‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 9 sur 78 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME. ig · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME. ig

rallèle de César et de Henri le Grand; et l'autre , Adieu à la cour.

Si cet adieu ne fut pas le dernier , ce ne fut pas tout-à-fait ma faute. Je voyais assez que ce séjour n'était plus fait pour moi. Je me rappelais sans cesse le conseil secret tenu chez le nonce, dont j'ai parlé plus haut. J'y joignais certaines paroles qu'une princesse , ma parente et mon amie intime, me rapporta qu'elle avait entendu dire à la reine dans le même temps. Mille autres particularités semblables jetaient dans mon cœur les plus forts pressentimens , que toute l'église réformée était à la veillé d'une persécution. Préaux pensait comme moi , lorsqu'il m'écrivait de Châtellerault, le lo novembre, qu'il lui semblait déjà , disait-il ,, voir le théâtre élevé pour renouveler nos tragédies. Dans cette attente , mon parti était pris de me dé- Éaire de toutes mes charges e» faveur de ceux qui me seraient adressés par Gonchini et sa femme , comme gens auxquels l'argent coûtait le moins à répandre : on m'en avait déjà fait porter parole, et je n'avais pas à craindre que la reine me refusât son agrément. Je comptais envoyer un tiers de cet argent en Suisse, un tiers à Venise, et l'autre tiers en Hollande, où je faisais état de me retirer moi-même , avec ce que j'avais déjà pu mettre d'argent à part tous les ans par mon bon ménage , lorsque je verrais l'orage près d'éclater. Tout mon

aO M£]!^OIK£S D£ SULLY.

arrangement était fait : voici ce qui y apporta du changement.

La jalousie et la mésintelligence des grands et des personnes en place rendirent la cérémonie du sacre si tumultueuse, qu'il pensa en arriver du désordre. Je ne parle pas seulement des disputes pour le rang et la préséance. Le duc d'Épernon, quoique lié très-étroitément , à ce qu'il semblait , depuis quelques années , avec Conchini , lui tint un jour publiquement, avec le duc d'Aiguillon, des discours également durs, injurieux et même menaçans. Le duc de Nevers , appuyé des princes ^ traita à peu près de mémeSillery, Villeroy et Jeannin. La frayeur les prit, ils ne se sentirent pas assez forts , ni sans doute assez nets pour repousser ces reproches ; ils virent qu'ils avaient encore besoin de moi dans cette occasion. Il était d'une fâcheuse conséquence que leg princes et les grands s'accoutumassent à gourmander les ministres. Je leur parus le seul homme capable de mettre les choses sur un autre pied , par l'autorité , le respect , et même la crainte que ma naissance , mon caractère et mes mœurs m'avaient acquis de tout temps dans le conseil. Ils pressèrent donc si fort la reine de me faire revenir , qu'elle m'envoya la lettre suivante par un exprès. « Mon cousin, le roi, « monsieur mon fils , ayant heureusement achevé a son voyage et son sacre à Reims , nous reprcn-

Page 1