‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 26 sur 78 · LIVRE VINGT-NEUVliME. 6l · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVliME. 6l

assez malhabile homme, pour avoir peu profité de la plus belle occasion du monde, et qui se proposaient bien de ne pas suivre mon exemple. Les bornes d'une lettre ne permettant pas une preuve complète, je me réduisais sur ce point à faire remarquer à la régente qu'il m'était aisé de. prouver que ces biens qu'on me reprochait n'étaient que l'effet ou d'un bon ménage, ou des libéralités d'un maître trop généreux pour laisseir sans récompense les peines d'un ministre livré infatigablement à un travail qu'il n'était pas ordinaire de voir prendre à des surintendans ' ; qu'il suffisait que je n'eusse rien reçu que de mon maître , et qu'il ne m'eût formellement obligé d'accepter; ce que je pouvais justifier aussi clairement que l'emploi que j'en avais fait ; que je défiais ceux qui allaient me succéder d'en faire un jour autant; qu'au reste je pouvais dire , sans affecter ni vanité , ni dépit , que je regardais comme véritablement fait à l'état tout le mal qu'ils avaient cru me faire aujour-^ d'hui; que je n'avais jamais désiré de continuer

* a II se retira chargé de biens que le temps auquel il avait

« servi lui avait acquis On peut dire avec vérité, que les

«premières années de ses services furent ëixcellentes ; et si « quelqu'un ajoute que les dernières furent jBQins austères, il « ne saurait soutenir qu'elles lui aient été utiles sans^'étrebeau- « coup ti l'état. » Histoire de la ntère et du- fils y ibid, p. 128. Un seul témoignage d'un ennemi , tel qu'est Tàliteur de cette histoire , en vaut mille autres.

à conduire les finances du royaume que pour le bien des finances elles-mêmes; que; devant avoir pour juges de mes actions leurs majestés , c'est-àdire , des personnes équitables et disposées à ne me fermer contre mes ennemis aucune des voies de la justice, le repos dont j'allais joui^ cessait de me présenter rien de dangereux; que j'avais au contraire sujet de le trouver d'autant plus doux , qu'il commençait à convenir à mon âge, et qu'il ne serait troublé par aucun reproche ni par aucun remords.

Sur la fin de cette lettre, qui était remplie par intervalles d'offres de services, d'assurances de fidélité , et de toutes les marques de respect et d'obéissance que je devais à la reinç, je lui marquais que je ne voulais point partir pour mon gouvernement, où des affaires m'appelaient, sans l'en avertir et prendre ses ordres ; et que , si elle croyait que je pusse lui être utile dans l'assemblée deà protestans à Châtellerault , où j'étais invité, je m'y trouverais avec les mêmes dispositions à la servir que j'y avais servi le feu roi. Telle était à peu près la teneur de cette lettre , qui est fort longue , et à laquelle la régente répondit par une autre du 24 avril , aussi à peu près dans les mêmes termes qu elle avait répondu à la précédente. Elle me laissa libre d'aller en Poitou, ou à l'assemblée de la religion , et de m'y comporter comme

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