‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 93 sur 195 · LIVRE VINGT-SIXIÈME. Oli · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIÈME. Oli

pas qu'il parlait à un homme qui en était tout aussi-bien informé que lui-même ; mais il revint bientôt à la cabale espagnole ,. et à ses propres frayeurs , de ce qu'il la voyait se conduire comme si elle avait été assurée qu'il n'avait plus que trèspeu de temps à vivre. Quel que pût être le fondement de cette supposition , elle lui devenait plus frappante lorsqu'il faisait réflexion qu'on répandait de toutes parts dans le public mille pronostics qui fixaient sa mort dans la cinquantehuitième année de son âge, prédiction qu'on donnait pour une inspiration divine , parce qu'elle était fortement appuyée de certaine religieuse alors en grande vénération. Pasithée (c'est le nom de cette dévote ) avait été quelque temps en France , et depuis qu'elle en était sortie , elle était demeurée en commerce de lettres avec la reine. C'es*t d'elle qu'on se servait pour persuader à cette princesse de se faire couronner à Paris avec toute la magnificence et les cérémonies propres à lui conserver l'autorité dont elle avait besoin , disait-on , après la mort prochaine du roi ; et l'on . parlait même hautement de faire revenir cette enthousiaste.

Ce dessein , tous ces discours et ces présages

ne sortaient presque plus de l'esprit de Henri ,

et le remphssaient d'amertume. « Je n'ai aucune

«inclination à cela, me dit- il, en parlant du

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« couronnement ; et je crois devoir rapporter ses (( propres paroles , qui assurément sont remarqua- « blés, non plus qu'à souffrir, continua-t-il , que « cette Pasithée revienne en France. Le cœur me ic présage qu'il me doit arriver quelque désastre ce ou signalé déplaisir à ce couronnement. Si ma c( femme s'y opiniâtre, comme on m'a dit que a Concbini et sa femme lui conseillent obstinéce ment , et à faire révenir cette religieuse , il n'y « a point de doute que nous ne nous picotions a bien fort ma femme et moi sur ces deux afÏEiires ; <c mais surtout que ce que je vous ai dit touchant « ses desseins en Espagne ne m'altère et ne me c< fasse cabrer tout-à«£ait , si j'en puis découvrir « davantage. » Je ne sais si ce prince a bien connu la reine son épouse , mais j'avoue que je fus frappé de la réflexion qu'il me fit faire ensuite , qui est que cette princesse ne faisait tant de vacarme avec lui , au sujet de mademoiselle de Montmorency, et de toutes ses autres amourettes, que parce que ses indignes conseillers lui persuadaient qu'elle avait besoin d'un prétexte pour être brouillée avec le roi , ou du moins pour paraître l'être; qu'on payait le public de celui-là, faute d'im meilleur ; qu'enfin, tout le monde, et moimême tout le premier ^ attribuaient à la jalousie ce qui était l'effet d'une malice très -raffinée. Je découvre ici des choses bien odieuses, s'il est

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