‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 23 sur 68 · V. ce rapport, AAD, aux notes · texte numérisé non relu

V. ce rapport, AAD, aux notes

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qui servaient à recevoir le calice sur l'autel. Le peuple courut eu foule dans les églises, eu chassa et maltraita tous ceux qui s’y trouvaient. J’y envoyai sur-le-champ plusieurs piquets de troupes qui parvinrent à dissiper les rassemblements et à sauver les ouvriers de la fureur des révoltés. Je fis redoubler les postes et les patrouilles.

Le lendemain dimanche, tout parut assez tranquille. A neuf heures du matin, les nouveaux prêtres se rendirent dans leurs églises pour y dire leurs messes. Bientôt l’émeute recommença. L’attroupement se grossit à la porte de l’église. Le préfet 1 me fit une réquisition d’une trentaine d’hommes et un officier, pour être à la disposition du maire2. De mon côté, je fis mettre sous les' armes 300 hommes d’infanterie et 130 chasseurs à cheval prêts à marcher. A peine le maire parut-il avec le détachement, que la populace lui défendit d’entrer dans l’église avec son escorte, et le maire eut la faiblesse d’obéir. Pendant ce temps, les nouveaux prêtres officiaient et n’étaient nullement à l’abri des insultes, puisque des pierres leur étaient lancées, et qu’un des plus forcenés eut la témérité d’aller en trouver un à l’autel, et l’obligea, le verre à la main, de choquer avec son calice, et lui versa même de son vin. Tant d’horreurs se commettaient sans que le préfet montât à cheval pour donner plus promptement ses ordres. J’étais moi-même malade et obligé de garder la chambre. Ainsi le maire, le commissaire de police et le détachement de trente hommes étaient exposés à la porte de l’église aux insultes et à la risée de la canaille.

1 C’était Barante (Brugière de), père de l’historien.

2 C’était Thorou aîné, ancien lieutenant-colonel, nommé maire en floréal an VIII.

BRETAGNE, CARCASSONNE, LA ROCHELLE

A midi, le préfet lit publier une proclamation pour rappeler le peuple à ses devoirs, ce qui n’eut aucun effet. Alors je commençai à perdre patience. J’ordonnai que les 300 hommes d’infanterie et les 150 de cavalerie se transportassent sur la place d’armes, et y restassent en bataille pour en imposer aux mutins. Je m’habillai et me transportai avec quelques officiers et huit de mes grenadiers au lieu du rassemblement, et je demandai au maire, qui ne pouvait plus se faire entendre, pourquoi, après les voies de douceur, il n’avait pas fait agir la force pour exécuter ses ordres. Sur sa réponse qu'il n’avait point l’ordre du préfet d’en agir ainsi, je l’engageai à faire venir de suite les pompes à incendie remplies d'eau, et à les faire jouer sur la foule, ne voyant pas de moyen plus sur pour la dissiper. Mon avis ayant été accueilli, les pompes arrivèrent, escortées par vingtcinq chasseurs à cheval, et commencèrent leur jeu. Dans un instant les trois quarts de la populace se sauvèrent, la cavalerie fit sauver le reste, et nous restâmes enfin maîtres du champ de bataille. Ainsi, par un moyen très simple, disparut ce fameux rassemblement que le préfet, ni le maire, ni le commissaire de police n’avaient pu dissoudre toute la matinée. Dès ce moment la tranquillité fut rétablie '.

1 Cet emploi des pompes dans une circonstance analogue rendit populaire, trente ans après, le souvenir du comte de Lobau. Celui-ci en dut-il l’idée à quelque entretien avec le général Godart, par exemple dans les tristes loisirs de Dresde en 1813?

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