CHAPITRE VI
BRETAGNE, CARCASSONNE, LA ROCHELLE
novembre 1799-mai 1805
De Paris en Bretagne. — Pacification. — Encore Tréboutte. — Contingents fournis par la 79e pour les Antilles ; un de ses bataillons part pour Saint-Domingue, sous Tréboutte. — Insoumission domptée par Godart à Hennebon. — Rennes, Saint-Malo, Saint-Servan, Pontivy. le Morbihan (Quiberon, etc.), parcourus par la 79e. — Erreur du général inspecteur Mathieu Dumas. — A Carcassonne. — Sédition contre l’évêque nommé en vertu du Concordat et contre le clergé insermenté. — Emploi des pompes contre l'attroupement. — Godart, incriminé par le maire et surtout par le préfet, en sort à son avantage, ainsi que d’une nouvelle imputation de malversation venant de Tréboutte. — A Bayonne, à La Rochelle! — Tracasseries avec le commandant de place de la Rochelle et le général commandant le département.
Le il nivôse 1 , je reçus l’ordre du premier Consul de me rendre dans les départements de l'Ouest pour achever d’y détruire ou disperser les insurgés qui désolaient ces contrées 2. Nous parvînmes à pacifier le pays au bout de deux mois 3, et j’occupai avec mon régiment les principales villes de Bretagne 2.
Quelque temps après, le chef de bataillon Tréboutte, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler plusieurs (ois, se conduisit encore si mal à cette époque, eu tenant les propos les plus indécents contre tous ses chefs, en ne
1 l°r janvier 1800. L’ordre du départ est du 8 (29 décembre).
"■ V. AX, aux notes.
78 mémoire! l>u général godart
cherchant qu’à exciter ses soldats à l'insurrection, que je fus forcé de sévir avec rigueur contre lui. Je fis part de sa conduite au ministre de la guerre et à l’inspecteur général, et je reçus aussitôt de ce dernier l'ordre de le suspendre de ses fonctions, et de le faire remplacer provisoirement par le plus ancien capitaine de son bataillon, jusqu’à ce que le gouvernement en eut décidé autrement.
Dans ce temps, on préparait à Brest l’expédition de Saint-Domingue. Comme je devais y fournir un bataillon ', je profitai de cette circonstance pour faire réintégrer le chef de bataillon Tréboutte dans ses fonctions, et le faire partir pour Brest. Il n’y eut pas sortes de manœuvres qu’il n’inventàt pour soulever alors les soldats de son bataillon contre moi, notamment à Hennebon, où ce bataillon fut passé en revue par le général de brigade Roulland ', qui me seconda parfaitement, et en présence duquel je répondis et fis droit à toutes les réclamations qui me furent faites.
Ce bataillon, habillé et soldé de tout ce qui lui revenait, partit enfin d’Hennebon 1 non sans quelque difficulté, car je fus obligé de destituer deux sergents ce même jour-là, et de les faire conduire, ainsi que plusieurs autres mauvais sujets, par la gendarmerie jusqu’à destination. Plusieurs individus du bataillon s’étaient, m’a-t-on dit, présentés dans ma chambre le matin, soidisant pour me faire leurs adieux. Je me suis toujours félicité que le hasard m’ait assez favorisé pour ne m’y être point trouvé, car j’ai toujours soupçonné que ces malheureux en voulaient à mes jours.
Après le départ de ce bataillon, mon régiment fut