LIVRE VINGT-NEUVIÈME. l
« fortifier adroitement de M. le connétable. J'este time et j'honore sa qualité , son mérite, son âge, « et la bienveillance qu'il me porte, et je suis sûr <c que je m'accorderai toujours bien avec lui; mais a pour vous et tous les autres , je vous déclare que « je ne vous dois aucune déférence ; en ce qui re- « garde ma charge , je ne dois compte de mes foncée lions qu'au roi seul. Vous conviendrez au moins, « Monsieur , reprit encore le duc de Bouillon , que «vos lettres nous étant adressées, cela emporte « quelque idée d'autorité sur elles. Monsieur, lui « dis-je, vous avez mal lu, ou mal entendu , autre- <ic ment je serais aussi responsable de ma charge « aux maires, échevins et capitaines des portes ce des villes , car il y a pareille adresse à eux qu'aux « maréchaux de France et aux gouverneurs. Mais « savez -vous bien pourquoi ces clauses y sont «c mises ? C'est afin que toutes ces personnes m'as- « sistent en ce que je désirerai d'elles ; ce qui em- « porterait bien plutôt l'idée de supériorité que « d'infériorité. »
La reine , qui vit que lés paroles s'échauffaient et allaient produire une véritable querelle , nous imposa silence à tous les deux , et l'on mit une autre question sur le tapis. Bouillon avait perdu son petit mot de flatterie adressé à M. le connétable; j'en étais aussi particulièrement aimé, pour les services que je lui avais rendus dans des cir-
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constances difficiles , que le duc de Bouillon , qui l'y avait engagé , en était peu estimé. Il dit à la reine , au lever du conseil , en présence de Bouillon, que sa prétention était mal fondée, et, en s'adressant à lui , qu'il le priiait de ne plus chercher à le joindre à hii dans ses idées de vengeance et de ressentîmens personnels. Ce démêlé fit assez de bruit pour que de chaque coté les amis crussoit devoir venir s'offrir aux deux adversaires. Ici ce ne fut pas comme au conseil, ma partie se trouva la plus forte , les maisons de Guise , de Longueville et beaucoup d'autres s'étant déclarées ouvertement pour moi.
Conchini et sa femme ne demeurèrent pas eùxmémes long-temps en bonne intelligence avec les miùistres et les autres principales personnes de l'état : c'est le sort des alliances qui ne sont produites que par l'esprit d'intérêt, que la même cause qui les a fait naître les détruise avec plus de facilité encore. De là s'ensuivirent mille scènes scandaleuses , et l'on en vint publiquement à des reproches et à des injures, qu'un reste de bienséance aurait bien dû étouffer ; et comme le même esprit régnait dans toute la cour, elle ne fut bientôt remplie que de haines, de jalousies, de moyens bas o.u criminels de se disputer et de s'enlever les grâces. Mille levains fâcheux fermentant dans tous les e^ prits , on appréhenda plusieurs fois les catastro-