LIVRE VmGT-SIXiÈME. 11 g
l'esprit^ de la naissance et de toutes les perfections de mademoiselle de Montmorency. Mais était-ce à de misérables Italiens , tels queConchini^ Vinti , Guidi , Joannini , qu'il était responsable de sa conduite? Et n'était-ce pas, au contraire , dans tous ces étrangers , une hardiesse bien punissable que de donner  toutes ses démarches un éclat quelles n'avaient point, pour. en prendre droit de jeter la reine dans dés résolutions violentes, qui devaient donner quelque couleur à leut's pernicieux desseins ? C'étaient ces desseins , dont on instruisait Henri de toutes parts , qui l'inquiétaient jusqu'à ne pas lui laisser 'goûter un seul moment de repos. Il m'en avait déjà écrit quelque chose^ lorsque ses pensées là<lessus se réduisaient à de simples.. soupçons; mais la chose s'était tournée en certitude par des lettres que la Yàrenne «A Zamet lui avaient communiquées ^ par des discours que lui avait tenus le jeunet Zamet à son retout d'Italie et d'Espagne , et , en dernier lieu ^ par tout ce que lui avait mandé Yaucelas, son ambassadeur à Madrid. Oq va convenir que mon. beaufrère n'était pas en cette occasion un témoin suspect.. , .
Lorsqu'il était parti pour l'Espagne ^ c'était avec des instructions ^ , qui marquaient beaucoup pluâ
' Le coiute de Véuœlas est qualifié dass cette .isstrnçtioii de conseiller d'état , etc., mestre-de-camp du régiment éèi.
aaO MIÉMOIRES DE SULLY.
d'éloignement que de dessein de s'approcher de la maison d'Autriche. Il fut témoin de toutes les menées que les agens de la reine faisaient à Madrid j d'une manière si libre et si publique , qu'il ne put se figurer que le roi n'en eût aucune connaissance, et même qu'ils n'agissaient que par son ordre ; ce qui le surprit d'abord , et ensuite le mortifia au dernier point , parce qu'il crut que, le conseil de France ayant absolument changé de système , sa majesté avait retiré toute la confiance qu'elle avait paru prendre en lui , et ne lui laissait phis que le vain titre d'ambassadeur, pendant qu'elle se remettait à un autre de l'essentiel
de ses affaires et de son secret. Il supposait , dans la même idée, que, si le roi paraissait à l'extérieur n'avoir rien changé dans sa manière ordinaire de se conduire à son égard , c'était par ménagement pour moi , et pour ne pas me donner le chagrin de voir qu'on méprisait mon beau-frèré , qui n'aui^it pas manqué de m'en porter ses regrets, si le roi ne l'avait soutenu dans l'opinion du contraire. Plein de toutes ces pensées , qu'il crut tout-àfait justes, Vaucelas prit le parti d'insinuer en deux mots à La Varenne , et par son moyen au roi , qu'il craignait avec raison d'avoir perdu les bonnes grâces de sa majesté. Il déchargea son
compagnies des gens ide pied du titre du Piémont. P^oL S^SS, Âfss. ro/aux.
liybIe yikgt^sixième. aai
cœur à son beau-père dans une lettre beaucoup plus longue, et dans laquelle il le priait de S'avoir ce qui lui avait attiré cette disgrâce, et de se plaindre à sa majesté avec tout le respect possible de €6 qu'elle faisait à son ambassadeur l'injustice , et, en quelque sorte, l'injure de lui préférer celui d'un prince étranger pour porter ses paroles. Il voulait parler de l'ambassadeur du duc de Flo* rence*, qui agissait sur tout cela à Madrid à l'insu ou du gré du cx>nseil espagnol , avec tant d'autorité , qu'il n'€st pas surprenant que Yaucelas y fut trompé. Celui-ci suppliait encore sa majesté, par la bouche de son beau-père , de vouloir bien lui rendre sa première confiance , et d'être persuadé que ni l'amitié ni l'alliance ne lui feraient trahir en rien avec moi les intentions et le secret du roi son maître , que je lui avais appris moi^ même à regarder comme la chose la plus sacréei
Le roi comprit mieux par cette lettre qu'il ne Feùt Eût autrement la vérité de toutes choses, et il en fut dans une surprise extrême. En effet, qui pourra se figurer qu'une moitié toute entière* du conseil et de la cour osât faire jouer à décou^ vert de pareils ressorts contre les desseins du roi V sur lesquels il s'était expliqué lui-même , et que ses ennemis lui supposassent tous leurs sentimens dans le public, sans craindre ni son ressentiment , ni la honte , qui , en toute autre occa«-
aaa mémoires de sullt.
sioQ , $uit de bien près de pareils procédés ? Voilà assurément une circonstance politique biep singulière et bien différente de toutes les autres. On y forme un parti par tous les moyens qui communément le détruisent ; on feint d'avoir , pour obtenir , et le secret est tout ce qu'on cherche le moins ; ce qui pourtant ne doit s'entendre que de l'extérieur et de l'apparence de la chose , et nop des vues, ni des moyens; car, après que le roi eut répondu à Yaucelas de la manière la plus propre à le rassurer, Yaucelas ne put, avec toute son application , découvrir ni le fond de ce mystère , ni bien des particularités qu'il cherchait U sut seulement qu'il s'agissait de faire échouer tous les desseins de sa majesté contre la maison d'Autriche , en l'unissant de gré ou de force avec l'flspagiie; que l'ambassadeur florentin était syr tout eela en relation de lettrgs avec certaines personnes de la maison de la reine qu'il nommait, et avec quelques autres plus distinguées , que par respect il n'osait nommer ; pour tout le rest($ , il i^e put «n savoir davantage.
J'avais ignoré une partie de ces curieuses circonstances que Henri m'apprenait ^n ce mon)Q¥lt. Ce prince ajouta qu'il ne pouvait guère douter que ces noms , qui faisaient tapt dç p^ ine à prononcer à son ambassadeur, ^e fussent celui de la r§ine et celui de ViUeroi; tous les discours