‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 40 sur 78 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

Et voilà de.quelle nature était celle que Henri IV était à la veille de commencer, lorsqu'il plut à Dieu de l'appeler à lui, trop tôt de quelques années pour le bonheur du monde. Voilà ce qui la rendait si différente de tout ce qu'on a vu jusqu'ici entreprendre aux têtes couronnées. Voilit" par où il aspirait au nom de Grand. Ses vues ne lui étaient point inspirées par une petite etuiisérable ambition , ni bornées à un léger et bas intérêt. Il voulait rendre la France éternellement heureuse ; et comme elle ne peut goûter cette parfaite félicité , qu'en un sens toute l'Europe ne la partage avec elle, c'était le bien de toute la chrétienté qu'il voulait faire, et d'une manière si solide, que rien à l'avenir ne fût capable d'en ébranler les fondemens.

Je me doute bien que ce projet ' sera regardé

' Les mémoires de Sully- sont le seul monument qui ait conservé à la postérité le. détail du grand dessein de Henri lY. On ne le voit dans aucun des historiens, auteurs de mémoires y et écrivains et contemporains de ce prince. La plupart d'eux n'ont pas même efÏÏeuré cette matière, parce que sans, doute ils n'en savaient pas assez pour pouvoir en parler. Od h'a commencé à en discourir que depuis que les mémoires de Sully, où il est si bien développé , ont vu le jour ; et de tous ceux qui l'ont fait depuis environ la seconde moitié du dixseptième siècle, je n'en trouve presque aucun qui ait mis en question la possibilité de ce grand projet, parce qu'apparemment on était encore assez proche du temps où il avait été formé pour se convaincre, et par la propre bouche de ceux

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