‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 4 sur 78 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME. 1 I · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME. 1 I

ce expédié un acquit de comptant , pour servir de « décharge au trésorier de l'épargne Puget. Fait à « Paris, le i6 juillet 1610. Signé Ma^rie. »

Je ne vis pas tout d'un coup le parti que j'avais à prendre. Après y avoir pensé un moment:

« M. Puget, dis-je, tout ce que j'ai lu ne m'éclair- <c cit pas pourquoi l'on me demande une si grosse (c somme ; car on ne me persuadera pas que ja- <c mais le feu roi l'ait employée; vous me presse- <c rez aussi inutilement de me la faire signer conmie « telle : contentez-vous donc , si vous voulez, pour « votre décharge , de ce papier tel qu'il est , parce « que très-sûrement je n'y ajouterai rien du mien.» Cette affaire n'en demeura pas là. On revint à la charge , pour obtenir ma signature , avec autant d'opiniâtreté que j'en montrais à la refuser; je n'entendis parler que de cela seul , pendant deux jours entiers. On me laissa enfin en repos , et il ne fut plus parlé du menu de comptant, qui est resté déchiré parmi mes papiers ; mais ni la régente , ni Conchini n'en perdirent pas le souvenir. Conchini trouva que cette conduite était de trop mauvais exemple pour ceux qu'il avait envie de ranger à

l'état demandait qu'on tînt secrètes les empêchèrent de les supprimer. Le cardinal de Richelieu conclut à les abolir , mais en même temps à laisser un million d'or au roi, en vue de ces dépenses, pour en disposer à sa volonté. Testament politique, a^ partie, p. 143.

la MÉMOIRES J>E SULLY.

toutes ses volontés : pour la reine, le ressentiment qu'elle en eut fut si fort, qu'elle ne put me le cacher , malgré le déguisement auquel elle s'étudiait. Si jusqu'alors elle avait encore voulu faire de temps en temps quelque légère réflexion sur ce que lui avait dit tant de fois le roi son époux , de la nécessité dont je devais lui être pour les affaires du royaume , de ce ipôment , tout ce souvenir fiit entièrement effacé , et fit place à une résolution bien décidée de donner ma charge à une personne qui fut plus traitable.

Le chancelier m'en donnait assez l'exemple ; mais bien loin d'être tenté de le suivre , je ne pus m'empêcher de lui reprocher un jour une prévarication véritablement impardonnable, à l'occasion d'une lettre d'exemption de rachat du greffe du parlement et du châtelet de Paris , qui parut en plein conseil , comme ayant été expédiée et scellée par le feu roi , quoique je susse que ce prince l'avait refusée constamment à toutes les instances que Villeroi lui en avait faites à différentes reprises. La règle est que , le roi étant mort, le sceau dont il s'est servi soit rompu. Non-seulement le chancelier ne l'avait pas fait , mais il osa même se servir de ce sceau pour autoriser de fausses dispositions en faveur de Conchini et de quelques autres, pendant cinq années entières. Il avait pour cela la double commodité de faire fa-

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