‹ MEMOIRES DU DUCDEROVIGOChapitre 17 sur 44 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Le général Donnadieu» — Singulière mission dont il est charge. , — Le duc de Feltre. — Motifs probables qui l'avaient conduit en Angleterre. — Son anxiété et ses projets. — Mîs3ion à bord du Bellérophon, — Ignorance où étaient encore les Anglais. — Questions posées au capitaine Maitland. -^ Ses réponses. -^ Il pense que l'empereur devrait aller vivre en Angleterre, et oflFre de le recevoir à son bord.

L'empereur était à bord depuis lé 8. Nous étions au 1 1 , et les passe-ports qu'on nous avait annoncés n'arrivaient point. Fouché nous» savait prévenus que lé gouvernement anglais nous les ferait probablement tenir par la croisière qui observait Rochefort; nous jugeâmes que l'on ne risquerait rien à aller s'assurer s'ils n'étaient pas à bord. Dans tous les cas ^ nous ne pouvions que gagner à la reconnaître.

L'empereur fut prévenu que des bâtimens amé-

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ricains qui avaient rais à la voile étaient déjà desr — cendus à l'embouchure de la rivière de Bordeaux ^^ et il les envoya visiter; ils étaient effectivement a nombre de quatre et avaient à côté d'eux une co vette française au mouillage dans l'embouchur de la rivière (i). On alla faire cette reconnai

(i) Le général Lallemand, qui fut chargé de la reconnaif sance , nous rapporta qu'en face de la Gironde se trouvaifcr une corvette anglaise à bord de laquelle était Dorinadieu.C^général avait mission du gouvernement anglais de travailler^ dans r-întérêt du duc d'Orléans. Il essaya de se mettre en rapport avec le général Clausel, qui commandait à Bordeaux, et lui proposa d'agir dans ce sens.

En • réfléchissant sur les grands et petits événemens de cette^ époque , et aidé par la connaissance que j'ai du caractère de plusieurs des hommes qui se trouvent sur la grande scène du monde, j'ai fait la remarque suivante :

Lorsque le roi quitta Paris pour se rendre à Lille, le duc de Feltre fut en Angleterre , quoiqu'il partageât l'opiniov de ceux qui le croyaient entouré de dangers. Il y vit les membres du gouvernement.

' On a dît qu'il avait une mission du roi ; si cela est , son voyage est tout expliqué. J'ai cependant rencontré en An^ gle^rre une personne très respectable qui m'a rapporté y avoir vu le duc de Feltre fort attristé et mécontent. Il Im dit qu'il regardait la cause royale. comme pleinement perdue, qu'il en désespérait au point qu'il cherchait à se rapprocher de l'enjpercur et balançait entre Paris et Gand.

S'il est alléà Londres de son propre mouvement, je suis porté » croire qu'il n'y a été que pour savoir ce que comptait faire

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sauce en même temps que l'empereur exiToyait à bord de la croisière anglaise.

le gouvernement, auquel il aurait peut-être proposé de présenter le duc d'Orléans à la nation française, en observant au ministère que la cause de la branché atnée était perdue sans ressource ( comme c'était l'opinion de tous ceux qui «iTaîent été favorables à son retour, ou. qui s'j étaient att»-« chés depuis , sans en excepter mâme M^fmont ) ; Aais .f|ue la branche cadette (le duc d'Orléans) avait un fort parti.

Gé qui me donne cette opinion, c'est la circonstance de l'individu qui avait été à Lille pour dire au duc d'Orléans de ne pas se faire voir dans les armées ennemies, mais de se retirer en Angleterre , et d'y attendre (selon l'expression dont il s'est servi) que l'empereur Napoléon fût usé, ce qui arriverait vite. Dès4(»9, ce seiait naturellement lui que Pon appellerait.

Je pense que, dans ces eirconstanoes, le duc de Feltre ne pouvait être prêt cpi'à servir le duc d'Orléans, ayant été attaché au père de ce prince avant et pendant la révolution.

En rapprochant le départ d'Angleterre du général Donnadieu pour l'embouchure de la rivière de Bordeaux de l'époque où le duc de Feltre a été en Angleterre, je pense qu'il a. été lui-même chargé de proposer cette mission à Donnadieu , lequel y quoiqu'ayant accompagné madame la duchesse d'Angoulême en Angleterre, n'avait à Londres aucun moyen d'inspirer ce genre de confiance au ministère anglais, ot aucun antécédent avec le parti d'Orléans. S'il n'a pas donné la mission, il n'a pu du moins l'ignorer ^ et dès-lors , il n'y a pas été étranger. Il n'est retourné à Crand que pbnr at^

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.Ce fut M. de Las Cases et moi que Tempereu envoya parlementer.

M. de Las Cases avait une lettre du généra Bertrand pour le commodore de la station Le grand- maréchal lui mandait que des p ports devaient arriver de Londres pour Tem pereur, et s'informait si effectivement ils lui étaient parvenus.

Nous étiqfis chargés de donner à ce commodore les explications dont il aurait besoin , en cas qu'il n'eût encore rien rççu. Quoique M. de Las Cases parlât très bien anglais , il iut couvenu qu'iji n'eq ferait rien paraître. Nous étions

teodre tea événemens qui devaient décider da parti que prendrait le ministère anglais.

La bataille de Waterloo ayant mis la France à la disposition de celui-ci, le duc de Feltre se trouvait de tonte manière en bonne position.

Si cette bataille eût été gagnëe, et que l'emperenr se fût consolidé,. il avait encore un moyen de rentrer en grâce, en disant qu'il n'avait fait marcher les troupes à sa rencontre que parce qu:'il connaissait leurs sentimens pour lui, et qn^ avait entouré le roi.de dangers pour l'engager à quitter Pa-r ' ris et la France, afin d'éviter la guerre civile. Quant à lui , après avoir fait tout ce qui était en son pouvoir, il avait été en Angleterre attendre les événemens.

Une partie de ces argumens.lui aurait même été favorable dan» le cas où il aurait fallu servir le duc d'Orléans.

tous deux vêtus en fracs ; nous ne portions aucun signe de distinction.

Nous parûmes de la frégate la Saale le 1 1 juillet, avant le jour, pour nous embarquer sur une petite goélette , et profiter de la retraite de la marée, qui devait nous porter en dehors de la pointe de Chassiron , à l'extrémité de File d'Oleron, où le vaisseau anglais se tenait en croisière.

Il était sept ou huit heures du matin, lorsque nous arrivâmes à son bord. Ce vaisseau était le Bellérophon y commandé par le capitaine Maitland; la corvette qui raccompagnait s'appelait /e

Je crois d'autant plus qu'il avait participé au projet de mettre ce prince sur le trône, que j'ai connu toute l'animo^ site du duc de Feltre contre le général Donnadieu, à l'époque où celui-ci était devenu l'objet d'ime surveillance spéciale.

J'ai vu le duc de Feltre faire des rapports fulminans qui ont été la cause de bien des désagréinens pour Ddnnadieu, qui n'en soupçonnait pas la source, et qui Ta cherché long-temps là où elle n'était pas. Pour que le duc de Feltre le ftt nommer commandant à Grenoble , il fallait qu'il eût un grand intérêt à le satisfaire ; car, malgré l'esprit de réaction , Donnadieur se trouvait loin de cette faveur. Mais une divulgation de sa part pouvait compromettre le duc, qui avait besoin de son silence dans un temps où il faisait décimer l'armée pour établir- son crédit.

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Mirmidon ; elle était sous les oi:dres du capitaine Gambier.

M. de Las Cases remit au capitaine du Bellerophon la lettre dont le général Bertrand l'avait chargé. Nous lui fîmes connaître ce qu'il ignorait encore, c'est-à-dire que, par une suite d'événemens qui avaient eu lieu après la bataille de Waterloo, l'empereur avait abdiqué, et était venu à Roche: fort avec le projet de passer en Amérique. Nous lui. dîmes que le gouvernement provisoire de France avait demandé pour lui des passe-portsr au général en chef de l'armée anglaise, qui en avait référé à Londres , d'où ils avaient dû être envoyés à la croisière établie devant Rochefort.

M. de Las Cases observa à M. Maitland que l'empereur, ayant tout-^-fait cessé sa carrière politique, désirait partir paisiblement sans être contrarié par aucune opposition provenant des croisières anglaises ; que c'était la seule cause qui lui faisait attacher du prix aux passe-ports; ^u'il désirait prévenir tout engagement entre les frégates françaises et les bâtitnens qu'elles pourraient rencontrer.

Il lui observa que, dans le cas où les frégates feraient difficulté, l'empereur renoncerait aux commodités qu'il y trouvait, et effectuerait son départ sur des batimens américains , qui étaient

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prêts k sortir de la Giroiide, ou sur des yaisseaux de commerce français.

M. Maitland répondit en français à M. de Las Cases dans ces termes-ci : «r J'ignore toutce à -fait les détails dont vous me donnez conte naissance; je ne savais que le gain de la bar a taille de Waterloo. Je ne puis par conséquent a répondre à la demande qui £ait l'objet de votre « message; mais si vous voulez attendre quel- . « ques instans, j'en saurai peut-être davantage, « car je vois une corvette qui manoeuvre pour d m'aborder. Elle me fait le signal qu'elle vient « d'Angleterre, et qu'elle a des lettres pour moi ; « je vais manœuvrer de mon côté pour faciliter ce les approches; pendant ce temps-là, nous allons « déjeuner. ï)

Le capitaine de corvette arriva à bord du Bel-^ lérophon pendant que nous étions à table, et remit au capitaine Maitland toutes les dépêches dont il était chargé pour lui. Cette corvette s'appelait la Falmouth ; elle venait effectivement d'Angleterre et avait passé' par la baie de Quiberon , où elle avait aussi remis des dépêches à l'amiral Otham, qui y commandait.

IjC capitaine Maitland lut ses dépêches et nous dit : ce II n'y a pas un mot de ce que vous êtes avenus m'apprendre; je vois même qu'au mo- (c ment du départ de ce bâtiment, on ignorait en

a Angleterre tout ce que vous m^aveziait con- « naître. »

On ne pouvait pas supposer que l'amiral Otham eût reçu quelques instructions à cet égard, car la corvette ayant passé chez lui , avant de venir devant Rdchefbrt, il aurait sans doute profité de cette occasion pour donner au capitaine Maitland les ordres qui auraient été la conséquence de ce qu'on lui aurait mandé d'Angleterre au sujet de l'empereur.

Pendant le déjeuner, le capitaine Maitland noua la conversation en anglais avec le capitaine de la corvette la Falmouth. M. de Las Cases l'écoutait sans avoir l'air de la comprendre. Le capitaine Maitland demanda à delui de la Falmouth ce que l'on disait de nouveau , et où était l'empereur; le capfitaine répondit qu'on répandait à bord de l'amiral Otham , qu'il venait d'arriver à Nantes, et qu'il y faisait le diable. Le capitaine Maitland ne put s'empêcher de sourire, et nous dit en français : a On ne sait pas là plus qu'aila leurs un seul mot de la vérité. » Et il apprit au capitaine de la Falmouth que l'empereur venait d'arriver à Rochefort.

Aprèsle déjeuner, M. Maitland, ayant fait retirer les officiers qui se trouvaient chez lui, reprit avec nous la conversation ; il nous pria de vouloir bien lui répéter tout ce que nous lui avions dit.

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Nous le fîmes et il nous répondit à peu près dans ces termes :

(c Je voudrais être à même de vous satisfaire ^ « mais vous voyez que je ne le puis pas. Je vais a rendre compte à mon amiral, qui est dans la a baie de Quiberon, de votre arrivée à mon bord. « Je lui enverrai en même temps la lettre que le « général Bertrand m'a écrite, et je vous ferai a connaître sa réponse lorsque je l'aurai reçue; ce mais je pense qu'il jugera la chose assez im- « portante pour venir lui-même* »

Nous observâmes à M. Maitland que cela entraînerait bien des délais , et que l'empereur désirait vivement partir ; il répondit : « La chose (c ne dépend pas de moi. » Nous lui posâmes alors les questions suivantes :

L'empereur ne veut pas dérober son départ.

Il n'a personnellement aucun motif pour cela, la démarche qu'il nous fait faire en est la preuve; mais si, avant d'avoir votre réponse, le vent devenait favorable, qu'il voulut en profiter, et qu'il sortît sur les frégates qu bricks, que feriez-vous ?

Si , au lieu de sortir sur les frégates , il sortait sur un vaisseau de commerce français , que feriez-vous ?

Et enfin, si, au lieu de tout cela, il partait sur un neutre, tel qu'un américain, par exemple, que feriez-vous ?

M. Maitknd répondit :

« Si Fempereur sort sur les frégates , je les attf taquerai et les prendrai , si je puis; dans ce cas, a l'empereur sera prisonnier.

«c S'il sort si^r un vaisseau de commerce frana çaisy comme nous sommes en guerre, je prenne drai le vaisseau , et dès-lors l'empereur sera <c encore prisonnier.

a S'il sort sur un neutre, et que je le visite, je <c ne prendrai pas sur moi de le laisser passer. c( Je le retiendrai et j'en référerai à mon amiral , a qui décidera. » i

Dans ce cas, lui observa-t-on, vous le ferez encore prisonnier ? « Non , dit vivement M. M aia tland , mais je ne me permettrai pas d'en dé- « cider. Ceci est un cas si extraordinaire, que & c'est à mon amiral à s'en charger. »

Cette explication fut suivie de plusieurs détails sur la position de l'empereur. M. Maitland nous dit dans le cours de la conversation :

« L'empereur fait fort bien de demander des « passe-ports, pour éviter des désagrémens qui a seraient renouvelés chaque jour à la mer; mais a je ne crois pas que notre gouvernement le a laisse aller en Amérique. »

Nous repartîmes à M. Maitland : « Où donc 4i \}x\ proposerait-on d'aller ? »

Il répondit : « Je ne le devine pas, mais je suis

« presque certain de ce que je vous dis. Quelle a répugnance aurait-il à venir en Angleterre ? De a cette manière , il trancherait toutes les diffîa cultes. »

M. de Las Cases répondit que nous n'avions pas mission de traiter cette question , mais que lui personnellement croyait que l'empereur ne s'était pas arrêté à cette pensée, parce qu'il craignait peut-être les e£fets d'un ressentiment, conséquence naturelle de la longue mésintelligence qui av^it existé entre lui et le gouvernement anglais; que, d'im autre coté, il aimait les climats doux, et surtout les charmes de la conversation ; qu'en Amérique il pourrait trouver l'un et l'autre, sans craindre aucun mauvais traitement de qui que ce fut.

M. Maitland répliqua que « c'était une cr- « reur de croire que le climat d'Angleterre fût a mauvais et humide , qu'il y avait des comtés <c où il était aussi doux qu'en France, tel que « celui de Kent, par exemple; que quant aux ce agrémens de, la vie sociale, ils, étaient incom- (c parablement supérieurs en Angleterre à tout ce ce que l'empereur pourrait trouver en Amécc rique.

a Pour les ressentimens , dit-il , qu'il pourrait « craindre, venir en Angleterre est le moyen oc de les éteindre tous. Vivant au milieu de la

(c nation , placé sous la protection de ses lois ^ il <c sera à l'abri de tout^ et rendra les efforts de ses a ennemis impuissans. » Il observa que , quand même les ministres voudraient le tracasser, ce /qu'il ne croyait pas, ils ne pourraient le faire , « parce que^ ajouta-t-il, chez nous, le gouvernea ment n'est pas arbitraire; il est soumis aux a lois..

a Je crois bien, continua-t-il, que le gouver^ a nement prendra vis-à*vis de lui des mesures ce propres à assurer sa tranquillité et celle du « pays où il résidera, telles que celles qui furent «c prises envers son frère Lucien, par exemple; ce mais je ne conçois pas que cela puisse être a étendu au-delà, parce que, je vous le répète, <r les ministres n'en ont pas le droit, et la nation « ne le souffrirait pas. »

M.deLasCases observa de nouveau au capitaine Maitland ce qu'il n'avait pas mission de traiter cet ce objet, mais qu'il avait bien retenu sa conversa** ce tion, qu'il la rapporterait à l'empereur, et que, a si ce prince se décidait à aller en Angleterre , « il lui en ferait part. » Il lui adressa ensuite cette question :

a Dans le cas où l'empereur adopterait Tidée a d'aller en Angleterre, et je ferai tout ce qui dé- « pendra de moi pour la lui faire agréer ^ peut-il « compter sur un transport à bord de votre vais«

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« seau, tant pour lui que pour les personnes qui « l'accompagnent y car cette supposition n'admet « plus de passage sur les frégates. »

M. Maitland répondit qu'il allait en faire le sujet d'une dépêche à son amiral, mais que, si l*empereur lui demandait passage sur son bord ^^ant qu'il en eût réponse, il commencerait d'al>ord par le recevoir.

Après cette conversation , qui fut fort longue, IM. Maitland donna sa réponse à la lettre que lui avait écrite le général Bertrand, et convint sivec nous que, si les passe-ports attendus arrivaient, il en donnerait avis sur-le-champ; qu'au surplus, il viendrait le surlendemain mouiller dans la rade des Basques, d'où l'on pourrait communiquer avec lui tant que l'on voudrait.

Nous prîmes, M. de Las Cases et moi, congé du capitaine Maitland pour venir rejoindre l'empereur, qui était à bord de la SaaUy dans la rade de l'Ile d'Aix.

Il médita toute la soirée sur le rapport que nous lui avions fait. lime fit appeler dans la nuit , garda un moment le silence et me dit : Allez dire de ma part au capitaine de la frégate d'appareiller sur-le-champ. Je savais dans quel esprit étaient conçues les instructions qu'il avait reçues du ministre. J'allai plein de confiance lui porter l'ordre

de mettre à la voile ; mais quelle fut ma surprise vin. 1 5

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lorsque le capitaine Philibert m'apprit qu'il avai des ordres secrets; «qu'il lui était défendu d*ac « complir sa mission, si les bâtimensde l'État coua raient quelque danger! » Ainsi, lui dis-je, tou ceci n'est qu'une déception ; l'unique but qu s'est proposé la commission de gouvernement es de mettre l'empereur dans la nécessité de se livrer lui-même à l'ennemi. — Je ne sais, répliqua le capitaine; mais j'ai ordre de ne pas appareiller. Je revins la consternation dans l'âme , et appris à l'empereur l'indigne guet-à-pens qu'on lui avait tendu. «Mes pressentimens me l'annonçaient, «me dit-il , je ne voulais pas le croire ; je répua gnais à penser que ce capitaine, qui paraissait « un brave homme, se fût prêté à une lâcheté de ce cette espèce. Scélérat de Fouché ! » Parmi les signataires de ces odieuses instructions , il s'en trouvait un plus coupable encore. L'empereur, se voyant aussi lâchement trahi par des hommes tout couverts de ses bienfaits , n'eut plus qu'à se résigner. Il se fit débarquer le lendemain 1 2 sur l'île d'Aix; il y attendit le retour du général Lallemand, qu'il avait envoyé examiner les vaisseaux américains qui étaient à l'embouchure de la Gironde (i).

(i) Le général Lallemand était parti de Paris peu de temps après l'empereur; il le rejoignit à Niort et devait passer en Amérique avec lui.

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Ils offraient le moyen de gagner l'Amérique 3t présentaient même quelques facilités. On pressa l'empereur de profiter de l'occasion ; il s'y refusa et nous dit que , si , en quittant la France , 1 conservait encore quelque arrière-pensée, il partiraitsur un vaisseau américain; mais qu'ayant renoncé de bonne foi à la vie agitée , il ne voyait pas pourquoi on ne le laisserait pas librement aller achever sa carrière loin des intrigans et des Ingrats,

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