‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 38 sur 78 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

des rois , soit quant à la personne même de ces derniers, dépendante, élective, héréditaire, absolue.

On a vu d'avance dans ce tableau quel jugement on doit porter sur la^ troisième race de nos rois. Nous trouvons mille choses à admirer dans Philippe-Auguste, saint Louis, Philippe le Bel, Charles le Sage , Charles VII , Louis XII. Quel dommage que tant de vertus ou de grandes qualités n'aient pas porté sur d'autres fondemens ! Qu'avec plaisir on leur donnerait le titre de grands rois , si l'on pouvait se cacher que leurs peuple.* ont été malheureux ! Que n'y aurait-il pas à dire en particulier de Louis IX? Des quarante-quatre années qu'il régna, les vingt premières offrent un spectacle, qui n'est pas indigne d'être comparé avec les onze dernières de Henri le Grand. Mais je crains bien que toute leur gloire ne soit détruite par les vingt-quatre suivantes , lorsqu'oi, y verra que des impôts excessifs, pour satisfaire une dévotion mal entendue et ruineuse, des sommes immenses transportées dans les pays les plus éloignés pour le rachat des prisonniers , tant de milliers de citoyens sacrifiés , tant d'illustres maisons éteintes , remplirent la France d'un deuil général, et tout ensemble d'une calamité uiiiverselle.

Convenons une bonne fois de principes, s'il est

possible; et après que, sur une expérience mille fois réitérée^ nous aurons regardé comme décidé ce qui devrait l'être il y a long- temps , que le bonheur des hommes ne saurait jamais naître de la guerre, parcourons, sur cette idée, l'histoire de notre monarchie. Nous passerons à Clovis et à ses prédécesseurs, à leurs guerres, en quelque sort« nécessaires pour le fondenient d'unç domination qui ne faisait qu'éclore. Mais que dirons-nous de celles qui, pendant un espace de cent soixante ans entiers, agitèrent Iqs quatre enfans de Clovis, les quatre enfans de Çlotaire .H, et leurs descendans; de celles qui, pendant cent soixante-douze autres années, à commencer à Louis le Débonnaire, déchirèrent le royaume? Le reste est pis encore. La plus légère teinture de notre histoire suffit pour se convaincre qu'il n'y a point eu de véritable paix depuis Henri VIII jusqu'à celle de Vervins , et qu'en tranchant le mot , tout ce long intervalle peut être appelé une guerre de près de quatre cents ans. Après, dis-je, qu'il sera demeuré constant par cet examen , que nos rois;]i'ont guère jamais su que faire la guerre , nous leur rendrons d'ailleurs toute la justice qui leur est due; mais nous nous montrerons un peu plus difficile sur le titre de grands , de véritablement , et en toute mar nière, grands rois.

J'avoue cependant (car il serait injuste de ne

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