‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 12 sur 78 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME. a · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME. a

au long au premier momeùt favorable, et qu'elle me ferait entendre les services qiïe je pouvais lui rendre à cet égard. Je n'aperçus aucun air de réserve dans ces paroles. Toute cette cour paraissait si gaie, qu'on devait trouver que ces discours sérieux n'avaient déjà que trop duré; on en tint d'autres plus communs , et sur les trois heures , la reine s'en retourna au Louvre.

J'y allai le lendemain rendre mes respects- au roi , à messieurs ses frères et à mesdames ses sœurs, qui me firent, à proportion dé leur âge, toutes les caresses que j'en recevais du vivant de leur père. Le mauvais air n'avait point encore pénétré jusqu'à cette partie de la cour. Les gouvernantes, les nourrices, les autres femmes, les officiers destinés au service de ces jeunes princes , composaient une espèce de petit peuple séparé, auquel la mémoire du roi Henri était toujours chère. La source de leurs larmes et de leurs regrets ^n'était point encore tarie. Je m'attendris avec eux en nous entretenant de celui qui en était l'objet Ils me conjurèrent par tous les moti& qu'ils connaissaient les plus propres à faire impression sur mon esprit, par l'amitié de ce prince pour moi , par mon attachement pour lui , de ne pas abandonner les enfans d'un père envers lequel il ne me restait plus que ce seul moyen de m'acquitter. Leurs prières et leurs embrassemens

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n'ajoutaient sur cela rien à mes sentimens, et malheureusement ne diminuaient rien aussi de mon impuissance. En envisageant attentivement les trois princes , je crus découvrir dès ce moment dans le visage et les manières du roi des indices déjà si forts des heureuses dispositions que le temps y a développées depuis, que je ne pus m'en taire à mon épouse lorsque je fus retourné chez moi. Je jugeai , au contraire , avec douleur, que le ciel n'accorderait pas une vie bien longue au second de ces princes '.

Je fus visité de presque toute la cour , et avec tous ces faux semblans d'amitié , de louanges et de caresses, qui semblent n'imiter jamais si bien la vérité que quand le cœur y a le moins de part. Conchini , qui avait pris soin de m'insinuer par Zamet et d'Argouges que c'était à lui que j'avais la principale obligation de tout ce qu'on voyait faire à la reine pour moi , attendit pendant trois jours entiers que j'allasse l'en remercier , çn lui faisant la visite que les cour(isans l'avaient accou-

" Ce prince mourut le 1 6 ou 17 novembre de Tannée suivante , âgé de quatre ans et demi. On lui trouva de Teau dans la tête, la trop grande épaisseur du crâne arrêtant la transpiration daiis cette partie ; ce qui prouva l'innocence de Le Montre, médecin des enfans de France, accusé d'avoir empoisonné ce jeune prince. Mercure français, année 16 ii, pag. i58.

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