LIVRE VINGT-SIXIEME. aa
qu'ils lui tenaient ne tendant qu'à ce but, et les derniers avis qu'il avait reçus du projet d'tin double mariage ne pouvant tomber sur d'autres que sur eux , puisque ceux qui y travaillaient s'a^* vançaieut , disait-on au conseil de Madrid / jusqu^à dire qu'ils avaient les moyens d'y faire consentir le roi, même avec la clause que l'Espagne, en donnant Tinfant au daupbîih, se réservait 'tous les droits que ce mariage pouvait lui donner dans Itf suite*. Yoilà ce qui étonnait, et même effrayait Henri. U aurait pu trouver un sens à des affirmations si fortes et si positives, si ces desseins contre la maison d'Autriche eussent encore été auxînê* mes termes que trois ou quatre aùs auparavant. Mais qu'on parlât ainsi dans une cour , où l'on ne pouvait ignorer (|u'il avait pris sur tout cela une résolution dont rien ne le feï*ait changer tant qu^l vivrait, voilà ce qui lui faisait naître , malgré lui ; les plus terribles passées;
Eâ effet , tout le monde était parfaitement in$*< trait qu'il travaillait à s'kllieravecle duc deSavat»^
' On est bien surpris après cela de voir avancer à Siri , Mem. recond, t. i, p. 187, que Henri IV ne souhaitait rien tant que le mariage du dauphin avec l'infante d'Espagne. Il ne faut point de meilleure preuve que cet étvtnger u'a connu que par oiu*dir^ les affaires du con^il dç Fr^ce de ce temps-l^. J^ trouve encore plus blâmable en lui la partialité qu'il montre presque partout contre la personne et la politique de ce prince. ^
atl4 MÉMOIRES DE SULLT.
ainsi qu'à faire épouser l'héritière de Lorraine au dauphin, afin d'unir un jour cet état à la France, et que c'était en partie pour faire valoir ce droit qu il s attachait par ses bienfaits les princes d'Allemagne qui pouvaient l'aider dans cette entreprise, contre ceux qui la traverseraient. On savait de plus qu'il songeait à marier son second fils avec mademoiselle de Montpensier' (ils étaient déjà fiancés); à donner sa seconde fille au prince de Galles , celui de tous les princes de l'Europe dont , sur mon rapport , il se promettait le plus ; enfin à faire réussir le mariage de son troisième fils avec la princesse de Mantoue , petite fille de Savoie, pour se donner une raison ou un prétexte de mettre le pied en Italie. Je crois qu'on conviendra que sa majesté, possédant le Mantouan et le Montferrat , avec les entrées libres dans ces deux petits états , et qu'étant assjaré du duc de Savoie , devenu de son côté possesseur du Milanais , aussi-bien que les Vénitiens , nos inséparables alliés , rien ne pouvait l'empêcher de donner la loi à toute l'Italie, sans qu'il lui en coûtât, disait ce prince , l'injustice de retenir le bien d*autrui.
' Henri trouvait tant de plaisir à parler de la suite de tous ses projets politiques, qu'il ne songeait
* Marie de Bourbon, fille et unique héritière de Henri, duc de Montpensier , mort l'année précédente.