‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 39 sur 78 · LIVRE TR£l(TlikM · texte numérisé non relu

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faire qu'à eux seuls un crime de ce qui est proprement le crime de toute l'Europe ) , que plusieurs de ces princes se sont souvent trouvés dans des circonstances où leurs guerres, étant .justes et même nécessaires, deviennent pour eux le sujet d'une solide et véritable gloire, où même il ne leur eii restait point d'autre à acquérir. C'est alors que la manière dont plusieurs de ces guerres ont été prévues, préparées et conduites, nous fera découvrir dans leur cabinet des coups de politique , et dans leur personne des chefs-d'œuvre de valeur dignes de tous nos éloges. D'où peut donc provenir l'erreur de tant d'exploits, en apparence si glorieux , et dont pourtant tout le fruit n'a presque jamais été que de désoler la France et l'Europe ? de l'Europe entière, je le répète, qui ne fait à peine que s'apercevoir aujourd'hui que, dans l'état ou elle se trouve , où elle est même depuis plusieurs siècles, toute entreprise par laquelle on prétendra ou l'assujettir, ou seulement augmenter trop considérablement quelqu'une de ses principales monarchies aux dépens des autres, ne;peut jamais être qu'une entreprise chimérique et impossible. Au€une de ces grandes monarchies ne sau* rait être renversée que par le concours des^ causes supérieures à toute force humaine. Il ne doit donc être question que de les faire subsister , toutes avec quelque égalité. Tout prince qui pensera au-

trement fera* ruisseler le sang dans toute l'Europe, sans pouvoir jamais en changer la face.

Lorsque j'ai remarqué que la France n'avait plus aujourd'hui toute l'étendue qu'elle avait au temps de Charleraagne , mon intention n'a pas été ^sûrement de faire regarder cette diminution comme un mal. Dans le malheur inévitable d'àvoir de temps en temps pour rois des princes ambitieux , c'en serait un bien plus grand encore que tout concourut à flatter cette ambition ; aussi a-t-on toujours remarqué que plus les royaumes sont grands , plus ils sont sujets à de grands malheurs. Le fondement de la tranquillité du nôtre en particulier dépend de le tenir renfermé dans les bornes qu'il a aujourd'hui. Un climat, des lois, des mœurs , des langues qui n'ont rien de semblable aux nôtres ; des mers , des chaînes de montagnes presque inabordables, voilà autant de barrières qu'on peut regarder comme posées par la nature même. Que manque-t-il d'ailleurs à la France ? Ne sera-t-elle pas toujours le plus riche et le plus piliisfant royaume de l'Europe? Non, les Français n'ont plus rien à désirer, sinon que le ciel leur donne des rois pieux , bons et sages , et ces rois n'auront rien' à faire que d'employer leur puissance à tenir FEurope en paix. Aucune entreprise ne peut plus ni leur réussir, ni leur être profitatable , que celle-là.

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