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erreur capitale dans le calcul qu'il fait de ses forces ; c'est l'affaibliBsement et la ruine de ses sujets , qui malheureusement va comme ses désirs , toujours en augmentant , et le réduit enfin à ne pouvoir j)lus rien du tout.
diable. Il faudrait pour cela que Tignorance et la présomption prêtassent la main à presque tous les vices rassemblés.
Ces principes nous mènent à conclure qu'il n'y a qu'un seul moyen, mais infaillible^ de prévenir tous les maux qu'ont produits en France les grands, en Angleterre le peuple, dans le Nord le clergé, les moines en Orient, les soldats dans plusieurs anciennes monarchies, et dans une infinité d états, la diversité des religions ; c'est d'augmenter l'autorité royale jusqu'à un degré suffisant, non-seulement pour contre-balancer toutes ces différentes autorités, mais encore pour l'emporter sur elles. Le nom de roi, pourvu qu'on ne le réduise pas à un vain nom , sera un écueil contre lequel viendront se briser, sans même avoir pu former Je moindre orage , ce qu'on voit de temps en temps s'élever de flots, du côté des parlemens, des universités, ou de tout autre corps.
La raison en est sensible. Toute autre puissance n'est qu'une puissance composée, pour ainsi dire, de pièces rapportés, qui par quelque endroit laisse entrer tous les membres du corps j>olitique en partage de la mfaîtrise , c'est-à-^ik'e d'un bien qui ne saurait être partagé. La seule puissance royale tient tout en ordre, fait face et répond à tout, parce qu'elle est supérieure à tout, et que tout se confond devant elle. Elle ne manquera jamais son coup, que quand elle pourra paraître douteuse. Il faut dans l'état une autorité visible, dont l'éclat frappe les yeux de tout ce qui voudrait sortir de sa place: Car c'est une vérité, qu'il me semble qu'on n'a pas assez reconnue, que tous les malheurs, toutes les révolutions qui affligent ou détruisent jes états viennent, sans exception, du manque de subordina-
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Je n'ai rien dit de toutes les peines que lui eoùte d'ailleurs à rassasier une avidité véritablement insajtiable. La taîUe , qui, de tous les impôts arbitraires , est , sans contredit , le plus pernicieux comme le plus inique, en comprenant sous ce nom toute capitation ou cotisation personnelle arbitraire , en fournit une infinité d'exemples frappans. Combien de fois n'a-t-elle pas compromis l'autorité royale ! Son coup d'essai fiit de renverser du trône Chilpéric , père de Clovis, et quelque temps après elle coûta la vie à Childéric , assassine par un gentilhomme français,, nommé Bodlion, qui se vengea de cette manière d'un traitement ignominieux qu'il avait reçu de ce prince , pour lui avoir représenté un peu librement le danger d'une imposition excessive qu'il songeait à établir. Un pareil impôt sous Philippe- Auguste causa un soulèvement parmi la noblesse qui le rendit sans effet.
Quelques autres, plus heureux dans cette entreprise, se la reprochèrent pourtant au point d'en sentir de violens remords , contre lesquels ils se munirent de bulles d'absolution du pape. Saint
tion , et c'est conséquemment uo principe à mettre au nombre des principes fondamentaux du gouvernement, qu'il faut donner la préférence sur tous les autres moyens à celui qui est le plus propre à entretenir cette subordination 9 avantage qu on ne saurait refuser à la puissance royaje.
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Louis n'enjoignît rien si fortement à son fils que de ne jamais rien lever sqr ses sujets €onti« leur gcé et sans leur consentenaent* Phîitppe de¥alois , affeatûchi de ce scrupule, ne se garantit pas du dafi^ de la conduite eontraine ; il vit ^es princi-pales villes soulevées contre lui. Il avait assisté ^ n'étant pas eneoire roi , à iine assemblée des nota* bles, sous le règne de Louis , sornommé Hutin, dans laquelle il avai( été statué que les rois de Fnmce feraient serment 9 à leur sacre, de n'imposer rien de nouveau sur le peuple que par l'octroi de» troi^ ordres du royaume assemblés* Jean I et Charles V se soumirent à cette loi , et demandèrent modestement des secours , qui leur furent accordés. Une taille ^ répartie par têtes sans as-
' La plupart des exemples que cite ici Tauteur, c'est-à-dire toas ceux jqjiii pr^cèdeat le rè^e de saint Louis, sont moins appUcaUes à. la taille qu'à tout impôt, également insupportable à on peuple passionné pour la liberté , et prévenu de lopinioD que la.Jtiiarque de cette liberté est de ne rien contribuer par ohiksaïKe au sauverain, sans examiner si l'ordre est juste ou injuste, et si le souverain demande pour lui ou pour le peuple ménie* Tous les bons esprits sont de l'avis de Sully sur le M df la question qui regarde la taille. On dirait que oeu^ qui I opt établie ont cherché à peser sur le peuple, par la forme, bien plus aicore que par la chose même. Je tire de là Q^me de nouvelles inductions en faveur des principes que les 'ttnarques précédentes ont établis. Car, si Ton me demandait {Wttiqaoi la taille est telle, j'oserais répondre : Parce qu'elle Ktun établissement populaire, non pas^ à la vérité, quapt
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semblées d'états ni consentement des peuples ne fut pas regardée comme le moindre malheur du règne de Charles VI ; ce règne si fécond en événemens sinistres, qu'on peut presque l'appeler le tombeau des bonnes lois et des bonnes mœurs chez les Français. La nécessité augmenta le mal en diminuant les murmures sous celui de Charles YII, qui, ayant à chasser les Anglais dli royaume, convertit avec adresse en levée ordinaire et réglée ^e tribut, à qui sa cotisation personnelle fit donner le nom de taille , quoiqu'elle ne fut établie dans différentes provinces qu'avec différentes mo-
au subside; le peuple ne se serait pas forgé à lui-méme cette chaîne ; c'est au contraire pour s'en débarrasser qu'il a tant bataillé ; mais je dis populaire quant à la façon de la lever et de l'imposer.
Si l'un de ceux de nos rois qui s'en sont servis le9 premiers, Charles VII, par exemple, avait été assez maître de ses sujets |M>ur pouvoir leur dire : L'état a besoin d'un nouveau subside considérable , laissez-moi lever le dixième de tous vos biens ; c'est cette somme qu'il me faut; mais ne vous en mêlez point, et donnez-vous bien de garde de troubler mon opération : on croit bien qu'il se serait servi de quelque autre moyen plus simple que n'est la taille. Mais on crut que le moindre ménagement qu'on pouvait avoir pour le peuple /était de lui conserver du moins une espèce de liberté dans la répartition, la levée, etc. De là vient, selon que le dit l'auteur, qu'elle fut capitale ici, là réelle, et, en un autre endroit , mixte. Tous les changemens quon put faire dans la suite à un édifice appuyé sur d'aussi mauvais fondemens ùe servirent qu'à le charger encore mal à propos, et à le rendre p|u9 embarrassant.
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difications ; capitale dans les unes , réelle et sur les héritages dans d'autres, mixte ailleurs. Elle fut fixée, par Charles YII à un million huit cent mille livres. Voyons ce qu'elle fit de progrès dans tous les règnes suivans jusqu'à notre temps.
Louis XI augmenta la taille jusqu'à quatre millions sept cent mille livrer. L'an 1 498 , qui est celui de la mort de Charles VIII , on trouve qu'il est fait recette à l'épargne , toutes sortes de frais déduits , de quatre millions quatre cent soixante et un mille six cent dix-neuf livres. En 1 5 1 5 , année de la mort de Louis XII, quatre millions huit cent soixante cinq mille six cent dix-s^t livres. Elle fit un saut prodigieux sous François P'^ , qui la laissa en mourant à quatorze millions quarante-quatre mille cent quinze livres. Henri II ne la laissa qu'à douze millions quatre-vingt-dix-huit mille cinq cent soixante-trois livres. Elle diminua encore sous les deux règnes suivans , n'étant qu'à onze millions cent quatre mille neuf cent soixante-onze livres , du temps de François II, et qu'à huit millions six cent trente-huit mille neuf cent quatre-vingt-dixhuit livres sous Charles IX. Le règne de Henri III lui fut favorable , à le, considérer , non pas dans le temps où il se trouvait dépouillé d'une grande pai*tie de son royaume, comme dans l'année où il mourut; mais en i58i , par exemple, elle rapportait trente et un millions six cent cinquante-quatre V. 12
mille quatre cents livres. Au lieu de se laisser cdtraîner au mauvais exemple , Henri le Grand, quoiqu'il eût et des detteis- infinies à acquitter , et des dépenses considérables à faire , n'a voulu en retirer de bon que seize millions, moitié des tailles, et moitié des fermes.
Si ce prince a trouvé malgré cela le moyen de mettre vingt millions dans ses coffres, comme on le verra dans la suite , il n'en a eu l'obligation qu'à une économie qu'on ne connaissait point , et dont peut-être on aurait eu honte sous tous ces règnes. Les étrangers ne mettaient plus , comme autrefois , impunément la main dans les finances. L'électeur Palatin m'écrivit cette année d'Heidelberg, pour me flemander avec toutes sortes d'ins* tances de faire faire la poursuite d'un remboursement de deniers qu'il avait , disait-il , prêtés si sincèrement au roi , et dont en huit ans il n'avait pu tirer qu'une seule assignation. Carl-Paul , conseiller et gentilhomme ordinaire de cet électeur , me fut adres^ de sa part, av€ic de grandes offres de services , pour poursuivre cetteaffaire. La place (jiie j'occupais m'a souvent attiré des* complimens des princes étrangers. Le duc de Savoie , en félicitant, par le sîeur Jacop , sa majesté sur la naissance de son troisième fils , m'écrivit en même temps une lettre des plus polies.
La maladie de là duchesse de Lorraine attira le
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duc de Maiitoue en Lorraine , et de là en France. Cette princesse se trpuva si mal de sa couche, qu'elle fut loûg^^temps désespérée des médecins. Elle n'avait eu qu'une fille qui se portait bien, et la mère guérit aussi à la fin. Leurs majestés prirent beaucoup de part à son état , et n'oublièrent rien non plus pour faire trouver au duc de Mantoue le séjour de la France agréable. On lui donha force ballets, et encore plus de bons repas, dont le roi fit , après qu'il fut parti , uiie rude pénitence par toutes les médecines quHl fut obligé de prendre. Il ne repassa les monts qu'à la mioctobre, emportant beaucoup d'argent dû jeu, qs'il avait gagné au roi. Il laissa encore quatre mille pistoles qui lui étaient dues , et qu'il pria Henri , en partant , de donner à son commissionnaire. J'en reçus l'ordre de sa majesté par un billet qu'Edouard vint m'apporter.
Les négociations pour la paix ou pour une longue trêve continuaient cependant dans les Pays-Bas ; à la Haye, lieu choisi pour les conférences ; mais de feçon qu'on crut long-temps que le but dont on s'était cru si proche, allait s'éloigner pour toujours, tant elles furent traversées par la diversité dmtéréts, la défiance et l'aigreur. Certain cordelier espagnol, auquel sa majesté catholique donnait beaucoup de part dans toute cette affaire , passant par Paris dès le commencement de cette
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année, eut l'honneur d'être présenté au roi, auquel il voulut persuader que la paix n'était pâs éloignée. Don Pèdre ^ répandait par tout Paris que les courriers qui devaient en porter la nouvelle en Espagne allaient passer incessamment. Le roi, et tous ceux qui étaient instruits de l'état des choses par ce qu'en mandaient le président Jeannin et les autres agens de sa majesté dans les Provinces- Unies, n'avaient aucun penchant à croire tous ces bruits, et avec raison, puisque, depuis ce temps-là jusqu'à la fin de septembre et d'octobre , et tout le reste de l'année , on en attendit inutilement l'effet. Il ne serait pas sûr de décider que l'obstacle ne vînt point de la part des Espagnols ; tout ce qu'on peut faire, c'est de laisser ce point douteux. Pour les archiducs, ils travaillèrent sincèrement pour la paix. Sa majesté très-chrétienne donnait aussi,
* Don Pèdre était l'ambassadeur d*Ëspagne à la cour de France, où Henri IV ne le voyait pas de trop bon œil, parce qu'il n'ignorait pas que cet ambassadeur travaillait par toutes
sortes de moyens à mettre le conseil de sa majesté dans le parti de l'Espagne. Consultez Vittorio Siri, Mem, recond. t. i; ^ Grain y Décade de Henri le Grand, liv. lo; L'Étoile et autres historiens. Le Grain rapporte ce bon mot de Henri IV à don Pèdre , qui lui avait dit qu'il ne voyait personne d'aussi mal logé à Fontainebleau que Dieu :« Nous autres Français, lui « répondit ce prince, nous logeons Dieu en nos cœurs, et non « pas entre quatre murailles, comme vous autres Espagnols, a et encore doutai -je fort si, étant logé en vos cœurs, il ne se- « rait point logé dans des pierres. Voyez-vous pas , repnt-u