LIVRE TRENTIÈME
quand ils auraient eu la pensée de le rétablir, la forme de son gouvernement , qui les mettait à la merci des grands et du peuple , en possession de choisir et de maîtriser ses {souverains, ne leur laissait aucun moyen d'y parvenir, te parti qu'ils prirent fut de condamner au silence le pouvoir arbitraire, et de faire régner en sa place l'équité elle-même , espèce de domination qui n'a jamais excité l'envie. Rien ne se fit plus sans y appeler les grands et les principales villes, et presque toujours par la décision des états assemblés. Une conduite si modérée coupa pied à toutes les brigues et étouffa toutes sortes de complots, toujours ËLcheux pour l'état ou pour le souverain. L'ordre , l'économie, la distinction du mérite, une justice exacte, toutes les vertus qu'on cherche dans un chef de famille , caxictérisèrent ce nouveau gouvernement, et produisirent ce qu'on n'a jamais vu , et ce qu'on ne verra peut-être jamais, je veux dir^ une paix de cent vingt-deux ans consécutifs. Ce que ces princes y gagnèrent pour eux-mêmes en particulier , et que toute l'autorité de la loi salique ne leur aurait jamais valu , ce fut l'avantage d'introduire dans leur maison l'hérédité de la couronne. Ils eurent encore besoin pour cela de recourir à la précaution de ne déclarer leurs fils aînés pour leurs successeurs qu'après avoir modestement demandé le suffrage des peuples, avoir
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fait précéder une espèce d'élection , et ordinairement les avoir fait sacrer de leur vivant, et asseoir à côté d'eux sur le trône.
Philippe II, que, Louis VII , son père, fit de même sacrei^ et régner avec lui , fut le premier qui s'écarta de cette façon de procéder entre le souverain et son peuple. Plusieurs victoires remportées sur les étrangers et sur ses propres sujets, qui lui firent donner le surnom d'Auguste, lui servirent à s'ouvrir un chemin à l'autorité absolue, et cette idée s'imprima ensuite si fortcanent dans l'esprit de ses successeurs, à l'aide des favoris, dès ministres et des principaux officiers de guerre, qu'ils crurent faire un coup de la plus profonde politique en s'attachant à détruire des maximes dont l'utilité pour le bien général et particulier venait d'être encore si bien «nfirmée par l'expérience , sans craindre , ou peut-être sans {Mrévoir toutes les suites malheureuses qu'une entreprise de cette nature contre une nation idolâtre de sa liberté pouvait et même devait nécessairement avoir \ Il leur fut facile d'en juger par les remèdes
' Voici l'un des endroits qui ont donné lieu à la remarque que j*ai faite dans la préface de cet ouvrage, que les compilateurs des anciens mémoires de Sully se sont donné la liberté de mcler leur sentiment propre, au sujet du gouvernement, avec celui de l'auteur, et de manière que, ne pouvant pas facilement les séparer, ni même les bien distinguer aujourd'hui,