‹ MEMOIRES DU DUCDEROVIGOChapitre 9 sur 44 · CHAPITRE Vî · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vî

L'empereur ne se plaignait de personne. — Le général Gourgaud et le colonel Grouchj. — Discussion. — Allégations du maréchal Grouchj.

J'avais terminé ces Mémoires depuis plus de deux ans, lorsque je lus à Londres la publication faite par le général Gourgaud à son retour de Sainte-Hélène sur les causes de la perte de la bataille de Waterloo, ainsi que la réponse du maréchal Grouchy.

J'avais aussi entendu tous les blâmes jetés sur le maréchal à cette occasion, non par l'empereur Napoléon, car, je puis l'attester, aucune plainte ne lui échappa contre qui que ce soit, dans les circonstances pénibles où il se trouva depuis cAte malheureuse journée jusqu'à son départ pour Saint-Hélène. Je l'avoue, en lisant l'ouvrage publié par le fils du maréchal Grouchy d'après

les matérieu}!^ à lui donnés par 3on père ; je n'y

Dtl DUC DE ROVIGO. ^

vois pas la justification deà reproches dont il se plaint.

Je réponds à M* de Grouchy lui-même) et j^ le prends par ses propres assertions.

Au combat du i6/qui a duré jusqu'à la nuit^ il commandait toute la cavalerie (forte d'enviit^ einq mille chevaux) qui a agi sur ce champ de bataille*

L'armée prussienne se retire pendant la nuit | l'empereur rentre de sa personne k Fleurus»

Le maréchal Grouchy vient lui-même dàn^ cette ville le lendemain 1 7^ demander de6 ordres^

Si , au lieu de venir à Fleurus, M. de Grouchy eut fait monter sa cavalerie à cheval une hétire avant le jour y et l'eût portée en avant ^ il aurait mieux connu la direction qu'avaient pri6e ié§i Prussietis , et il n'y a pas de doute que^ s'il atàit envoyé des renseignemens positifs j pris p» lili^ même du point où il aurait infailliblement dé*couvert l'arrière-garde de Blùcher^ TétopenBut^ Napoléonaurait été beaucoup plus en état deluî donner la direction qu'il se plaint de ï^êN^if reçue que le 17 à midi.

Qu'allait-il faire le 1 7 au matin cheî Tempes reur à Fleurus sans lui apporter le résultat des reconnaissances de sa cavalerie ?

Etait-ce à l'empereur à deviner pendant Ift Jmi ce que faisait Bliicher ?

Le maréchal Grpuchy prétend que l'empereur l'a détaché trop tard , et qu'il a de même fait marcher trop tard contre l'armée anglaise : ce reproche est étrange.

. L'empereur ne pouvait faire agir que d'à près les rapports des reconnaissances, qu'il devait espérer recevoir , sinon dans la nuit , du moins de grand matin : or le maréchal Ney , qui devait être dès le i6 à sa position des Quatre-Bras (laquelle ne fut occupée toute cette journée que par une brigade de l'armée de M. de Wellington) , non-seulement n'y arriva pas le 1 6 , mais même le 1 7 au matin il était encore à Frasnes. La chose fut ali point que l'empereur dut faire envoyer aux Quatre-Bras une reconnaissance prise dans les troupes qui étaient près de lui. Elle y trouva les ennemis.

.Si donc la matinée du 17 a été perdue, on ne .peut qu'en accuser ceux qui ont laissé l'empereur dans l'incertitude du parti qu'avaient pris-les ennemis, au lieu de lui donner les moyens d'utiliser cette matinée; dans la situation où la France se trouvait , les heures étaient comptées , et tout ce qui est arrivé , à partir de ce moment, prouve, que l'on avait déjà repris l'habitude de compter sur l'empereur pour tout prévoir et tout faire. Comment M. de Grouchy peut-il trouver étonnant que, voyant cette inaction, les soldats aient employé le temps à nettoyer leurs

DU DUC DE ROVIGO. lox

armes et à faire la soupe ? Était-ce encore à l'empereur à les en empêcher?

L'empereur vient le 1 7 , vers dix heures du matin , reconnaître le champ de hataille du 16; ce n'est que là qu'il a connaissance de la direction apparente de la retraite de Blûcher sur Namur. Il reçoit en même temps avis de la présence des Anglo-Belges aux Quatre-Bras.

Il prend son parti de suite , marche de sa personne aux Anglais 9 et , comme il ne pouvait pas lui-même conduire deux opérations qui allaient avoir lieu sur un cadre trop étendu , il renonce à s'occuper des Prussiens; il charge le maréchal Grouchy de les suivre avec trente-six mille hom* mes qu'il lui laisse.

Remarquons ici que le maréchal dit lui-même qu'il fit observer à l'empereur qu'il allait se trouver bien éloigné de lui (on croyait encore que les Prussiens se retiraient par la route de Namur^ sur laquelle on avait pris quelque artillerie), que, puisqu'il allait livrer bataille aux Anglais , il ferait beaucoup mieux de l'emmener et de ne faire poursuivre Bliicher que par un faible corps ; mais 9 dit-il, ces observations furent mal accueillies.

Le maréchal Grouchy dit que l'empereur ne croyait probablement pas que Wellington recevrait la bataille dans la position qu'il avait prise f

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