‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 75 sur 195 · LIVRE VINGT-CINQUIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-CINQUIÈME. l

pressement pour la paix , en attendant un éclaircissement qui ne pouvait se faire, de quelque manière que ce fût , sans qu'il se vît appelé au dénoûment. Il ordôiina à Jeannin de se conduire sur ce plan ; et, voulant avoir mon avis , il me fit faire un détail au plus juste de tout ^ar Yilleroi , et de plus il m'envoya Lambert. Celui-ci me tint tous les mêmes discours qu'il avait tenus à sa majesté. J'avais un bon préservatif contre ses finesses dans la seule lettre que j'avais reçue de la princesse d'Orange. Il n'eut rien à me répondre, quoique peut-être il ne s'accommodât pas de ma sincérité , ni des noms d'ingrats et d'indignes des bpntés de sa majesté que je donnai aux États.

Je répondis aussi par lettres à Villeroi , et je ne lui dis pas tout ce que je pensais ; je le remis à mon retour pour en savoir davantage. Ce ne fut qu'avec le roi seul que je me découvris de tout ce que je pensais sur ce qui se passait en Flandre. Quoique Maurice n'eût pas toujours été fidèle à suivre son plan , et même qu'il s'en fût quelquefois écarté assez visiblement , il n'était ni incroyable , ni bien surprenant qu'il songeât à soutenir jusqu'à Textrémité un parti dans lequel son honneur pouvait être véritablement intéressé ; mais , pour Henri , il ne convenait point à un grand capitaine , ni à un grand roi , d'aller se jeter tête baissée dans des affaires où on ne l'appelait point , sur la foi d'un

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simple particulier ; il était de sa dignité d'examiner et d'attendre. Quant aux États , si c'était de leur participation que Maurice parlait , ils s'y prenmait trop tard * et à contre-temps. Us avaient Ëdt des fautes qu'ils cherchaient à faire réparer à sa majesté , ou plutôt ils joignaient à une ingratitude marquée pour le roi le dessein aussi peu honnête de le prendre encore pour dupe. L'offre de la Zélande à l'Angleterre était une pure &ble , et tout le reste illusion , tromperie et artifice ; à quoi sa majesté -ne devait répondre qu'en continuant à. se mêler des affaires de ces provinces , au<tant qu'il convenait pour sa gloire et son utilité propre.

C'est en partie pour ce sujet que Hèairi me souhaitait si fortement de retoujr de Gergeau. Tout continua en Flandre sur le même pied d'incertitude , et les nouvelles que l'on en recevait se ressentaient de cet état. Il arriva que l'instruction que les archiducç avaient donnée à leurs députés, eh>les envoyant à la Haye, tomba en original entre les mains du prince d'Orangé , soit parce que le président Richardot' l'avait oubliée ^ soit qu'elle lui fût dérobée , oii qu'il la laissât voir exprès pour s'attacher les catholiques, auxquels elle était favo-

* Jean Kichardiot, président an conseil privé des Pays-Bas , bon négociateur, il avait eu part au traité de Vervins. Il moutat Tannée suivante. > • .

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