‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 22 sur 68 · V. AY, aux notes · texte numérisé non relu

V. AY, aux notes

réduit à 600 hommes '. J’eu avais fourni depuis quelque temps 1,450 aux îles de Saint-Domingue et de la Guadeloupe, ainsi que trois chefs de bataillon. Je reçus, peu de temps après, en incorporation, 480 hommes du 40e régiment 2 et 180 soldats de mou régiment qui venaient de Constantinople, ayant été faits prisonniers dans les îles du Levant, lors de la perte de Corfou 3 , de sorte que mon régiment devint fort de 1 ,200 à 1,300 hommes 4 qui furent enfin réunis à Rennes.

Des ordres ayant été donnés pour former une armée de grenadiers et de carabiniers à Tours, je dus compléter mes deux compagnies de grenadiers à 120 hommes chacune, pour les diriger sur cette ville5.

Le jour du départ, au moment du rappel, il n’y eut que les sous-officiers et caporaux qui se rendirent au rendez-vous. Aucun grenadier n’étant sorti de la chambre, les officiers y montèrent pour connaître les raisons qui les déterminaient à ne point descendre; personne ne répondait. Je me transportai moi-même à la caserne; je fis rappeler de nouveau. Personne ne vint. Je montai dans les chambres; je questionnai les grenadiers : même silence. Alors voyant que cette obstination était un refus formel d’obéir, je fis venir dans une

1 Bernadotte écrivit même que, après le départ des quatre bataillons, les 31°, 71e, 79e et 82e demi-brigades étaient réduites à peu près à 250 hommes chacune.

5 Cette demi-brigade, formée à Lyon, combattit aux Alpes et en Italie depuis l'an IV, et se trouva à Arcole et à Marengo. Rappelée dans l’intérieur de la France, elle devint le 40e régiment, et fut partagée entre la grande armée et l'Espagne, de 1808 à 1814.

3 Le général Collaud de la Salcette et les autres prisonniers, venant de Constantinople, arrivèrent à Ancône au mois d’avril 1801 .

4 V. AZ, aux notes.

5 II s’agit des grenadiers des deux bataillons rentrés à Rennes avec Godart, qui arrivèrent à Tours le 21 frimaire (12 décembre). Les grenadiers du bataillon encore resté à Vannes y étaient arrivés le 13.

SI

BRETAGNE, CARCASSONNE, LA ROCHELLE

chambre les trois plus anciens grenadiers de chaque compagnie, et je les sommai de me déclarer les motifs de cette désobéissance. Ils me répondirent que les grenadiers voulaient être payés auparavant des six semaines de solde qui leur étaient dues 1 .

N’ayant point moi-même touché d'argent pour leur solde, et n’ayant aucuns fonds en caisse, je leur démontrai l’impossibilité où je me trouvais de leur accorder, pour l’instant, ce qu'ils réclamaient 2, et, pour en finir, j’ordonnai à ces six grenadiers, dont les sacs et fusils avaient été apportés, de les prendre et de suivre leurs officiers, sous peine d’être considérés seuls comme auteurs de la rébellion et traduits à un conseil de guerre.

Ces six grenadiers ne purent tenir à la menace sévère que je leur fis. Ils prirent leurs armes, et vinrent se réunir aux sous-officiers et caporaux. Je les fis partir aussitôt, tambour battant et la musique les accompagnant, comme si les compagnies y avaient été effectivement. Les autres grenadiers, croyant que l’on ne faisait plus d’attention à eux, furent tellement déconcertés qu’en un instant tous s’empressèrent de courir pour rejoindre leurs compagnies, et y prirent leurs rangs. Etant hors de la ville, je fis faire halte et ordonnai l’appel. Il n’y manquait personne. Je leur témoignai mon mécontentement de ce qui venait de se passer, avec d’autant plus de raison que j’étais loin d’y avoir donné lieu. Aucun murmure ne s’éleva, et tout le monde se mit en route.

A cette époque, mon régiment était presque toujours en marche, tantôt sur Pontivy et les côtes de Lorient et

1 En effet, un rapport d’inspection des compagnies de grenadiers de la 79e demi-brigade, partant pour Tours, constata que l'armement était en bon ctat, qu’un tiers de l’habillement était à remplacer, et que la solde était arriérée d’un mois.

2 V . AAA, aux notes.

BARON UODART.

de Quiberon, et tantôt sur les cotes de Saint-Malo et Saint-Servan. J’étais dans ces derniers endroits lorsque l’inspecteur général Dumas y arriva, au commencement de germinal an X, et passa la revue de ce que j’avais pu réunir de mon régiment à Saint-Malo. Je ne reçus que des éloges de sa part sur l’instruction, la discipline et l’administration; aussi dus-je être surpris de recevoir, un mois après, du ministre de la guerre, une lettre dans laquelle il me témoignait son mécontentement sur la mauvaise tenue et le peu d’instruction de mon régiment. Ce contraste, entre les compliments que m’avait fait l’inspecteur général et les reproches que je recevais du ministre de la guerre, me frappa au point que je crus devoir transmettre à ce dernier copie de l'instruction que m’avait laissée l’inspecteur, ainsi que de sa lettre de félicitation. Le ministre me lit aussitôt réponse de regarder sa précédente comme non avenue, attendu qu’on s’était trompé de numéro de régiment '.

Le 11 thermidor, je reçus l'ordre de partir avec mon régiment pour Carcassonne, en passant par Nantes et Toulouse 2. Je tins garnison à Carcassonne jusqu’au mois de fructidor an XI.

Pendant ce temps, mes soldats furent employés aux travaux du canal du Languedoc. Je devins, parle départ du général de brigade Gilly, commandant du département de l’Aude. Nous étions à l’époque où le clergé de France se réorganisait. L’évêque désigné pour le département devait être installé à Carcassonne. M. le général de division Gudin, commandant à Toulouse, m’envoya l’ordre de rendre à cet évêque les honneurs militaires

1 C’est ici que nous devrions avoir le récit de la conspiration avortée de Rennes.

2 V. AAB, aux notes.

BRETAGNE, C A H G A S S 0 N N E , LA ROCHELLE 88

dus à son caractère. Les habitants avaient su que cet évêque était le ci-devant grand -vicaire de Bordeaux avant la Révolution, et qu’il avait commandé en qualité de capitaine dans la Vendée'. Il n’en fallait pas davantage pour indisposer les esprits contre lui. J’avais ordonné à un détachement, commandé par un officier, de l’attendre hors de la ville, et de l’escorter jusqu’à son hôtel ; mais l’évêque l’ayant refusé, dans l’intention de se rendre seul eu ville, il en résulta que la populace, animée surtout par un individu qui se disait avoir servi dans la Vendée sous les ordres de l’évêque, l’accabla d’injures dans les rues, lança des pierres contre sa voiture, et le poursuivit jusque près de son hôtel1 2.

Cette indisposition des esprits contre l’évêque ne l’empêcha point cependant d’organiser son service en faisant remplacer les prêtres assermentés par d’autres qui n’avaient point prêté serment.

Dès que cette organisation fut connue, les esprits n’en devinrent que plus mutins et disposés à empêcher l'installation des nouveaux prêtres, qui devait avoir lieu le dimanche suivant. Le peuple se plaignait hautement que l'on chassait les prêtres en qui il avait confiance, pour les remplacer par ceux qui avaient fait tant de mal à la France. L’insurrection commença dès le samedi soir, et fut occasionnée par l’imprudence des prêtres agréés par l’évêque, lesquels retinrent les églises pour le lendemain, et firent travailler à remplacer les pierres

1 V. AAC, aux notes.

2 7 brumaire (29 octobre). Godart cependant dit, dans son rapport du 10 brumaire, que l'entrée de l'évéque fit peu de sensation. Ces manifestations se rapportent apparemment au lendemain. Le rapport ne mentionne pas non plus cet homme de toutes les émeutes, qui parait et parle, connaissant les antécédents, etc., excitant et groupant la foule.

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