‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 95 sur 195 · LIVRE VINGT-SIXIKME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIKME

qu'il n'y avait point de châtiment que les premiers ne méritassent , et qu*il était tout-à-fait singulier, comme le remarquait Henri , que cette princesse n'eut jamais eu de liaison qu'avec des personnes qui avaient donné les conseils les plus violens contre sa vie , au temps du tiers-parti , ou qu'avec d'autres qui ne lui voulaient pas plus de bien présentement *. Mais que pouvais-je faire

' La reine Marie de Médicis a donné en toute occasioa tant de marques convaincantes d'une véritable tendresse pour son mari , que ceux qui ont justifié et loué toutes ses actionr, comme l'auteur de l'histoire de la mère et du fils, n'ont 'pas même songé qu'il fut besoin de relever aucune des accusations, des mémoires de Sully; et ce ministre lui-même, si Ton y fait bien attention, ne lui impute, ou ne lui fait imputer par Henri IV, que d'autoriser par trop de confiance et de crédulité les mécbans desseins de quelques personnes de sa cour , desseins auxquels ces personnes avaient soin de ne jamais faire servir cette princesse qu'en intéressant la jalousie qu'il lui était naturel de montrer contre les maîtresses de son mari. Ce n'est même qu'en pensant de cette manière sur Tun et l'autre qu'on peut trouver la clef de quantité de paroles et de démarches de ces deux époux, qui saiis cela paraîtraient tout-à-fait contradictoires, parce qu'elles marquent en même temps dans les mêmes personnes confiance et défiance, estime et indifférence, tendresse et froideur. L'historien que je viens de citer rapporte une infinité de ces traits en bien et en mal. Il représente Henri IV se pladgnant et se louant tour à tour de la reine; tantôt disposé à la renvoyer tout-à*fait, ou à l'éloigner; tantôt ne voyant qu'elle, dans tout son conseil, capable de l'administration des affaires en son absence, et du poids d'un^^ régence. Histoire de la mère et dujils, t. ï.

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pour tirer ce prince de l'état où je le voyais, lorsque lui-même ne s'aidait en rien? Croirait-on que tout ce long discours , auquel je suis persuadé qu'il n'y a personne qui ne se sente intéressé , n'aboutit de sa part .qu'à des prières de redoubler d'attention contre les artifices des Espagnols , et d'entrepri^ndre de nouveau de persuader à la reine qu'elle devait le sacrifice des Concbini et autres brouillons , à l'assurance qu'il lui donnait , par ma bouche , de ne plus voir , si elle l'exigeait , ni femmes ni filles : « N'étant pas juste , me disait « ce prince trop bon , que je me prive de tous mes a plaisirs pour la contenter , sans qu'elle fasse le « semblable, ni que je m'accommode à toutes ses « volontés pendant qu'elle contredira toutes les a miennes. »

Il me permit de communiquer à Sillery tout ce que je jugerais à propos de ce que je venais d'entendre, mais non pas à Villeroi. « Je vous y a laisse , dit-il , penser tout à loisir , pour m'en « aller dîner (il était en effet fort tard). Je suis a levé dès la pointe du jour, n^ayant point dormi c< toute cette nuit , parce que mon esprit n'a fait a que rêvasser sur toutes. ces brouilleries, et que <( je n'aurais pas eu plus de repos la nuit suivante, <c si je ne m'en fusse déchargé à vous. » Sa majesté monta dans mon carrosse, que je lui avais fait préparer, en me disant, en présence d'un fort

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