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tout d'abord comme une de ces magnifiques chimères, de ces oisives spéculations politiques , auxquelles se livre un esprit ami des idées singulières. Ceux qui en jugeront ainsi ne peuvent
qiémes qui avaient pu être témoins des préparatifs et des arrangemens qui s'étaient faits , que toutes les mesures avaient été prises précisément de la manière dont le duc de Sully le rapporte , et par conséquent qu'il ne souffrait pas, k beaucoup prèi toute la difficulté qu'on a cru y apercevoir depuis.
L'auteur du discours manuscrit de la bibliothèque du roi, que j'ai cité dans la préface, et qui me parait être le plus ancien Aicmoire que nous ayons de ce temps-là, ne doute point que ce dessein n'eût eu toute son exécution. Après lui, Péréfixe, qui nous en a donné un abrégé fort juste dans la troisième partie de son Histoire de Henri le Grand, dit positivement qu'il aurait réussi^ et en fournit les preuves, p. 384 et suivantes '. Le continuateur de de Thou ne s'éloigne pas de ce sentiment dans le peu qu'il en touche, années 1609 et 1610. Le maréchal de Bassompîerre en dit aussi quelque chose, t. i de son journal^ sans Timprouver. On peut joindre à ces autorités celle de l'auteur de la vie du duc d'Épemon et de quelques autres, qui tons semblent être du même avis. Enfin, jusqu'au- commencement du siècle présent, il paraît que sur ce point il n*y a eu qu'une voix , à laquelle plusieurs de nos histcwiens modernes ont aussi joint la leur.
Tittbrio Siri (Ment, recond., tom. 1, pag. ag, 5i4; tom. a, p. 45, etc.) est le premier, que je sache, qui ait traité cette grande entreprise &absurde et d'impossible. Mais l'ignorance qu'il montre sur toute cette affaire, même dans les points les moins contestés, son attachement à la politique espagnole^ l'éloignement dé la personne de Henri IV et de celle de son
* Édition de Ledoiut, 1822.
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être que cette sorte de gens à qui la première impression d'une imagination prévenue tient lien de règle, ou ceux à qui l'éloignement des temps et l'ignorance des circonstances feront confondre
ministre, qui se fait sentir partout dans cet écrivain, le rendelit tr^-justement r^msable sur ce chapitre. Ce sentiment t été «dopté après lui par l'aiiteur de Hiistoire de la mève et du fils, t I, p. 44, et par la même raison d'attad^ment à )a reine, mère de Louis XIII. D'ailleurs cet écrivain, quel qu'il soit , qui n'apporte guère d*autre preuve de son opinion gue Tâge de près de soixante ans qu'avait alors Henri IV, paraît si peu au fait, qu'on dirait qu'il a ignoré les précautions qu'oti avait j^^portées pour que cet ouvrage se trouvât consommé en trois ans, et qu'il combat Topinion du duc de Sully sans la connaître.
Je déférerais beaucoup plus à l'autorité de quelles politiques modernes, qui regardent comme impossible que la f^ce de^toiite l'Europe eût pu être changée au point que se le proposait Henri IV , et qui trouvent d'ailleurs qu'on a imaginé de nos jours un moyen beaucoup plus heureux de maintenir l'équilibre dans l'Europe que. celui par lequel on faisait renaître l'ancien conseil des Am^^ictyons , je veux dire la précauticm de faire accéder toutes les principale^ puissances aux traités, même particuliers, et de les en rendre garantes. Tous les malheurs que nous a apportés la guerre montreaf'^disez que cette précautita n'est rien moiiis que suffisante. Et pbur cç qui est du fond de la question, je conviendrai avec eux que l'Europe ae peut que très- difficilement être constituée au-^ jourd'hui dans l'état où a voulu la mettre Henri le Grand ; mais je ne laisse pas de croire, sans prétendre assujettir personne à mon sentiment, que ceux qui traitent de chimère le projet . de ce prince ne font pas toute l'attention nécessaire aux circonstances d'un temps où l'Europe, tant de .fois
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la. plus sage et la plus noble des entreprises qut jamais aient été formées, avec ces ^capricieux pn>« jets dont on a vu de tout temps se repaitre.les princes entêtés de leur pouvoir. Je conviens que y si l'on examinait avec attention ce que font entre-
à la veille de se voir là proie -de la maison d'Autrictie, dé*solée par les guerres sanglantes qiie la différence des religions y, avait excitées et y excitait, tous les jours , était comme forcée de recourir àun moyen extrême, pour finir toutes ses misipres.
Je ne puis mieux faire ôette remarque que par ces paroles de l'abbé dt Saint-Pierre, dans son discours sur le grand homme : « De là on voit que, si Qenri IV, roi de France , eût « exécuté son projet, si fameux et si sensé, pour rendre la paix « perpétuelle et universelle entre les souverains, il ainrait pro- «c curé le plus grand bienfait qu'il soit possible, non-seulement tt à ses sujets, mais encore à toutes les nations chrétiennes, et » ft mémej par une suite nécessaire, au reste de la terre ; bieii- <c fait auquel toutes les familles, vivantes et futures, eussent « participé durant tous les siècles à venir; bienfait qui emporte « l'exemption des maux immenses et innombrables que càu-* « sent les guerres civiles et étrangères ; bienfait qui eût pro*- « duit tous >les biens qui résultent nécessairement d'une paix « universelle et inaltérable : s'il eût exécuté , dis-je , ce mei>- (t veilleux' projet, il eût été, s^s comparaison, le plus grand (t honune qui ait été et qui sera jamais.» Apfês quelques autres réflexions sur les moyens de rendre ce projet encore plus facile, ce judicieux écrivain ajoute : « Au reste, ce prince a tou- « jours eu l'hontieur de la plus importante invention et de la « plus utile découverte qui ait paru sur la terre pour le bon- « heur du genre humain. L'exécution de cette grande entre- « prise peut bien être réservée par la Providence au plus grand n homme de la postérité. »
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prendre to vanité, la confiance en sa bonne fortune , l'ignorance , la peur même et là paresse , on serait surpris de voir tes souverains se jeter tête baissée dans des. desseins spécieux, à la vérité, mais qui n'ont quelquefois pas le moindre degré de fiossibilité. L'esprit humain s'attache avec tant de complaisance , disons plus, avec tant de fureur, à tout ce qui lui semble beau et brillant , qu'il serrait très-fâché qu'on lui fît sentir que ces objets n'ont souvent rien de réel ni de solide; mais en cela , comme en toute autre chose , il y a aussi l'excès contraire à éviter :• c'est, que, comme on manque à exécuter les grandes choses parce qu'on s'y porte trop faiblement , on manque aussi à Içs connaître et à les apprécier au juste, parce;, qu'on les mesure avec des. règles trop, raccourcies. J'ai étélnoi-méme sur cet article plus difficile à persuader peut-être qu'aucun de ceux qui liront ces mémoires , par un effet de ce caractère froid , précautionné et peu entreprenant, par lequel je me suis donné à connaître*
Je me souviens que, la première fois ^que. j'entendis le roi me parler d'un système politique pgir lequel on pouvait partager et conduire- toute l'Europe comme une famille, j'écoutai à peine ce prince. M'imaginant qu'il ne parlait ainsi que pour s'égayer, ou peut-être pour se faire honneur de penser sur la politique avec plus d'étendue et de
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pénétration que le commun des homiAês , ma ré«poùse fut moitié sur le ton de plaisanterie , moitié «ur celui de ûomplimenll Henri n'alla pas plus loin pour cette fois. Il m'a souvent avoué depuis qu'il m'avait long-^temps caché tout ce qui lui roulait dans l'esprit sur cette matière , par la Honte qu'on a de proposer des choses qui peuvent pa* rahre ridicules ou impossibles. Je fiis étonné que quelque temps après il remit entre nous deux ta^ conversation sur ce même sujet , et que dans U suite il revenait d'année en année à m'en entreter nir avec des arrangemens et des éclaircissanens nouveaux.
• J'avais été fort éloigné de m'en occuper sérieusemeijt. Si mbu esprit s'y était arrêté quelques instans , le premier aspect d'un dessein qui supposait la réunion de tous les états de l'Europe y des dépenses immenses dans un temps où la France né pouvait subvenir à ses propres besoins , im enchaînement d'incidens qui me parut aller à l'infini , tout cela m'avait fait aussitôt rejeter cette pensée comme inutile. Je me défiai même qu'il z|'y eût ici quelque illusion. Je me rappelais quelqu'une de ces entreprises dans lesquelles on avait cru pouvoir intéresser l'Europe; je m'arrêtais principalement à celles qu'avait formées qudques-uns de nos rois sur de beaucoup moindres objets y et je me sentais dégoûté de celle-ci , par
tï . A»».-
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le mauvais succès de toutes les autres. La disposition des princes de FEurope à prendre ombrage de la France dès que aelle-ci leur aurait aidé à dissiper leurs craintes sur la trop grande puissance de l'Espagne , me paraissait seule un obstacle insurmontable.
Fortraaent prévenu de cette idée , je ne cherchai plus qu'à détromper Henri , qui , suipris de son côté , de ne me voir d'accord avec lui sur aucun point, entreprit d'abord et vint aisément à bout de me persuader que ce ne pouvait être que par préjugé que je blâmais ainsi indistinctement toutes les parties d'un projet où il était sûr du moins que tout n'était pas blâmable. Je ne pus rrfuser à ses prières de m'appliquer à le bien comprendre. Je m'en formai une idée plus juste ; j'en rassemblai toutes les branches , qye je liai entre elles ; j'en étudiai toutes les pr(qK>rtions, et pour ainsi dire toutes les dimensions; j'y trouvai une suite et une dépendance mutuelles qui ne n^'avaient point paru sensibles tant que je n'avais envisagé la chose que confusément L'utilité qui en résultait pour toute l'Europe fiit ce qui me frappa davantage , comme ce qui est en effet le plus clair ; mais les moyens furent , par la même raison , ce qui m'arrêta le plus long-temps , la situation générale des a£&ires en Europe , et des nôtres en .particulier , paraissant de tout point contraire à l'exécution :
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je ne faisais point assez d'attention que , cette exécution pouvant être remise autant qu'on le jugerait à propos, nous avions pour nous y préparer toutes les ressources que le temps offre à ceux qui savent en tirer parti. Je me convainquis à la fin que, quelle que parût être cette disproportion des moyens à l'effet , une suite d'années , pendant lesquelles on dirigerait constamment vers son objet toutes ses démarches , tant dans les négociations que dans la finance, et le reste des choses nécessaires , aplanirait bien des difficultés. C'est en effet quelque ehose de bien singulier que ce point , qui paraissait et était réellement le plus difficile de tous , est devenu enfin le plus facile.
Lorsque je me fus mis ainsi dans le véritable point de vue des choses, que j'eus tout pesé, tout calculé , et ensuite tout prévu et tout préparé , je iùe sentis . persuadé que le dessein de Henri le. Grand était tout ensemble juste dans son principe, possible et même facile dans toutes ses parties , et infiniment glorieux danis tous ses effets; en sorte que , comme on l'a vu dans mille endroits de cet ouvrage, je fus le premier à rappeler le roi à ses engagemens , et à faire valoir souvent contre lui- .même ses propres raisons.
L'habitude où était ce griûce de porter continuellement ses vues sur tout ce qui était autour
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de lui , effet deséonjonctures singulièrement tristes et enabarrassantes où il s'était trouvé dans presque tous les instans de sa vie, lui avait fait former ce dessein dès le temps où , appelé à la couronne par la mort du roi Henri III , il regarda l'abaissement de la maison d'Autriche comme quelque chose d'absolument nécessaire pour pouvoir s'y soutenir. Si la première idée ne lui en vint pas d'Elisabeth ■ , il est certain du moins que Cette grande reine l'avait imaginé de son côté long-temps auparavant , comme im moyen de venger toute l'Europe des attentats de son ennemi commun. Les troubles qui remplirent toutes les années sui-
' Le duc de Sully d'aujourd'hui possède l'original d'une fort belle lettre de Henri le Grand, qu'on présume avoir été écrite à la reine Elisabeth, quoique cette reine ne soit nommée ni dans le corps de la lettre , ni dans la suscription qui porte ces mots : A celle qui mérite un I6s immortel. Les ternies dans lesquels Henri parle de certain projet politique, qu'il appelle la plus excellente et rare entreprise que créature sût as^oir préméditée en sa pensée y chose plus céleste qu'humaine'; les louanges qu'il donne à ce discours si bien lié, si rempli de démonstrations de ce qui serait nécesstlire pour le gouverneoient
des empires et monarchies ; à ces conceptions et résolutions
dont on ne doit attendre que des issues très-remarquahles d* honneur et de gloire : tout cela ne peut se' rapporter qu'à la personne d'Elisabeth, ni tomber que sur le grand dessein dont il est question ici, et sur lequel la reine d'Angleterre venait apparemment de commencer à s'ouvrir à Henri par lettres. Celle-ci est datée de Paris, du quinzième jour de juillet, maïs ^ans date d'année.
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vantes, la guerre qui leur succéda en iSgS, celle <]ui survint contre la Savoie après la paix de Vervins , jetèrent Henri dans des embarras qui l'obligèrent à renoncer à toute autre sorte d'af&ires. Ce ne fut qu'après son mariage, et la paix étant bien affermie , qu'il put reprendre la pensée de son premier dessein, qui paraissait plus ûvpos- »ble , ou^ du moins plus éloigné que jamais.
Il le communiqua néanmoins par lettres à Elisabeth ; et ce fut ce qui leur inspira une si forte (Bnvie de s'aboucher en 1601, lorsque cette princess($^ vint à Douvres , et qu'il s'avança jusqu'à Calais. Ce que le cérémonial d'une semblable entrevue ne leur permit pas de faire , je l'ébauchai du moins dans le voyage qu'on a vu que» je fis vers cette princesse. Je la trouvai fortement occupée des moyens de faire réussir ce grand projet^ et malgré les difficultés qu'elle imaginait d^ns ces deux points principaux, la conciliation des religions et l'égalité des puissances, elle me parut ne point douter qu'on ne pût le faire réussir. Elle se rassurait sur* un motif dont j'ai bien connu depuis toute la justesse; c'est qi^e, ce plan n'ayant, après tout, rien de contraire qu'aux vues de quelques princes an^itieux, et connus pour tels dans l'Europe ^i:;ette difficulté^, qui en faisait mieux sentir la nécessité , en acheminerait aussi pli^tôt qu'elle li'en retarderait le succès. Elle disait encore qu'il
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aurait été à souhaiter qu'il tût pu s^èxéouter par toute autre voie que par celle des armes , qui a toujours quelque chose d'odieux : mais qu'elle convenait que du moins on ne pouvait guère le commencer autrement. 'Une très-grande partie des articles, des conditions et des différens arrangimens est due à cette reine , et montre bien que du côté de 1^ pénétration , de la sage3se et de toutes les autres qualités de l'esprit , elle ne cédait à aueim des rois les plus dignes de porter ce nom.
On ne peut regarder que comme un très> grand malheur que Henri ne pût point, dès ce mo* ment-là , seconder les intentions de la reine d'Au^ gletenre , qui voulait que , sans perdre un mp* ment , on mit la main à l'œuvre ; mais à peine osait-il espérer, lorsqu'il jetait ainsi les fonde<mens de oet édifice, de voir le temps d'y mettre la dernière main. Le rétablissement de son royaume, dans toutes les parties par ou il était affligé^ était un ouvrage de plusieurs années , et malheureusement il en avait déjà quarante-huit avant qu'il eût pu y travaille». Il ne lais^ pas de le presser avec toute l'ardeur possible. L'édit de Nantes avait d^à été fait dans cet^ vue. Tous 1^ aiMres moyens de s'attirer «le respect et h. confiance des princes de l'Europe commencèrent ainsi à être mis en œuvre , en même temps que
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nous nous appliquions, Iqi et moi, aved une pa* tience infatigable, à rarrangement intérieur du royaume. La mort du roi d'Espagne nous parut Févénement le plus heureux pour notre desseiir; mais celle .d'Ëlisabetfa y porta un coup si sensible , qtfil s'en fallut peu qu'elle ne nous le fît abandon* ner tout-à-fait. Henri n'attendait point de§ rois du Nord, ni du roi Jacques, s^iceesseur dé cette princesse, lorsqu'il eut" connu le caractère de son esprit , qu'aucun deux consentît d'aussi* bonne grâce que faisait la reine d'Angleterre à partager ce fardeau avec lui: Cependant les, nouveaux alliés qu'il gagnait chaque jour en AUematgue , et dans l'Italie, même, le consolèrent un peu de cette perte. La trêve des Pays-Bas avec l'Espagne peut aussi être mise au nombre des incidens peu favo<> râbles..
Mais si nous voulions compter ensuite tout ce qui survint d'obstacles dans l'intérieur du royauirie de la part des protestans , des catholiques , du clergé , du *onseil même de sa majesté , il pour* rait sembler que tout conspirât à le faire échouer. Croirait-on 'que Henri n'eût pas pu trouver un seul homme avec moi dans tout son conseil aur quel il ne ris(^ât rien à dévoiIe% le fond de ses projetjs^^ et que toulitle respect qu'on lui devait empêchait à peine de traiter d'extravagance fe peu qu'il se hasarda , avec toute la circonspection
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possible 9 d'en découvrir à ceux qui paraissaient les plus dévoués à toutes ses volontés? Rien ne le rebuta. Plus habile politique et lûeilleur juge que tout son conseil, et que tout son royaume, dès qu'il vit que,. malgré tous ces obstacles, les af* faires se mettaient d'elles-mêmes, au -dedans comme au-dehors, dans une situation favorable, il tint le succès pour infaillible.
. Était-ce au fond une grande témérité que d'en juger ainsi? Qu'est-ce que ce prince exigeait de . rSurope efï cette occasion ? rien autre chose sinon qu'elle se prêtât aux moyens qu'il a imaginés pour la placer dans la position où elle tend depuis long-temps par tous ses efforts à se voir établie. On le lui facilite, et sans qu'il lui en coûte à beaucoup près ce qu'une grande partie de ses princes aurait volontiers sacrifié , et même a sou- ^nt sacrifié pour un avantage beaucoup moins réel, moins certain et moins durable. Le profit qu'on leur assure, outre le bien ipestim^lede la paix , surpasse de beaucoup la dépenl^ à laquelle on les engage. Quelle raison, encore un coup, voit-on qu'ils puissent avoir de s'y oppcr^^r? et s'ils ne s'y opposent pas^ que fera la ipaison d'Autriche contre des puissances à qui l'envie et le plaisir de la dépouiller d'un Julien dont ell^nfB s'est servie jusqu'ici que pour les opprimer suscitent autant d'ennemis déclarés qu'elle en a de secrets,
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toutes les parties de ce dessein , et comment il devait s'exécuter. Commençons par ce qui r^arde la religion.
Deux religions ont cours dans l'Europe chré-* tienne, la religion romaine et la religion, réformée ; mais comme celle-ci a admis plusieui*s modifications dans son culte qui la rendent , sinon aussi différente de la religion romaine , du moins aussi éloignée de se réunir , il faut nécessairement la partager en deux religions , à la première des-quelles on conservera son nom de réformée^ et l'autre pourra s'appeler la religion protestante. Ces trois religions régnent en Europe d'une manière très- variée. L'Italie et l'Espagne sont demeu-* rées en possession de la religion romaine, sans mélange d'aucune autre. La religion réformée ne subsiste en France avec la romaine qu'à la faveur des édits , et y est la plus faible. L'Angleterre, ^ Danemarck, la Suède, les Pays-Bas, la Suisse , sont aussi mélangés, avec la différence que c'est la religion protestante qui y domine; les autres
ajouter au témoignage de Siri, ihid,^ lorsqu'il donne à entendre que Henri le Grand n'était possédé uniquement que de la passion d'amasser des trésors ; qu^îl fallut que son ministre le forçât comme fnalgré lui à entrer dans le projet, et que le duc de Sully, qu'il croit' en être le seul auteur, n y était lui-même si fort attaché que pai* pure opiniâtreté , et peut-^tre par son propre intérêt , '