÏ

de modératiovi et d'économie , ils trouvaient que rien ne leur manquait ; ils satisfaisaient à tout , sans engager ni aliéner leur domaine , et par conséquent ils étaient en e£fet , malgré leur pauvreté apparente , beaucoup plus riches ' que leurs suc-

£nfoy <{ue fait-on en France depuis près de trois cents ans^ que travailler à gnérir les plaies qu'a faites à la domination française ce temps dont on exalte le bonheur et la sagesse? Le àùc de Sully paraît donc ki un peu frappé du préjugé populaire qui fait admirer tout œ qui porte les marques de Tantiquité. Une chose peut pourtant servir à lexcuser. Il avait été témoin d'une partie des malheurs que la guerre des religions ayait causés dans le dernier siècle , et anxqneb , pour dire vrai , « on ne trouve que très-peu d'exemples dân& notre histoire» peut-être même point du tout, qu'on puisse comparer. Il a cru ae point se tromper en mettant ces malheurs sur le compte du gouvernement. Mais n'est-il pas plus vraisemblable qu'ils ne furent si grands , que parce qu'au contraire le gouvernement monarchique n'était pas encqre véritablement tel parmi noHs? Un roi qui aurait joui d'une puissance égale à celle dont nos rois sont aujourd'hui en possession, aurait trouvé le nioyen de les prévenir, parce qu'il aurait su tenir dans le respect les grands, auxquels seuls il faut les imputer. . ' Si l'on veut parler exactement, on ne dira point, le roi est riche ou pauvre, le roi est la plus publique de toutes les personnes à qui l'on donne ce nom. En cette qualité, il ne possède rien qui n'appartienne en même temps à fout f état ; et à le bien prendre,- il n'y a aucune des dépenses censées royales qu'on ne puisse et qu'on ne doive appeler aussi dépenses civiles, puisqu'elles se font toutes au nom de Futilité, et en vue de fétat entier. Cela est déjà incontestable pouf l'entretien des gens de guerre, de la marine, des fortifications , etc. Cela ne l'est pas moins quant à tous les ou>Tages d'utilité et

17^ MEMOIRES DE SULLT.

cesseurs au milieu de tous les trésors que leur ont acquis un pouvoir sans bornes et iMie autorité absolue. Il n'y. a en ceci aucun paradoxe. Un ptwce qui peut beaucoup, crcMt tout pouvoir, et entr^rendre tout ' , sans s'apercevoir d'une

de commodité publique , ou simplement de grandeur et de magnificence. Sera-ce de toute une multitude qu'il faudra attendre l'attention de contryouer volontairement pour ce qui est de plus grande utilité, de plus grande commodité, ou de plus grande gloire; pour le& dépenses secrètes qu'âge la pO' litique, pour celles qui assurent la récompense' de la valeur, du mérite^ des sciences et des arts? Ce serait ne pas connaître calque c'est que le- peu^He. La forme républicaine ne peut être le bonheur que d*un très-petit état. «

' Voilà la plus forte objection qu'on puisse faire, et celle qu'on fait effectivement sans cessq contre l'autorité monarchique. Un seul homme maître de tout! Que cet homme soit un ambitieux-, un prodigue, un barbare, voilà tout un peuple de sujets qui sont ses victimes. Je ne^e pas la poi^ibilité du fait; il y en a des exemples , et, en l'admettant , je conviens que c est là le grand inconvénient , et en un sens , le seul de cette sorte de gouvernement.

Mais, puisqu'un bonheur parfait à tous égards n'est pas fait pour être le partage des hommes, et que la sagesse humaine, avec ses plus grands efforts , ne se promet que de diminuer la mesure du mal sur la terre, il n'est question que de savoir si l'institution du pouvwr monarchique remplit mieux ce pl*° que toute autre forme de gouvernement : ce qui devient clair, ce me semble, avec un peu de réflexion.* De médiocres vertus suffisent ici pour le bien, si elles ne suffisentpas pour le mieux; enfin l'incapacité se supplée par le choix dos ministres. Ce sont toutes ces raisons qui font que, sous un gouvernement royal, nul mal n'est ni de très-longue durée, ni absolument irreme-

Page 1