LIVRE VIITGT-SIXliME
« rots VOUS aimeriez le mieus ressembler , toutes « compaisatioiis fisâtes ; et de voir si vous n'y « perdriez points vous, qui certainement les avez a surpassés en plusieurs choses. Pour bien pro- «nonco? Ià-*dessu6, répondit sa majesté, il fau- 8 drait mieux , et plus attentivement considérer ff tout ce que vous avez dit sur chacun de bien et « de mal; mais le dîn^ qui est servi ne nous en « laisse pas le loisir ( on venait d'avertir qu'il était «temps de se mettre à table); il faut remettre « cela à une autre fois; je vous prie de le faire ré- « diger par écrit, et puis je vous dirai ce que j'en « pense , aussi-bien que de vos dernières paroles ,
< que vous n'avez ajoutées , dit agréablement ce « prince, que pour me faire trouver vos mets en-*
< core meilleurs. »
Quelques-uns de la compagnie cherchèrent, pendant le ^ner, à se hire honneur de leur lecture par des traits sur le sujet qui venait d'être traité; mais ils confondaient à chaque mot les Qoms et les choses d'une manière si plaisante, qu'elle ne servit qu'à faire rire le roi , et à m'attirer de sa majesté un compliment sur ma mémoire. Je laissai ce prince dans sa bonne opinion jusqu'au sortir de la table , que je lui avouai en particulier un effet assez heureux du hasard ; c'est que j'étais tombé , il n'y avait pas trois jours , sur lui Extrait des vies des hommes illustres y que j'â-
ao8 MEMOIRES DE SULLY.
vais fait long-temps auparavant , pendant que je m'occupais de l'histoire, et que ce même jour j'en avais fait le sujet d'une conversation avec quelques amis qui m'en avaient rappelé toutes les idées. Les cartes, les dés et les pistoles succédèrent à cette scène savante: Je descendis pendant ce temps-là dans la salle d'en bas , où j'épargnai l'ennui des audiences à sa majesté , qui passait des momensplus de son goût, ayant gagné cet aprèsmidi deiiix mille cinq cents pistoles ; aussi sortitelle de bonne humeur pour s'aller promener , comme la veille, dans les carrosses que je lui avais fait tenir prêts , et pour retourner au Louvre.
Cinq ou six jours après que j'eus eu l'honneur de traiter et de loger le roi à l'Arsenal, on lui donna avis des bruits répandus dans quelques provinces sur des choses qu'il croyait* renfermées entre lui et moi, parce qu'en effet il m'en avait parlé avec un grand secret. Il me soupçonna d'indiscrétion pendant quelques jours , sans que je m'en doutasse , quoiqu'il m'eût demandé plusieurs fois quels amis si intimes j'avais donc en Berry et en Bourbonnais. Enfin, il m'appela un jour, et me dit : a Venez ça, grand-maître; me direz-vous exactece ment la vérité sur ce que je vais vous demander? » Je le lui promis, avec la seule réserve que, s'il s'agissait de quelque chose qui pût déplaire à sa majesté, je me ferais commander absolument de