‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 24 sur 68 · V. AAE, aux notes, sur la terminaison de cette agitation · texte numérisé non relu

V. AAE, aux notes, sur la terminaison de cette agitation

Les passions religieuses causèrent encore quelque émotion à Carcassonne (27 frimaire, 18 décembre), à Perpignan, qui était alors du même diocèse (nivôse, fin de décembre). L 'évêque se rendit dans cette dernière ville, et y montra des dispositions modérées et conciliantes dans lesquelles il persista désormais. 11 refusa même l’archevêché de Narbonne et celui d’Auch, pour rester à Carcassonne, où il mourut le 10 septembre 1824.

Le préfet, piqué sans doute de l’espèce de supériorité que j’avais acquise, quoique éloigné pourtant d’en prétendre le moindre mérite, me fit quelques tracasseries auxquelles je ne devais point m’attendre. Il se plaignit que l’officier commandant le détachement n’avait pas fait sou devoir, en ne pénétrant point dans l'église pour empêcher d’insulter les prêtres à l’autel. Il voulait enfin que cet officier fût jugé par les tribunaux. Ma réponse était bien simple : pourquoi le maire, à la disposition duquel était ce détachement, et qui se trouvait à la tète, s’en laissa-t-il imposer à l’entrée de l’église par la multitude, et n’osa-t-il pas eutrer lui-même? Le détachement était pour le protéger; l’officier devait en tout déférera ses ordres; et de fait il remplit sa mission comme il le devait. S’il y avait des coupables à punir, ce ne pouvaient être que le maire et le commissaire de police. Je m’opposai conséquemment à ce que l'officier fût puni.

Le lendemain, un homme respectable de la ville, M. Fabre, président du tribunal criminel, vint me dire en confidence que le préfet cherchait à me faire une mauvaise affaire auprès du gouvernement. Surpris d’un pareil procédé de la part du préfet, procédé que je méritais d’autant moins que j’avais toujours tâché à agir de concert avec lui, et que d’ailleurs je n’avais pris que des mesures sages, qui avaient réussi à rétablir la tranquillité, je me déterminai alors à faire de mon côté un rapport très détaillé dans lequel je n’omis point les fautes graves qu’avait commises le préfet en cette journée, ainsi que la faiblesse des autres autorités locales. Je fus obligé par la même raison d’écrire toutes les mesures, que j’avais prises moi seul, pour empêcher l’insurrection. Mon rapport était si vrai et si concluant,

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que peu de temps après le préfet reçut sa destitutiou '.

Je ue devais pas rester lougtemps sans avoir encore quelque chicane à surmonter. Celle dont je veux parler ici ne mérite guère qu’on la rapporte. Cependant j'en veux faire mention pour prouver combien les hommes méchants et ineptes sont toujours dangereux. Le chef de bataillon Tréboutte, qui était parti pour Brest afin d’embarquer1 2, était parvenu à engager les membres qui composaient son conseil d’administration à se joindre à lui pour me dénoncer au gouvernement, comme ayant fait du tort aux soldats de ce bataillon, et en avoir diverti les fonds. Deux commissaires du gouvernement et un sous-inspecteur aux revues arrivèrent inopinément à Carcassonne pour vérifier mes comptes, et s’assurer de ce que j'avais donné au 2° bataillon embarqué3. Ils se convainquirent bientôt delà fausseté de la dénonciation,

1 11 fut remplace par Trouvé, qui arriva à Carcassonne le 10 nivôse (30 décembre 1802). Son fils, l’historien, dans ses Souvenirs, dit que le passage de Carcassonne à Genève lut un avancement; mais il reconnaît que, là où ces scènes se produisirent, le gouvernement les imputa à la maladresse des préfets . En effet, l’excès de zèle du clergé installé, et les sympathies réveillées pour les prêtres qui n’avaient pas quitté la France ni résisté au gouvernement, se manifestèrent dans bien des endroits.

* Lors du débarquement au Cap Français, le 0 pluviôse an X (26 janvier 1802), son bataillon enleva le premier canon à l’ennemi. 11 fit partie de la division Rochambeau.

Un arrêté du 12 floréal an X (2 mai 1802), distribuant les troupes coloniales en cinq demi-brigades d’infanterie de bataille et deux d'inlànterie légère, désigna le 2e .bataillon de la 79e pour compléter la demi-brigade d’infanterie de bataille dite 7e, et un détachement, encore de la 79e, pour la demi-brigade dite 6e.

Lors de la capitulation du môle Saint-Nicolas, le 16 frimaire (8 décembre 1803), Tréboutte fut du nombre des prisonniers. Il rentra en France le 12 juillet 1812, reçut une retraite et se retira à Yoiron (1812), où il mourut en 1840.

3 V. AY, aux notes .

La 79e demi-brigade était ramenée à trois bataillons : 1er et 3e à Carcassonne, 2' à Narbonne; deux compagnies dans l’Ariège.

et du ressentiment qui y avait donné lieu. Ces commissaires rendirent un compte très satisfaisant de mon administration.

Sur la fin de fructidor an XI, je me transportai avec mon régiment à Bayonne et, en vendémiaire an XII, je reçus en incorporation la 111' demi-brigade.

Deux mois après, je reçus l’ordre de me rendre à Bordeaux, où je complétai mes deux premiers bataillons à 1 ,800 hommes présents qui allèrent occuper les cantonnements de la Rochelle et de Rochefort. Le 3e bataillon tint garnison à Bordeaux, et le 4e était resté à Bayonne2.

En nivôse, je réunis à la Rochelle mes deux bataillons. Ayant reçu à cette époque quatre sabres et deux fusils d’honneur 3 pour six militaires du régiment qui s’étaient précédemment distingués, j’engageai le général de brigade commandant le département 4 à vouloir bien assister à la distribution de ces armes, pour y donner plus d’éclat. Soit contrariété ou autrement, ce général refusa de s’y trouver, sous prétexte que le temps n’était point assuré, et me fit dire qu’il n’était point nécessaire que mon régiment fût conduit sur la place d’armes, et que je devais faire la cérémonie devant le quartier.

Je fus très mécontent d’une semblable réponse. Je n’en fis pas moins la distribution sans lui avec toute la solennité que je pus y apporter ; mais dès ce moment nous ne fûmes plus bien ensemble.

Commandant par intérim, une brigade de corps d’ar-

* V. AAF, aux notes.

2 V. AAG, aux notes. 4

n Un arrêté du 4 nivôse an VIII (26 décembre 1799) avait institué les armes d'honneur. Les six armes dont il s’agit avaient été conférées en même temps que la croix d’honneur au colonel (19 frimaire, 12 décembre 1803).

* Le général Fuziers.

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mée faisant partie du cantonnement de Saintes, je me trouvai sous les ordres immédiats des généraux qui appartenaient à ce corps d’armée, et non des généraux appartenant à la division territoriale. Je ne devais fournir que les gardes de la place, et je n’avais point d’ordres à recevoir ni du général commandant le département, ni du commandant d’armes C’est ce qui lit que je fus continuellement aux prises avec ces deux messieurs tant que le corps d’armée exista. Je fus mis une fois aux arrêts par le général commandant le département, et, deux heures après, le général de brigade, qui venait d’arriver pour prendre le commandement de la brigade, ordonna la levée de mes arrêts. C’était une zizanie et une rivalité de pouvoirs à n’en point finir.

Le général de brigade sous les ordres duquel j’étais ayant reçu l’ordre de se rendre à la tète d’une expédition pour Saint-Domingue2, je demandai de suite à partir pour l’armée, et quinze jours après, en germinal an XIII, je me mis en marche avec mes deux bataillons pour l’Italie. C’est ce qui ne plut pas trop à MM. le général et commandant d’armes à la Rochelle3. Pour moi je leur fis mes adieux de bon cœur. En passant à Lyon, nous y restâmes huit jours, et ensuite nous nous dirigeâmes sur Turin et Casai, où nous cantonnâmes trois mois 3.

* V. AAH, aux notes.

* On parlait plutôt de la Guadeloupe. L'embarquement se fit eu nivôse (janvier 1805). En réalité, il s’agissait de coopérer avec la flottille de Boulogne.

J F. AAI, aux notes.

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