LIVRE VINGT-NEUVIÈME
rement mon gendre, mon fils et mon épouse.
Elle commença à les rechercher et à les caresser. EUe leur témoigna tant de confiance en moi, elle^ y joignit tant de belles paroles et de promesses , qu'ils revinrent plus fortement que jamais à croire que je ferais une faute en me démettant de mes charges. Ensuite elle me les envoya l'un après l'autre, chargés des assurances et des lettres les plus obligeantes. Ce fut en vain que je cherchai à leur faire sentir le manège de la régente. Les sollicitations et les prières dégénérèrent ien . une persécution , qui me fatigua si fort à la fin , que , pour ne pas me voir accabler de reproches sans fin, et considérant qile ma complaisance pdur^ eux ne m'exposait à rien pour le présent , j'allai me jeter avec pleine connaissance dans tous les pièges qui m'attendaient à la cour, et que je rompis encore cette fois Fexécution de mon pre^ mier dessein.
Je repris donc la route de Paris, sans pourtant montra aucua empressement, puisque je n'y arrivai que le sixième jour après celui de mon départ. Le lendemain matin , comme je me disposais à aller faire la révérence au roi et à la reine, oa m'avertit que le roi passerait la matinée dans les Tuileries, et ne reviendrait que pour se mettre
m l'ofl^ de la reine, etc. » Histoire de la mère et du fils , t. i,
a 4 MÉMOIRES DE SULLY.
à table , et que la reine devait diner chez Zamet. Je ne doutai point que ce ne fut lui faire très» bien ma cour que d'aller la trouver dans cette maison ; aussi ne peut-on rien ajouter à la réception gracieuse que j'en reçus. Elle me répéta plusieurs fois , avec un air de franchise , et même de joie , qui me trompa presque moi-même , qu'elle ne voulait suivre que mes conseils, qu'elle me priait de m'attacher au roi son fils de la même manière que je l'avais été au feu roi ; qu'elle ne souffrirait point que j'abdiquasse mes charges; qu'elle ferait en sorte que je les exerçasse avec une entière indépendance, et qu'elle me priait de commencer par les états de finance pour l'année 1611, comme j'avais coutume de le faire, n'ayant voulu que personne prît ce soin , et aucun des ministres ne s'en étant non plus voulu charger en mon absence. Ce discours fut continué de la part de la reine jusqu'à ce que le dîner fut servi. Je ne saurais rapporter qu'une très^petite partie des choses qu'elle me dit. Après qu'elle fut sortie de table , elle m'entretint des^brouilleries arrivées pendant le sacre. Elle me prévint sur une infinité de demandes que lui avaient faites les grands du royaume, sur lesquelles elle n'avait rien voulu statuer, dit-elle, qu'après mon retour. Elle ne particularisa pourtant rien sur cet article : elle ajouta seulement qu'elle m'en parlerait plus