‹ MEMOIRES DU DUCDEROVIGOChapitre 14 sur 44 · VIII. 1 I · texte numérisé non relu

VIII. 1 I

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honneurs dont il m'avait comblé dans le teutp^ de ses plus hautes prospérités. Je lui répondis qu'il pouvait disposer de moi , que je me regardais comme engagé d'honneur à le suhrre jusqu'au lieu qu'il aurait choisi pour sa résidence ^ et je le quittai de suite pour aller faire mes dispositions de départ.

Il ne pensait pas à son argent; je lui en parlar ^ car je craignais une saisie d'après l'opinion qu< j'avais de la manière dont on voulait finir lui. Il me donna à ce sujet quelques instruc— — tions, et je courus à la trésorerie de la couronne*-^ La pensée avait été bonne , car à peine en étais^îe^^s sorti, qu'il arriva au payeur un ordre de fermei tout crédit y et de ne se dessaisir d'aucun fond en faveur de qui que ce fut.

L'empereur avait bien peu de chose; encon était-ce de l'argent qu'il avait apporté de Yili d'Elbe. Il avait toujours compté sur la générosité nationale > et ne s'était jamais occupé de sa for^ tune particulière. De toutes les personnes auxquelles il en avait donné , il y en a bien peu qui n'en aient conservé plus qu'il ne lui en restait à lui'-méme.

Dès qu'on avait su l'abdication de l'empereur, il s'était formé partout des groupes, et particulièrement parmi la classe des artisans, qui lui était fort attachée.

Dans ces groupes ^ ou lui témoignait de l'intérêt, et on commençait à dire que l'on voulait le livrer aux ennemis. Ces propos s'accréditaient j)ar l'expérience que l'on avait des révolutions })assées, et l'on entourait le palais de l'Elysée, diu matin au soir , en appelant l'empereur qui ^tait quelquefois obligé de se montrer; La foule remplissait l'allée dite de Marigny, qui cornimmique de la rue du Faubourg-Saint-Honoré avec les Champs-Elysées; chaque fois qu'il paraissait, il s'élevait jusqu'aux nues des cris de viue r empereur! Ces cris faisaient encore augmenter l'afiluence; Fouché s'en alarma, et fit inviter l'empereur à se retirer à la Malmaison; Il prétexta le besoin de calmer les esprits qui pourraient se porter à quelques mouvemens séditieux ; mais on verra bientôt quelle était son «Urière-pensée en faisant cette insinuation.

L'empereur se rendit à l'invitation et partit de l'Elysée. On eut la précaution de faire entrer sa Voiture dans le jardin, afin qu'il pût y monter ^ns être aperçu du public qui entourait le palai$^ et on la fit sortir par la grille qui, à l'extrémité du jardin^ donne sur la ri^e Marigny. H se prêta à tout ce que l'on demanda de lui ; son sacrifice ftit entier sous tous les rapports. Il avait demandé à s'éloigner 5 il voulait passer en Amérique, ou gagner l'Angleterre^ s'il ne pouvait atteindre les

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Etats-Unis. Mais la commission avait d'antr^^ Tucs ; la suite de ses actes va servir à les développer. Son premier arrêté était ainsi conçu :

Paris , 26 juin i8i5.

Art. I*'. Le ministre de la marine donnei^*^ des ordres pour que deux frégates du port cJ^ Rochefort soient armées pour le transport ^< Napoléon Bonaparte aux États-Unis.

Art. a. Il lui sera fourni jusqu'au point de Feir:»* barquement, s'il le désire, une escorte suffîsant^^ sous les ordres du général Becker, qui est charg^^ de pourvoir à sa sûreté.

Art. 3. Le directeur-général des postes doik. — nera de son coté des ordres relatifs au servie^ des relais.

Art. 4- Le ministre de la marine donnera 1( ordres nécessaires pour assurer le retour ins.— médiat des frégates aussitôt après le débar^qùement.

Art. 5. Les frégates ne quitteront point la rad^ de' Rochefort aidant que les sauf'Conduits de^ mandés ne soient arrivés.

Art. 6. Les ministres de la marine, de la guerre et des finances sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté.

Signé ^ le duc d'Otraitte, (iomte Grenier, comte Carwot , baron Quiiteite,

Caulincodrt, duc de Vicence.

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Ainsi l'empereur ne pouvait s'éloigner ; on lyait ipid à son départ une condition qu'il n'avait li prévue ni demandée; on l'avait assujetti à tttendre des sauf-conduits qu'il était présumable [uTon n'obtiendrait pas. L'empereur, qui était [>îii de prévoir un artifice de cette espèce , OG chargea d'aller chez le ministre de la marina, lour savoir . s'il avait reçu l'autorisation de lui Ipnner Içs deui^ frégates; il me recommanda de ^oir Fouché, pour faire lever les difficultés, s'il s'en présentait , et en même temps lui dire de ne pas différer l'envoi des passe-ports qu'il lui avait demandés.

J'allai aussitôt chez^ le ministre, qui lui-même ne savait que penser, en voyant que le gouverr nement provisoire ne lui avait pas envoyé de suite l'autorisation de mettre les deux frégates à. la disposition de l'empereur; U ne me cacha point l'inquiétude que cela jetait dans son esprit, en me faisant entrevoir que, s'il ne craignait pas pour lui-même , il passerait outre çt donnerait aux frégates l'ordre d'appareiller.

Ce que me dit le ministre de la marine contribua à me confirmer dans l'opinion que j'avais déjà; je le quittai et courus aux Tuileries, où les membres du gouvernement -provisoire étaient /encore rassemblés. Je me fis annoncer à Fpuçhé , comme' ayant à lui parler de la partdel'empe-

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reur, mais je ne pus le voir qu'après la séance* Je le joignis ainsi que Camot dès qu'elle fut levée Je leur demandai les frégates qui étaient sur la rade de Rochefort, et au sujet desquelles le ministre de la marine avait dû leur écrire j puisqu'il venait de me dire qu il attendait leur réponse, pour les mettre à la disposition de rempereuir j qui était lui-même fort impatient de partir, ra? jbutai que ce prince m'avait chargé en méirm^ temps de demander ses passe-ports.

Fôuché me répondit avec sa légèreté accot»tumée, dont pourtant je ne fus pas dupe :

« Ma foi, cela est vrai, me dit- il, le ministre A^ « la marine m'a écrit, mais je n'ai pas trop compris « ce qu'il me demandait, et j'ai oublié d'enparfe* «( à mes collègues. Il est trop tard pour finir cèl^ iK aujourd'hui , mais vous pouvez être assuré qu^^Ô « là séance de demain matin, cette af&ire ser-^ « terminée, et je répondrai de suite auministr^^ a de la marine (i ). »

ce Alors , lui dis-je , je reviendrai demain ; maL ^ « pour les passe-ports cela dépend de vous , Fem^ ^ « pereur, qui est pressé de partir , m'a chargé d et vous les demander. »

Fouché reprit : «Pour les passe-ports, c*estun « autre afifaire : ou l'empereur veut-il aller ?

(i) Le gouvernement provisoire se réunissait deux fois par jour au Tuileries , le matin et le soir.

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. m IVIais où peut-^il aller^ lui dis-je, bormis en, m Amérique? Je çroy^da que vous le saviesi, -^ « Moil dit Fouché, voilà le premier mot que> ^fm entends. Il fait bien, mais je ne veux pas <( prendre sur moi de le laisser partir sans pré-^ ^ caution pour sa sûreté; autrement il n'aurait «qu'à lui arriver un malheur , on m'en accuse-? <c rait. Je vais demander des passe-ports pour lui « k lord Wellington, parce qu'aux yeux de la ^nation je veux que ma responsabilité soit à « couvert. On ne me pardonnerait pas d'avoir « agi sans prévoyance. »

Je ne pus m'empêcher de lui faire observer que ce qu'il proposait demanderait du temps , que l'empereur le dégageait de toute espèce de responsabilité; qu'en pressant son départ, ce serait Tempe» reur qui resterait chargé de tout ce qui pourrait en être la suite,

Carnot se mêla alors de la conversation, et me dit : « On ne veut pas mettre d'obstacles, au « départ de l'empereur; bien au contraire, on « veut prendre des inesure^ pour ne plus le rcr « voir, y

Ce langage r^e surprit à un point qui serait difficile à rendre. Je ne pouvais pas me l'expliqtier en me rappelant que , moins.de trois çn ois auparavant , Carnot avait fait toute sprte de dé*marches pour obtenir le ministère de l'intérieur,

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que i'einpereur ne se souciait pas de lui y et que ce ne fiitque sur les instances de M. de Bassanq^ qu'il raccepta.

Gaulaincourt , qui faisait |>artie de ce gouver-^ nement provisoire, était resté dan» le salon ou avait lieu cet entretien ; lorsque ses collègues fu-^' rent partis , il m'aborda. Il y avait entre nous une ancienne liaison d'amitié.. Il m'engagea à presiser Tempereur de partir, et au plus vite.' Il ajouta qu'il me devait la marque df amitié de me témoigner son étonnement de ce que je lé suivais; que, si je tombais dans une mauvaise position^ il ne faudrait m'en prendre qu'à moi. Jele remerciai de l'avis et ne lui demandai pas d'autre explication : celle-ci éclairait suffisamment les soupçons que j'avais déjà. Mais, lui dis-je, pour queFempereurparte^il faut qu'il en aitles moyens. Il en a la volonté, il n'attend que les frégates et les passe-ports. Gaulaincourt me répliqua : «Qu'il a parte, il ne saurait le faire trop tôt. »

et Dans ce cas , répliquai-je , pourquoi ne satis^ <ï fait-on pas à sa demande? Ce refus n'a point de «c motif raisonnable, et les conséquences en re^ fc jailliront sur ceux qui s'en seront rendus couci pables. »

M. de Gaulaincourt ne répliqua pas, et nous nous quittâmes.

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