‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 15 sur 78 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME. 3l · texte numérisé non relu

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de Nevers, les gabelles de Réthelois en propre, avec les goavernemens de Mézières et de Sainte- Ménehould; le duc d'Épernon, un corps d'infanterie entretenu continuellement sur pied , la survivance de ses gouvernemens pour son fils , des fortifications à Angouléme et à Saintes, des soldats des gardes commensaux, Metz et le pays Messin ôtés aux Montigny ; le duc de Bouillon , une somme d'argent pour acquitter de vieilles dettes prétendues , les aides , tailles et gabelles de la vicomte de Turenne à son profit, et l'hommage de cette vicomte réduit à l'hommage-lige simple, les arrérages de ses garnisons et pensions pendant son exil, la tenue d'une assemblée de la religion réformée; le chancelier, les deniers provenant des petits sceaux, ses gages doublés, des lettres de noblesse en Normandie; Villeroi, l'entretien d'une garnison dans Lyon , la lieutenance de roi du Lyonnais ôtée à Saint-Chaumont, un bâton de maréchal de France pour son fils d'Alincourt , la révocation du traité que j'avais fait pour le rachat du domaine de cette province, des surengagemens de ses greffes et du domaine du roi.

On croit bien que l'article de Conchini n'est pas le plus léger. Le bâton de maréchal de France, les gouvernemens de Bourg, de Dieppe et de Pont-deJ'Arche , la donation des deniers provenant des offices des gabelles du Languedoc, passés

en un comptant, le profit des rabais accordés à Moisset et à Feydeau ; tel était son partage. Château-Vieux, le chevalier de Sillery, DoUé, Déagent , Arnaud Tintendant , le médecin Duret , tous ceux qui avaient part au conseil secret de la reine, et qui y parlaient si bien pour les autres , n'oubliaient pas leurs affaires propres. Il serait presque aussi court de nommer les personnes de quelque nom qui n'avaient aucune part à cette profusion de pensions, gratifications, de privilèges, d'appointemens , etc., que de nommer ceux qui étaient compris dans la liste ; car tout le monde y trouvait son compte, princes, gouverneurs de provinces, gentilshommes suivans, lieutenant-civil, prévôt des marchands, et même compagnies et CQurs souveraines. Tous les officiers de la couronne devaient avoir une augmentation de pension de vingt-quatre mille livres chacun; chacun des membres du conseil une augmentation d'états et d'appointemens proportionnée, outre qu'on proposait d'en augmenter considérablement le nombre. Enfin l'on eût dit que tout le monde avait concerté ensemble le pillage du trésor royal , et que tout était devenu de bonne prise.

L'indignation que je me sentais contre une licence qui dégénérait en attentat contre l'autorité royale, ne me permit pas de peser le parti le plus sage. J'embrassai, sans balancer, celui de résister

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à tout le monde, tant que la place qu'on me laissait dans le conseil me mettrait en droit de le faire. L'honneur, la conscience, ma réputation à soutenir l'intérêt du roi et du peuple , dont je me regardais comme l'unique défenseur , ne m'en laissèrent point envisager d'autres. Je m'y voyais encore autorisé en un sens par les dernières paroles et même par les prières de la régente; et, quoique je sentisse bien que ce n'était pas lui faire grand plaisir que de les prendre à la lettre , c'était pourtant , à biéh examiner la chose , lui rendre à elle-même un service si essentiel , qu'on ne comprend pas par quelle raison elle s'y montrait si contraire. Ce motif à part ( car je consens qu'on connaisse jusqu'à mes plus secrets sentiment) , cette gloire, cet amour-propre, qui m'ont toujours paru avoir quelque chose de si grand et de si noble lorsqu'on les rapporte au vrai et au bien , me dictaient que, puisque c'était une nécessité pour moi d'être privé tôt ou tard de la participation des affaires, je risquais peu à en avancer de quelque chose le moment, et que je gagnais beaucoup à donner une preuve convaincante que cette disgrâce ne m'était arrivée que parce que je m'étais montré exempt des faiblesses et des criminelles complaisances de tous les autres courtisans. Il reste à la vertu malheureuse un dernier dédommagement du bien qu'elle ne peut plus faire; c'est VI. 3

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l'éclat dont les obstacles et la persécution la font presque toujours i)riller.

La reine ine réduisit bientôt à œ seul motif de consolation , dans les peines que je ooiximençai à sâuffrir. Toute sa conduite acbeva «de me persuader qu'elle ne m'avait appelé et opposé à tout le monde, dans une conjoncture si tumukuease, que pour me faiœ essuyer l'alternative fâcbeuse du mépris public , si je trahissais mon devoir, ou des haines particulières^ plus terribles encore, si j'jen r.emplissai0 les obligations. Ce qAe j'avais rendu sans effet en plein conseil , aux risques de me &ine xâilie ennemis oruels , était ensuite accordé eonipie .gratification , et secrètement entre celte princesse et son ccMifident.

. Je n'ai pas dessein de m'engager dans ie détail de toutes ies poursuites qui se firent pendant ce peu de temps dans le conseil , «et de tout >ce cpie je dis et ûs pour les rendre inutiles; ce serait wi§^ Iruire autant de procès , où l'on ne manqua pas •d'employer tous le» moyens ordinaires de coiw rompre un juge tix)p sévère, et dans lescp&eb je fus encore plus sujet à. être pris à partie par des brigues déclarées , ou des menées secrètes^ Je n'enrapporterai qu'un exemple, afin que l'oncon^ vienne qu'un mal aussi grand ne demandait f»s des remèdes moins forts que ceux que j'empk^^ais ; «t je choisis ce qui se passa au sujet de Yillerad^

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Qti plutôt d'Alincourt. Des articles qu'on vient de voir j ce n'est ni le moins curieux , ni le moins important.

Lorsque d'Alincourt demandât qiie sa majesté établit et entretint une forte garnison dans la ville de. Lyon, dont il était gouverneur, il avait deux vues : l'une était d'augmenter ses revenus du profit qui lui reviendrait dç cet établissement , et il ne pouvait effectivement en avoir jamais trop, dans le dessein où il était d'y vivre, non en simple maréchal deFoiPce (car H s'attendait à le devenir dans peu), mais d'y faire la figure d'un prince; fci^tuçuse qbiipère , doublement ridicule en celui qui n'a qwe de grande biens à mettre e» la place delà iiai3sanpe/; l'autre, de contraindre par la

' I^esî actes 4e l^^roer^ sur Vapné^ |$i9> en pqiportiHit Iqs dépêches ou instructions de Tambassade solennelle députée à Hf^riYIU par Frasçois W, qualifient Nice^ ée NeufvîDe, hisiiii^l dhi pttorétaire d'état, et l'un de seç atnbassaclems essrtfàordin^nes, ds çhevaH^r, seigaeur de FiUerai, etc^ Saurai, ^/iljf. de Pmu tome 3^ page 6ia, rapporte los lettres pa*- I9f4ei^ don^^ h Cognac» au mois àti février i5i9, chI JFranf^ }®^ \e B^9ftmç mtfT amé et féal canMiiler, Médias de JKpilfviUç, çkM4Uiei^^.mgi%€ur de FiUemi, ^tc. C'est le titie q99 p^ÇVl^ l'épitr9 do C\ém»nt Marpt, ^ la tête de son poëoie Îilti|4f4é ifi Tcmpk dç Çt4pùiQMy€t dédié à n^essire liieobs 4^ ;Pïcy(|fYiUQ y ((^tievalier^ etc. Cette épStre idu dédicace, tpn IHViit élé ^uppfimée dana la plupart des. éditîoi^, même an«- «iannés, dea «PUTrea de ce pofte, a été rétablie dans œUe de i73i, à la Haye. Herbert, Fie de Henri Fïlly fait une beisb-

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crainte de tant de^^itos armés les Lyonnais à lui sacrifier leurs privilèges et leurs droits les plus anciens, sur lesquels il méditait depuis long-temps de faire main-basse. Quant au parti, pour le rachat du domaine royal , qui montait en cette province à douze cent mille livres , il n'était porté à en demander la suppression que parce que les intéressés lui assuraient un pot-de-vin de cent mille livres, s'il pouvait faire en sorte d'empêcher ce rachat.

Ses desseins étaient traversés pfr deux ennemis agissans et attentifs , toute la ville de Lyon et Saint-Ghaumont, lieutenant-de-roi dims la province ; mais aussi il avait deux forts arc-boutans à leur opposer , le chancelier de Sillery et Villeroi son père , tout-puissans dans le conseil et auprès de la régente. Il commença à les'^faire agir d'au-

tion honorable de ce même Nicolas de Neufville. Balùze, dàm ces comptes, n^^ivS et 176, en parlant des- comptes d<vM. et ,yilleroi, ambassadeur en Ailgleterre, y joint la qualité de grand-audiencier de France. L'état des officiers des ducs de Bourgogne, page ià33, porte un Nicolas de NeufVille, écnyer de cuisine, et un Amblard de NenfVille, éciïyer tranchant. Le Ducatiana, page 197, fait mention de Nicolas de Neufville envoyé, en i5ob, an^bassadeur à Rome, par Louis XII , et cite à ce sujet la vie d'Alexandre YI, tome i, page 19a. Ces richesses ont échappé à Moréri, et à la plupart de nos historiens et généalogistes, qui rendent d'ailleurs à l'illustre maison de Villeroi la justice que lui refiise l'auteur de noa mémoires.

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