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grand nombre de personnes qui étaient dans la cour : a Adieu , mon ami , aimez-moi bien , servez- « moi dé même , et vous souvenez de tous les dis- «cours que, nous avons tenus ensemble; car je a vous aime autant que vous pouvez le désirer. » Je crois avoir justifié ci-devant, par les plus solides raisons, ma persévérance dans l'opinion que tous ces prétendus complots , moitié étrangers , moitié domestiques , n'ont jamais été , ni bien réels, ni bien à craindre. J'avoue pourtant qu'il y avait des momens où la force de mon attachement pour mon prince ne me permettait pas d'écouter indifféremment tout ce que j'entendais dire à ce sujet ^ et que , quell# que fut ma fermeté, je me laissais épouvanter âialgré moi de ce que je savais n'être qu'un fantôme. Voilà l'état où je me trouvai tout le temps que Henri me parla, et après qu'il fut, parti. Notre conversation fut singulière, en ce que je ne proférai presque pas un mot pendant un si long temps; et, lorsque je voulus me mettre à table pour dîner, l'agitation de mon cœur et les nuages dont mon esprit était investi me jetèrent dans un abattement secret et un dégoût pour tout ce qu'on me servit. Il n'était certainement pas besoin que le roi m'excitât à faire de nouvelles réflexions ; je m'y plongeais tout entier, et j'en faisais jusqu'à prévoir et arranger l'une après Vautre dans mon esprit toutes
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les choses dans lesquelles j'apercevais la moindre possibilité.
Cependant, lorsque cette première confusion d'idées eut fait place à un sentiment "plus froid et plus arrêté 9 je fus forcé de conclure, comme j'avais toujours fait, que mes alarmes ne portaient que sur celles de Henri, qui n'avaient eUefr-mémes aucun fondement bien certain. Le conseil de Madrid , voyant que le roi de France commence à avancer en âge , et qu'il a eu quelques attaques de maladies assez violentes, prend les devans pour faire goûter à la reine et au conseil de France une politique qui doit être son salut. Il n'y a en ceci rien d'^ctraordinaire. Il trouve parmi les Français des personnes d'assez bonne volonté pour entrer dans ses vues, et il met ces personnes en jeu , afin de s'épargner la honte des démarches suivies d'un refus ; si elles le sont véritablement , le conseil espagnol peut long-temps feindre le contraire, et rompre ou ralentir l'ardeur des alliés de la France , trompés par cette apparence ; il n'y a encore rien dans cette conjecture qui ne cadre avec le caractère espagnol , décidé par une infinité de démarches semblables. Lorsque Philippe II jeta feu Monsieur, duc d'Alençon, dans l'entreprise d'Anvers, qui ruina ses affaires et sa réputation , c'était tout ce qu'il s'en promettait . intérieurement, lorsqu'à l'extérieur il paraissait lu regarder