CHAPITRE X
Marche et composition du convoi. -— La maitresse de poste de Ghâteaudun . — Tours ; l'empereur fait appeler le préfet. — Saint-Maixent. — Affaire de Saintes. — Joseph est arrêté. — Emissaires mis à la suite de l'empereur. — Le baron Richard. — Correspondance de ces messieurs.^ L'empereur eût pu gagner la haute mer sans la perfidie de Fouché. — Sollicitations diverses. — L'empereur se rend à bord de la Saale,
L'empereur était presque seul à la Malmaison, lorsqu'il y arriva un jeune négociant qui accourait le prévenir qu'il avait vu de la plaine Saint-Denis un très gros corps de cavalerie ennemie qui descendait la Seine , et se portait vraisemblablement sur la Malmaison. Ce jeune homme le supplia de partir au plus tôt. L'empereur fut sensible à l'intérêt qu'il lui témoignait| il le remercia et fit avancer les voitures. Sa suite
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avait élédivisée en deux parties. La première ét^it composée de plusieurs voitures dans lesquelles se trouvaient madame Bertrand avec ses enifans (i), M. et madame de Montholon avec un enfant, M. de Las Cases et son fils, ainsi que plusieurs officiers d'ordonnance qui avaient demandé à accompagner l'empereur. Toutes ces voitures devaient gagner la route d'Orléans, passer par Châteauroux, et se trouver à un jour fixe à Rochefort.
Le second convoi se composait d'une seule calèche d'été, dans laquelle étaient l'empereur, le général Bertrand avec le général Becker et moi j le valet de chambre de l'empereur était sur le siège de la calèche, et un courrier allait une demi-lieue en avant pour que l'on trouvât les chevaux tout prêts en arrivant à chaque poste.
L'empereur était, ainsi que nous, en frac bourgeois, sans aucun signe de distinction. Nous n'avions pas de bagage avec nous; la calèche n'avait nullement l'air d'être destinée à faire un long voyage. Nous n'avions que beaucoup d'armes de toute espèce.
Les.^fifets de l'empereur étaient dans une autre voiture à deux places , dans laquelle était le
(i) Je crois que madame Bertrand ne partît que le lendemain ; mais les autres personnes partirent de suite.
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général Gourgaud. Elle marchait deux heures en arrière.
Toutes les voitures s'avancèrent au vestibule du château, hormis la calèche, qui resta dans la* cour qui sépare le château des cuisines ; Tempereur la joignit avec nous par les allées détournées du jardin, pendant que les autres personnes que je viens de citer montaient dans celles qui étaient avancées au vestibule* ' La calèche sortit la première par une allée du parc. Comme c'était la voiture qui avait le moins d'apparence, lesregai'ds ne s^arrêtaient point sur elle , ils s'attachaient aux voitures de l'autre convoi, auxquelles le poste de la grille qui est sur la grande route rendit les honneurs , croyant que l'empereut" y était. Il ne s'était pas aperçu qu^il était déjà passé.
On verra bientôt que cette précaution fut une heureuse inspiration»
La calèche de l'empereur se rendit par les bois du Butart à Rocquancourt, et sans passer par Versailles Qu'elle laissa à gauche, elle alla à Saint- Cyr rejoindre la route de Chartres. Nous arrivâmes à Rambouillet à l'entrée de la huit.'
Au lieu de passer par la ville, nous prîmes la grande avenue du château, où l'empereur passa la nuit, et le lendemain de très bonne heure nous sortîmes par l'allée qui conduit à la porte du
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parc qui donne au-delà de la ville , sur la route de Chartres.
Nous allâmes, sans être reconnus, jusqu'à Châteaudun, où la maîtresse de poste vint tout effarée à la portière de la voiture nous demander si nous venions de Paris, s'il était vrai qu'il fût encore arrivé un malheur à l'empereur. A peine avait-elle achevé de nous £aire cette question , qu'elle le reconnut , et sans mot dire , elle leva les yeux au ciel, et rentra en pleurant dans sa maison.
Nous allâmes, sans discontinuer, par Vendôme jusqu'àTours, oùnous arrivâmes pendant la nuit; l'empereur voulait voir le préfet : la voiture s'arrêta à la sortie de la ville, sur la route de Poitiers. J'allai chercher cet administrateur, qui était un fort brave homme. L'empereur avait d*ailleurs intérêt à le voir et à le questionner. Il lui importait de savoir ce qui se passait dans le pays, parce que, si Fouché avait eu dessein de le faire arrêter en chemin, on aurait su à Tours que quelqu'un était passé avec une mission équivoque. Si au contraire les sicaires étaient sur nos traces , le préfet les empêcherait de nous suivre, ou du moins térait avertir.
L'empereur s'entretint un quart d'heure avec
le préfet, après quoi nous continuâmes notre
route jusqu'à Poitiers.
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La chaleur était excessive ; nous nous ùxrê^, tâmes à la poste pour la laisser tomber. L'empe* reur choisit cette halte de préférence, parce que la maison de poste se trouve hors de la ville.
On ne nous y reccmnut pas, et nous pûmes prendre du repos jusqu'à deux heures après midi.
Nous partîmes pour Niort , où nous ne devions pas nous arrêter; mais une petite altercation que nous avions eue à Saint-Maixent nous donna à penser. Nous ne voulûmes pas nous exposer à faire naufrage au port; nous passâmes la nuit dans cette ville.
Voici en quoi consistait l'aventure dont nous avions pris ombrage. Arrivés à Saint-Maixent, qui est à cinq ou six lieues en avant de Niort, nous trouvâmes du monde assemblé sur la place de l'hôtel-de-ville. La garde nationale était en alerte depuis le renouvellement des désordres de la Vendée ; elle arrêta notre calèche , et nous demanda nos passe-ports. Le général Becker répon* dit en sa qualité de commissaire du gouvernement , et exhiba son passe-port ainsi que les ordres dont il était porteur. Il n'y était pas fait mention de l'empereur; on lui opposa des difficultés : sa fermeté leva tous les obstacles, et nous passâmes ; mais il n'y a nul doute que sans cela le général Bertrand ou moi nous eussions été obligés d'aller répondre, nous aurions in-
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£ailliblement été reconnus , et par conséquent l'empereur aussi.'
Gomme Niort était en même temps un che& lieu de préfecture et un des points de l'ouest où dl y avait un rassemblement de troupes destinée3 ^ s'opposer aux progrès de la Vendée ^ nous ne ^iïmes pas fâchés de nous y arrêter pdur apprendre ce qui se passait dans les environs^
Nous arrivâmes à la nuit close. L'empereur descendit à la maison de poste , où il fit appeler le général qui commandait la place , ainsi que le préfet. Il alla ensuite à l'hôtel de la préfecture , et ily passa la nuit, ainsi que la journée du lendemain. Le bruit de son arrivée se répandit; dès le ma-» tin 9 une foule considérable obstruait les avenues de l'hôtel, où elle resta presque toute la journée. Les officiers, les troupes, les notables du lieu témoignèrent le même empressement, partagèrent les mêmes regrets de voir l'empereur s'éloiguer. Sans doute, ce prince en laissa échappei^ lui-^même de ne pouvoir utiliser cet élan ; le gé^ néral Becker en rendit compte au gouvernement provisoire. Je ne. sais ce que contenait son rapport, mais voici deux lettres auxquelles il donna lieu ; elles font naître plus d'une réflexion.
Monsieur le ministre de la marine , La commission vous envoie copie de la lettre
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qu'elle écrit au général Beckpr. La commission désire que vous donniez les ordres nécessaires à Rochefort, pour qu'on prête main forte au général Beeker, etquon luifoumisse tous les moyens qu'il réclamera pour le succès de sa mission. Vous trouverez ci-jointe la lettre adressée au général Becker. Les ministres de l'intérieur et de la guerre sont prévenus que le courrier que vous ^ expédierez se chargera des ordres qu'ils ont à donner pour le même objet.
51f^/^é, le duc d'OTRAHTE,
Carnot, Comte Gheiuer ,
QxniTETTE ,
Caulaiitcourt , duc de Vigence.
Paris , le 4 juillet 1 8 1 5 .
MOJÎTSIEUR LE Gl^NlÊRAL BeCKER ,
La commission de gouvernement a reçu la lettre que vous lui avez écrite de Niort, le i juillet. Kapoléon doit s'embarquer sans délai. Le succès des négociations tient principalement à la certitude que les puissances alliées veulent avoir de sofi embarquement , et vous ne savez pas jus* qu'à quel point la sûreté et la tranquillité de l'Étatsont compromises par ces retards. Si Napoléon aidait pris son parti de suite y nous avons «6US leà yeux un rapport du préfet maritime de
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Bochefbrt(i)^ où il est dit que le départ n'eut pas été impossible le 29. I^ commissioa met donc la personne de Napoléon sous votre respbnsal^ lité; 2;o£^ devez employer tous les moyens de force qui seraient nécessaires en conservant le respect qu'on lui doit. Faites qu'il arrive sans délai à Rocbèfort , et fàites^e embarquer aussitôt. Quant aux services qu'il offre ^ pos devoirs, envers la France et nos engagemens avec les puissances étrangères ne nous permettent pas ^ de
(i) . Rochefort, sQJuîn i8i5.
(Très secrète.)
Monseigneur,
J'ai reçu vos deux dépèches expédiées par estafette extraordinaire. La première^ datée du 27 de ce mois, m'est parvenue hier 28, à cinq Êeures vingt-cinq minutes du soir ; la deuxième, en date du 28,. m'est ai^vée à minaît et demi, le 29. D'après les dispositions que j'ai prises, les deux frégates seront prêtes la nuit prochaine. Elles auront quatre mois et demi de vivres , leur équipage complet , des rafraîchîssemens , quelques provisions de bouche et de couchage, i^es seront prêtes à filer leur câble de corps mort au premier ordre qu'elles recevront de faire route. Mais depuis trois ou quatre jours une croisière ennemie, composéçd'up vaisseau, d'une, frégate et deux corvettes , se tient constamment à l'entrée du Perthuis d'Antîoche : ce sera une difficulté, mais je ne la crois pas invincible. Je me suis conformé aux ordres de V. £.
Je la supplia dl'agtéer l'hommage de mou respectueux dévoueilieBt.
Le ptéf^ marithReBpNivEPOiJ}e.(
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les acbepter, et vous ne devez plus nous en entretenir. Enfin , la commissien voit des incomé^ niens à ce que Napoléon communique açee Ves* cadre anglaise. Elle ne peut accorder la permis^ siôn qui lui est demandée à cet égards
Agréez, etc.
5i^724^ y le duc d'OnuiiTE.
Paris , 4 j^l^ 1 8 1 5.
Devtx autres pièces de cette étrange négocia-* tion méritent d'être conservées. Ceux qu'elles intéressent daigneront peut -être expliquer ce qu'elles ont d'obscur.
Rocheforty ce 1" juillet,,
Le. préfet maritime au général Becker.
Monsieur le général ,
La rade de l'île d'Aix est étroitement bloquée, depuis le 27 juin , par une escadre anglaise y cornr posée d'un vaisseau y de deux frégates y deux coryettes et un brick. Cette division, qui s'était tenue au large jusqu'au 27, et s'étendait depuis l'entrée de la rivière de Bordeaux jusqu'aux Sables, s'est concentrée ,4çpuis cette époque, et se tient à une distance de^ deux lieues de la côte par le travers de la rade et fient mouiller tous
les soirs en observation dans la rade des Basques, si bien qu'il est impossible à nos deux frégates de tenter la sortie tant que l'ennemi conservera cette position. Cette division, qui n'a paru sur nos cotes que depuis les premiers jours de juin , avait constamment tenu le large jusqu'au 27, et je dois lui supposer un motif extraordinaire dans ce changement de manœuvre. Il me paraîtrait extrêmement dangereux pour la sûreté de nos frégates et celle de leur chargement de chercher à forcer le passage; il faudrait attendre une circonstance favorable qui ne se présentera pas de long -temps dans cette saison, où les forces anglaises qui nous bloquent, et qui sont en correspondance suivie, par le moyen de leurs échelons, avec Fescadre qui est en permanence sur les côtes de la Vendée , ne laisse aucun espoir de réussir dans le projet de faire sortir nos bàtimens de l'île d'Aix. Ils ne peuvent quitter ce mouillage pour gagner le large sans être interceptés par les croisières , qui sont en force supérieure. Ma santé est tellement délabrée depuis huit jours, qu'ilm'est impossible d'aller au-devant de vous. Je suis accablé d'une fièvi'e qui ne me quitte pas depuis trois jours; mais M. de Quérangal, chef militaire, homme d'honneur, qui inérite toute espèce de confiance , va monter en ypiture dans une heure. Il se porte au-devant de
vous pour TOUS donner des détails qui pourront TOUS fixer positivement sur ta détermination à prendre dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons.
Agréez y monsieur le général , l'assurance de iQa haute considération.
TjC baron, préfet maritime, comte BoimEFOux.
Rocheforty le 4 juillet i8j5.
(Secrète )
J.U ministre de la marine.
MoirSEIGNEUR ,
J'ai l'honneur de rendre compte à V. E. que Napoléon est arrivé hier à Rochefort, avec la suite qui l'accompagne, à neuf heures du matin. Les frégates étaient prêtes; mais la station an* glaise, composée de deux vaisseaux, <afettj:y>^ gâtes y deux corvettes et un petit bâtiment ^ bloque la rade et toute espèce de passage depuis la Gi« ronde jusqu'à La Rochelle, de manière qu'il n'y a aucun espoir de passer sans être aperçu , au* cune espérance de forcer le passage. L'auguste personnage que la nation française a pris sous sa sauvegarde , a Ëiit toutes ses dispositions de départ. Les intentions de la commission et le^ ordres de V. E. seront exécutés en tout points
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ce qui me concerne. S. M. est et sera traitée ivec les égards et le respect dus à sa situation et i la couronne qu'elle a portée. Je suis tellement mrchargé d'affaires et d'embarras de tou te espèce, ju'il me seraitimpossible d'entrer dansdes détails.
Je vous prie, monseigneur, de recevoir mes excuses et d'agréer l'assurance, eta
Le baron préfet maritime comte Bonnefoux.
Quel était le but de toutes ces mesures? Pourquoi prescrire des moyens de force pour faire Mnbarquer un homme qui ne demande qu'à s'éloigner? Quel inconvénient y a*-t-il à ce qu il communique avec l'escadre anglaise? Qu'a à Caire dans tout cela M. de Quérangal ? Quelles dispositions a-t-il à prendre? Pourquoi enfin, dans quelles vues le préfet maritime exagère-t-il les forces ennemies qui observent le port? Pourquoi plac&'t-il une escadre là où il n'y a qu'un vaisseau? car enfin nous tous qui étions à Rochefort, nous savons à quoi nous en tenir sur cet appareU de forces qu'il imagine si complaisammenL On peut d'ailleurs s'en assurer dans la relation du capitaine Maitland. Cette redoutable escadre se composait du Bellérophon seul j les deux bricks qui suivaient ce vaisseau avaient
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^té détachés depuis plusieurs jours , et telle était' la détresse du capitaine y qu'il fiit obligé de se. servir de son canot pour faire passer une dépêche dans la baie de Quiberon'(i). Quel était le but de toutes ces mesures, de ces courses , de ces rapports? La suite l'expliquera. Pendant qu'on n'agitait ainsi autour de lui, l'empereur se disposait à continuer sa route. Il voulait l'achever comme il l'avait commencée; mais les troupes qui occupaient Niort demandèrent avec tant d'instances qu'il leur permît de lui fournir une escorte, qu'il ne put les refuser. Il partit avec un piquet de cavalerie légère et arriva à Bochefort le 3 juillet, à neuf heures du matin. Il descendit à la préfecture maritime , et y attendit les voitures qui avaient pris la route du Berry.
Elles avaient eu à Saintes une mésaventure qui aurait pu devenir fâcheuse sans le bon esprit des autorités de cette ville.
Nous en fumes d'autant plus surpris, que, sur toute la route de Paris à Bochefort , on avait resr pecté Y incognito de l'empereur, quoiqu'il ne nous fut pas permis de douter qu'on ne l'eût reconnu, particulièrement à Niort ; on lui avait témoigné partout le plus vif intérêt et la plus respectueuse déférence. Pourquoi cela fut -il différent à
(i) JVelation du capitaine Maitland, pag. 8.
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Saintes? Nous ne Tavons pas su, nous n'avons pu que le conjecturer.
Le prince Joseph avait pris, en partant de Paris j la route de Bordeaux , où il voulait s'embarjuer pour l'Amérique. Il joignit le convoi en cherain, et voulut venir dire un dernier adieu à Tempereur.
Ses voitures , ainsi que celles de l'empereur , Eurent arrêtées en arrivant à Saintes; on les conduisit à la municipalité 9 sous prétexte de visiter les voyageurs, et de reprendre les millions qu'ils emportaient, ce qui dénotait qu'on avait jeté quelques coureurs sur cette route.
On entendit quelques propos qui annonçaient que c'était l'empereur qu'on cherchait, et l'on arrêta le prince Joseph avec d'assez mauvaises formes. Il fut conduit chez le maire, qui lui demanda son nom« «c Monsieur, lui répondit le a prince , je voyage sous tel nom , qui est sur <c mon passe-port, mais je suis le prince Joseph, « le frère de l'empereur; vous pouvez faire de moi « tout ce qu'il vous plaira. » Le maire fiit dèslors tout attention. Il eut pour Joseph toute sorte d'égards. Il lui dit que toute la ville avait été mise en mouvement par un garde-du-corps appelé Monfort ou Dufort ; mais qu'il allait faire j5on possible pour rétablir l'ordre et faire atteler les voitures à la visite desquelles on procédait^
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Il y parvint effectivement; le convoi se remit en route , et fut escorté par la gendarmerie jusqu'à Rochefort,
Je me servis encore du reste de déférence que les officiers de gendarmerie avaient conservé pour moi, qu'ils connaissaient tous depuis long-temps, pour leur demander comment le mouvement de Saintes avait eu lieu sans qu'ils en fussent informés. Ce qu'ils m'apprirent me confirma dans l'opinion où j'étais déjà, qoe quelqu'un ( j'ai su plus tard qui c'était ) avait suivi les traces de l'empereurdepuis laMalmaison dans le dessetncle lui faire un mauvais parti , et certes il n'était p^s le seul. Heureusement l'assassin se trompa aux voitures ; il prit les plus belles pour celles où se trouvait l'empereur : il s'était attaché à elles. Mais un autre misérable de même espèce ne se méprit pas à notre modeste équipage ; il nous suivit avec quelques hommes de main , et ne cessa d'épier une occasion favorable pour nous égorger. Il est aujourd'hui chargé de titres; grand bien lui fasse !
Ces tentatives n'avaient, comme on l'a vu , rien de bien surprenant pour moi. Je savais d'ailleurs que Fouché avait mis en liberté M. de V. la veille du départ de l'empereur, et l'on se rap* pelle que c'était ce même personnage qui avait été chargé d'organiser la guerre civile dans le
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midi à 1 époque du 20 mars. Je n'ignorais pas qu'au retour de Tile d'Elbe , il avait fait son possible pour trouver quelque sicaire qu'il pût envoyer poignarder l'empereur.
Le gouvernement provisoire avait fait plus; il avait expédié des agens 'sur la côte , et s'était ménagé les moyens d'enlever l'empereur, ou tout au moins d'empêcher qu'il ne trompât la vigilance des croisières anglaises. Le baron Richard, entre autres, fut employé à nouer des trames de cette espèce. Ancien conventionnel , il avait été sous l'empire, préfet de la Haute-Garonne et de la Charente-Inférieure. Destitué comme régicide par Louis XVIII , il avait sollicité et obtenu , en 181 5, une nouvelle préfecture, celle du Finistère , d'où il avait été renvoyé bientôt après à cause de son étrange conduite dans ses nouvelles fonctions. Depuis cette destitution , il se traînait sur le passage de l'empereur pour tâcher de rentrer en grâce. Au Champ-de-Mai , et durant la cérémonie qui eut lieu immédiatement dans la galerie du Louvre , on le vit se ranger au milieu des électeurs du département de la Haute-Ga-^ ronne, dans l'espérance d'obtenir du monarque quelques mots de bienveillance. Trompé dans son attente , Richard était sur le pavé de Paris , lors de la création de la commission de gouvernement, que présidait le duc d'Otrante, son ami.
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La situation de Richard tourna dans ce mô-* ment à son profit; c'était un mécontent: les gouvernans d'alors se flattèrent avec succès d'en faire un ingrat. Ils le mirent sur les pas de l'em^ pereur, dont ils avaient tracé l'itinéraire, et le chargèrent de l'épier et de leur rendre compte de ses mouvemens , lorsqu'il serait sur les côtes de Rochefort. Par ce moyen , ils restaient les maîtres de s'emparer de lui aussitôt que la présence des troupes étrangères dans Paris aurait rendu infructueuse l'opposition qu'aurait pu créer l'enthousiasme qui naissait encore de la situation même de l'empereur. La commission du gouvernement envoya donc Richard à son ancienne préfecture de la Charente-Inférieure, et il y était déjà installé depuis quelque temps , faisant retentir les journaux du récit de ses évolutions nautiques pour cerner l'empereur Napoléon, lorsque l'embarquement de celui-ci à bord du Bellérophon eut lieu. Cela explique la source des avis anonymes que le capitaine Maitland recevait à bord de son vaisseau , et dont il parle dans sa relation publiée en 1826.
Le Moniteur nous apprend aussi , par une lettre qu'écrivit le 16 juillet i8i5(i) le préfet
(1) Rochefort, le i5 juillet à dix heures du matin.
Pour exécuter le» ordres de V. E* , je me suis embarqua
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maritime de Rochefort, M. Bonnefoux, que M. 'Richard j pré/et de la Charente^Inférieure y s'était embarqué avec lui dans un canot « pour « suppléer aux rapports de la rade de la journée
<x du 14! »
Si l'on pouvait mettre en question la mission secrète donnée à M. Richard par la commission
dans mon canot, accompagné de M. le baron Richard, préfet de la Charente-Inférieure. Les rapports de la rade de la journée du 14 ne m^étaieni pas encore parvenus. Il me fut rendu compte par le capitaine de vaisseau Philibert, commandant la frégate V Amphytrite ^ que Bonaparte s'iétait embarqué sur le brick VEpervier , armé en parlementaire , déterminé à se rendre à la croisière anglaise.
En effet , au point du jour , nous le vîmes manœuvrer pour s'approcher du vaisseau anglais le Belléropkon^ commandé par le capitaine Maitland , qui, voyant que Bonaparte se dirigeait sur lui , avait arboré pavillon blane au mât de misaine.
Bonaparte a été reçu à bord du vaisseau anglais , ainsi que les personnes de sa suite. L'officier que j'avais laissé en observation m'avait informé de cette importante nouvelle^ quand le général BedLer, arrivé peu de momens après , me l'a confirmée.
Signéy BoNiVEFonx,, " capitaine de vaisseau^ préfet maritime «
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du gouvernement y on se demanderait pourquoi le 1 4 juillet il était déjà installé, depuis plusieurs jours y préfet à Rochefort, tandis que le roi ne l'avait nommé à cette préfecture que par l'or^ donnance du i4 juillet, insérée au Moniteur le 17? On se demanderait aussi , si la trahison dont Richard avait été l'instrument ne l'expliquait, comment il était, dans cette conjoncture, nommé de nouveau par le roi à une préfecture dont S. M. l'avait dépossédé quelques mois auparavant comme un des votans de la mort de Louis XVI? Il faut ajouter que, depuis 18 16 > la proscription qui a pesé sur les votans ne s'est pas étendue sur M. Richard.
L'empereur apprit, en arrivant à Rochefort, que ce n'était que l'avant-veille dans l'après-midi qu'il était arrivé une croisière anglaise devant l'embouchure de la Charente; elle n'était composée que d'un seul vaisseau et d'une corvette. Sans les difficultés que nous opposa Fouché, nous aurions pu mettre à la voile avant qu'elle se présentât.
Les voitures qui avaient pris leur route par le Berry, étaient successivement arrivées à Rochefort; l'empereur n'était occupé que de son départ qu'il voulait effectuer immédiatement.
Il ne pouvait croire qu'il serait mis la moindre opposition à son passage en Amérique, et il
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se Uvrait avec tant de sécurité à l'idée d*aller s'é^ t^bHr dans cette partie du monde , qu'il' avait emmené des chevaux de choix et des objets qui devaient contribuer aux douceurs de son existence^ Tout cela voyageait à petites journées , et devait s'embarquer dans un port où l'on aurait frété un vaisseau pour les transporter.
Rochefort avait un régiment d'artillerie de marine; un régiment de matelots était campé sur File d'Aix ^ dans la rade de Rochefort ; quinze cents gardes nationaux étaient à La Ro« cbelle; un corps de cavalerie occupait Niort, et il y avait dans les environs de cette ville à peu près trois mille hommes de gendarmerie, tant à pied qu'à cheval. La majeure partie de leurs officiers et sous-officiers avaient servi sous xnes ordres , et avaient été nommés par moi. Le général Clausel était à Bordeaux et avait quelques régimens d'infanterie sous son commandement.
Toutes ces troupes firent parvenir à l'empereur l'expression de; leurs regrets et dé leur dévouement. On lui offrait des services, on lui demandait à le Suivre, il n'y eut pas un militaire à dix li,eues à la ronde qui ne voulût veliîr lé voir.
La population de Rochefort' manifesta les mêmes sentimens. Elle ne quittait pas le dessous des fenêtres de l'empereur, qui était quelquefois
obligé de se montrer pour satisfaire son impa- VIII. i4
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tience. Chaque fois qu'il parut, il fut accueilli avec le même respect que s'il eût triomphé d^ tous ses ennemis.
Rochefort est une des villes pour la salubrité de laquelle l'empereur avait le plus fait de dépenses; il n'avait pas cessé , pendant une longue suite d'années, de faire travailler au dessèchement des marais dont elle était entourée , ainsi qu'à plusieurs ouvrages d'embellissement intérieur. Toutes ces entreprises avaient été couronnées de succès; les habitans de Rochefort en étaient reconnaissans et ne craignirent pas de le témoigner. Je ne crois pas qu'il y eût parmi eux un seul individu qui n'éprouvât ce que nous sentions tous.
L'empereur voulait s'embarquer en arrivantà Rochefort; mais les officiers de marine lui firent observer qu'il leur fallait quelques jours pour embarquer ce qu'il emportait, et voir souffler les vents qu'on attendait.
Il s'établit à la préfecture maritime de la place, et il y resta jusqu'au 8 juillet, où tout fut prêt pour son embarquement. On était venu le voir , on lui avait £siit des propositions de tous côtés; il les refusa, eh observant que, s'il les acceptait , cela servirait de prétexte aux ennemis pour accabler la France. U avait vu tous les esprits si abusés par la pensée qu'il était le seul
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obstacle k la félicité publique , qu'il voulait s'éloigner le plus promptement possible.
Il etnbrassa tous ses anciens compagnons d'armes, et vint s*embarquep à la rive droite de l'embouchure de la Charente, près d'un fort qui, je crois , se nomme le château de Fourras.
L'on avait su son départ; il y eut une afIQuence de peuple considérable au moment où il descendit de voiture. Les visages étaient tristes, et Ton entendait murmurer à demi-voix : « Se peut- « il qu'un aussi grand homme soit abandonné à a ce point?»
, L'empereur dit adieu à tous les chasseurs du piquet qui l'avaient accompagné, et monta dans le canot de la frégate la Saale, qui était venu l'attendre au château. Les canots de la Méduse reçurent les officiers, et tout ce qui l'accompagnait <}uitta le rivage avec lui le 8 juillet ver$ quatre heures après midi. Nous fumes rendus à bord de la Saale un peu tard, parce que le vent était contraire et très violent.
Les frégates la Saale et la Méduse étaient celles qui devaient transporter l'empereur en Amérique. Il y avait sur la même rade deux autres bâtimens de guerre dont il étaitN^^rmis à * ce prince de disposer; c'étaient un brick et une corvette, la 5aya<iere, qui était en rivière de la Gironde. Les deux fréga^vëtaient foutes neu-
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ves , la Méduse portait du 1 8^ et avait déjà fdit une sortie dans laquelle on lui avait reconnu une marche supérieure. La Saale était un peu plus forte ; cependant je ne pourrais pas assurer qu'elle portât un calibre au-dessus du i8; elle était à sa première sortie, mais chacun s'accordait à dire qu'elle devait être excellente voilière. L'une et l'autre avaient des équipages composés d'anciens matelots qui étaient rentrés des prisons d'Angleterre depuis la paix de 1814.
Pendant les cinq ou six jours que l'empereur avait passés à Rochefort, on avait préparé et approvisionné un petit bâtiment danois qui se trouvait dans le port; on y avait même pratiqué une cachette en cas que la croisière anglaise le visitât. On proposa à l'empereur de gagner l'Amérique avec ce bâtiment; il s'y refusa et ne voulut pas courir une chance qui pouvait devenir fâcheuse. Il fit cependant descendre ce petit vaisseau dans la rade, sauf à aviser plus tard à ce qu'il conviendrait de faire.
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