LIVRE VINGT-SIXIEME
dins; mais il en était demeuré une partie à la porte du cabinet, pressés par la curiosité, car la mélancolie de ce prince frappait les yeux de tout le monde; ceux-là purent entendre, à un mot près, tout ce que nous dîmes.
Cène fut d'abord que des nouvelles indifférentes sur l'empereur Léopold, quelques princes d'Allemagne , les archiducs et le président Richardot. Après quoi ce prince m'avoua qu'il y avait quelque autre chose qui lui tenait bien plus fortement au cœur, et il commença là-dessus un discours qui fut fort long, et pendant lequel je ne fis presque qu'écouter sa majesté. Comme je pouvais croire avec tout le monde que les nouveaux démêlés de Henri avec la reine son épouse n'étaient fondés que sur la passion qu'on disait hautement qu'il avait pour mademoiselle de Montmorency , depuis quelques jours princesse de Condé, il traita d'abord cet article, qui m'avait toujours fait une peine infinie.
Lorsque je vis naître cette inclination de Henri, j'en prévis de beaucoup plus grands inconvéniens que de toutes les autres, à cause de l'extraction et de la famille de cette deimoiselle , et je fis tous mes efforts pour l'empêcher de faire des progrès; efforts qui furent inutiles, et que je redoublai pourtant lorsque le roi me préposa 1|^ dessein qu'il avait de la faire épouser au prince. Je n'attendais
UlS MEMOIRES D£ SVLLY.
point de Henri , dans cette occasion « la généreuse résolution dont quelques amans se sont montrés capables, de s'imposer par ce moyen la nécessité de renoncer à la personne aimée. C'était tout le contraire que j'appréhendais : et ce point de vue ne /n'ofjfrant que ressentimens et fureurs de la part du prinqe outragé, des pi^rens de la princesse .^t .4^ jà reine, rien ne peut exprimer l'ardeur de mes ii^sjtances et de me$ soins pour détourner cette résolution* J^ suppliai , je remotitraî , je me jetai aux pieds de Henri; je n^ l'importunai pas seulement, je le fatiguai, je le persécutai. Le fatal mariage ne s'en fit pas moins \ . Tputes ces circonstances me furent rapt^lées à n^oi^méme par le, roi ^ afin que je convinsse , disait-il , que, si je ne m'étais pas trompé en prédisant les effets de l'amour et de k jalousie , je n'avais pas prévu tout ce que la malignité de ses ennemis avait su y lier d'étranger. Ce prince, dont le caractère était de respecter la vérité lors même qu'elle le rendait plus coupable, n'osa s'inscrire en faux contre le sentiment et les dis-
^ur^ pul^lics; il se serait trahi d'ailleurs par la manière toute passionnée dont il me parlait de
■ Il fut fait à Chantilly, sans aucune pompe.... La marquise de Verneuil disait « que le roi avait fait ce mariage pour abaisrf sôr le cœur au prince de Condé/et lui hausser la tête. »> Mé-