‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 23 sur 78 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

du même coup un roi mon bienfaiteur et mon appui , ma fortune , mes amis et ma faveur. Cette perte coûte ordinairement à ceux qui la font tant d'autres disgrâces , qu'elle ne leur parait à la fin que la moindre partie de leur malheur. Si ce surcroît d'infortune est presque toujours, comme on n'en peut douter, l'effet des inimitiés fftirticulières , personne ne paraissait plus exposé que moi à les subir. Cependant on trouvera dans l'his^ toire peu d'exemples de ministres et de favoris disgraciés aussi ménagés , et même aussi hoporés et respectés dans leur chute; c'est que quelque* fois la faveur publique se met en la place de la faveur particulière pour soutenir ceux qui ne sont que malheureux. Lorsqu'elle ne formg pas un contre-poids a3se2^ fort pour faire pencher la

«en sorte qu'il le reçut avec faiblesse. Il céda, parce qu'il « fallait obéir; mais ce fut avec plaintes, et sur ce que la reine « lui fit dire qu'il lui avait plusieurs fois offert de se démettre <( de ses charges , il répondit qu'il l'avait fait , ne croyant pas « qu'on dût le prendre au mot, etc. ■ Histoire de la mère et du JUs, ibid, pag. i3i. Cet écrivain ajoute plusieurs autres traits, avec le même mépris de Sully; mais aux raisons que nous avons déjà rapportées de récuser son témoignage, il faut ajouter que c'est le seul qu'on voie qui en ait parlé en ces termes.

« Le samedi 5 (février), M. de Sully sort de Paris, rend le « brevet de cent mille écus. Madame de Sully lui reproche « sa hauteur et sa fierté , etc. » Journal de V Étoile, 'ibid, pag. a57.

balance de leur côté , c'est que ces prétendus opprimés ont toujours quelques endroits plus faibles par où on les attaque, et par où ils ont de la peine à se défendre ; car la probité et l'innocence reconnues triomphent toujours de l'envie ^ lors liiême que l'envie paraît triompher d'elles. Mes ennemis (caf j'ose me faire l'application de cette maxime) n'assouvirent donc que la plus petite partie de leur rage contre moi , parce que leur victoire était un de ces succès honteux qu'on croit devoir cacher, et dont la jouissance n'est pas tout-à-fait sans remords, et leur contentement n'empêcha aucun des bons Français, à qui toutes les occasions de s'acquitter envers la mémoire du feu roi étaient précieuses , de combler d'honneur un homme qui ne songeait qu'à gagner obscurétnent le lieu de son exil. Je fus accompagné , en sortant de Paris , de plus de trois cents chevaux.

Ce n'était pas pendant que je serais présent et en situation de me défendre que je m'attendais à avoir à repousser les principaux traits que mes ennemis me réservaient. L'envie est une passion que la lâcheté ne caractérise guère mpins que la noirceur. Je m'étais toujours douté qu'ils profiteraient avec avidité des avantages que donne l'absence. En effet, je n'avais encore fait à Sully qu'un séjour de quelques jours, qu'il me revint de toutes parts que la cour se remplissait de bruits qui ten-

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