‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 74 sur 195 · LIVRE VINGT-CINQUIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-CINQUIÈME. l

président Richardot , et les commissaires espagnols avaient été remerciés et congédiés le pre* mier de ce mois. Tout ceci frappa d'autant plus les conseillers de sa majesté , qui étaient présens au rapport de Lambert, que Berny avait mandé auparavant qu^ les équipages de ces députés espagnols et eux*-mémes étaient attendus à BruxeUes le 4 octobre. Ils voulurent tous en ce moment persuader à sa majesté que ses amis , comme ses ennemis, allaient être trop heureux de recevoir les conditions qu'il lui plairait de leur imposer. C'est ce que me manda Yilleroi , en ipe faisant le détail de toute cette affaire , et en ni'envoyant à Gergeau, où j'étais alors, un double de Ja lettre du prince d'Orange. Le roi n'alla pas si vite; le discours de Lambert lui parut suspect par plusieurs endroits. Il ne voyait aucune lettre de la part du conseil des États ; celle du prince lui semblait pleine de réserve et de dissimulation ; et Maurice lui-même avait agi jusque là si peu conformément à ses paroles , qu'il était difficile de ne pas s'en défier. Lorsque Lambert ajoutait que la Zélande. se donnerait plutôt à l'Angleterre que de s'accorder avec l'Espagne; qu'on priait sa majesté de se tenir au moins neutre, si elle ne voulait-plus assister ses alliés comime auparavant^ parce que, ne leur restât- il que trois villes, ils donneraient encore de l'exercice aux Espagniol»

lft4 MÉMOIRES D£ SULLT.

pendant cinquante ans , Henri ne voyait dans toutes ces paroles , qu'une rodomontade et une fausseté , ou du moins une finesse très-grossière. Ce manège sautait encore plus aux yeux lorsque Lambert s'avançait de mille choses que Jeannin n'aurait pu ignorer , et dont cependant il n'avait donné aucun avis à sa majesté. Selon Lambert , Bameveld et Aërsens étaient disgraciés , et même en danger de se voir faire leur procès ; on avait tenu conseil dans plusieurs ville des États si l'on ne prendrait point le parti de demander la domination française. Comment tout cela eût-il pu être si secret, qu'on n'en eût rien laissé transpirer dans toute la Flandre ? Mais les discours même de Lambert n'étaient pas toujours bien d'accord avec la propre lettre du prince d'O-

range.

Je crois bien que , si sa majesté ^vait vu plus de fond à faire sur quelques • unes de ces propositions, comme celle, par exemple, de recevoir les Flamands sous sa puissance , il ne lui aurait pas été besoin d'aiguillon pour l'animer à porter toutes ses vues de ce côté-là; quelquefois même elle ne pouvait s'empêcher de savoir mauvais gré à Jeannin de n'avoir pas plus fortement touché cette corde.' Mais ce prince prit enfin le parti le plus sage ; ce fut d'écouter et de voir tout tranquillement, sans montrer ni éloignement ni em--

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