MARS -SEPTEMBRE
Nouvelle guerre contre l’Autriche. — Concentration du corps d’armée. — Attente et situation critique jusqu’aux succès de l’armée d’Italie . — Marche pour la joindre. — Deux combats heureux. — Bataille deGospich; rôle du 79e, vainqueur à une aile et se rabattant sur le centre -ennemi. — Godart remplace son général de brigade blessé. — Détresse et anxiété. — Froideur de Marmont pour Godart. — Marche pénible jusqu’à Fiume. — Chasteler, général autrichien, échappe aux deux armées françaises. — Vaillance de la division Broussier à Gratz. — Jonction dans cette ville. — Arrivée à Vienne.
Bataille de Wagram. — Le soir, alerte jusque dans le quartier impérial. — Poursuite vers Znaïm, et bataille. — Armistice. — Godart malade. — Cantonnements de Krems visités par Napoléon. — Il félicite Godart qui est fait général de brigade et baron. — Nouvelle maladie.
La guerre venait d’être déclarée une seconde fois entre la France et la maison d’Autriche. Les troupes en Dalmatie et dans les États de Raguse reçurent en conséquence l’ordre de se retirer en grande partie de ce pays, et de se diriger sur la grande armée en Allemagne.
A la fin de mars 1809, le corps d’armée était déjà réuni entre Zara et Ivnin, sur les frontières delà Croatie autrichienne, et y resta cantonné encore un mois *.
Dans les derniers jours d’avril, l’armée fit un mouvement et attaqua l’ennemi, le 30, sans obtenir aucun
1 V. AAY, aux notes.
L)E LA DALMATIE A ZNaIM
succès '. La nuit suivante pour venir au 1er de mai, un orage des plus affreux commença. Depuis onze heures du soir jusqu’au lendemain à une heure de l’après-midi, la grêle et la pluie tombèrent par torrents; le tonnerre ne cessa pas de gronder : enfin il semblait que les éléments étaient déchaînés contre nous. Cet événement, le combat de la veille où nous avious perdu plus de 300 hommes, et plus encore la nouvelle qu’on reçut eu ce moment2 que l’armée française en Italie avait été forcée de battre en retraite jusque derrière la Brenta, déterminèrent le général en chef à nous faire retirera une grande journée de marche en arrière, et à prendre des cantonnements aux environs de Scardona, Beukovac et Ostrovizza3, en attendant qu’on apprit des nouvelles plus rassurantes de l’armée d’Italie.
Nous restâmes environ quinze jours dans cette situation, et ce fut le 11 mai que le général en chef reçut les bulletins qui lui apprenaient la victoire remportée à Ratisbonne 4, la marche de l’Empereur Napoléon sur Vienne, et annonçaient que l’armée d’Italie, par suite des succès de la grande armée, avait enfin pris l’offensive :i. Il fit aussitôt toutes les dispositions nécessaires pour forcer le passage de la Croatie.
* Marmont, -voyant que Stoïschovitch voulait le tourner par Knin, envoya, pour couvrir sa gauche, Soyez vers Bender, sur la basse Zermagua. Trop d’élan amena des pertes sensibles, Soyez fut blessé. C’est le combat d’Obrevacz.
Marmont parle d’un second combat plus heureux livré par le 8e et le 1 Ie régiment, le 1"’ mai, et place l’orage dans la nuit du 1er au 2 mai. L’ennemi se maintint sur la Zermagna et le mont Kitta.
* Le soir du 1er mai. L’armée d’Italie, battue à Sacile, le 16 avril, avait reculé derrière la Brenta, puis derrière l’Adige.
3 Et de Kistanjé, Demis, et Zara même.
* Les combats d’Eckmühl et de Ratisbonne sont du 22 et du 23 avril. 6 Le l“r mai, sous la direction de Macdonald.
Dès le 13, notre corps d’armée se porta vers la frontière1. Le 16 2, on attaqua l’ennemi, qui, après trois heures de combat, fut chassé de ses positions3. Dans une charge de cavalerie qui fut faite, le général en chef autrichien et 300 des siens furent pris \
Le 17, le corps d’armée continua de marcher sans rencontrer l’ennemi que vers le soir où il déboucha des montagnes qui conduisent de Zara à Gospich. Le combat s’engagea vivement de part et d’autre s, et dura depuis six heures jusqu’à neuf heures du soir6. Le 23° régiment, qui eut la grande part dans cette affaire, eut beaucoup de blessés; le colonel Mimai de ce régiment y reçut sept ou huit coups de baïonnette, et dut son salut à quelques-uns de ses sapeurs qui le sauvèrent de la fureur des Croates.
Le 18 et le 19, nous gardâmes la môme position où l’on s’était battu la veille, pour attendre notre artillerie
1 II était de 11,500 hommes. La division Montrichard gardait la Zermagna en face du pont de Krawnibrod. La division Clauzel, à droite, s’appuyait sur Knin.
2 Stoïschovitch, inquiet des progrès de Macdonald derrière lui, s’ébranla aussi, et il y eut des escarmouches, le 15.
3 Clauzel prit l’offensive. Alors l’ennemi évacua Krawnibrod, et Montrichard passa la rivière.
1 Stoïschovitch, marchant en avant, fut arrêté par notre charge de cavalerie, et, revenant vers le fort du combat, se heurta à la charge du llf régiment, et fut pris.
Un rapport dit 500 prisonniers, Alarment dit 800, et compte 2,200 ennemis tués ou blessés. Il y fut blessé. Ce sont les combats du Kitta. Al. Tliiers ne mentionne pas la capture du général autrichien.
5 Le colonel Rebrovitch, devenu chef du corps d’armée autrichien, s’était retiré à Gratchaz. Alarmont, avec Clauzel, renouvela le mouvement de la veille ; gagnant les hauteurs, il tourna une redoute, position principale, que les ennemis évacuèrent, et Alontrichard poursuivit. Alais il ne reculèrent que de trois kilomètres.
0 On a dit aussi, de quatre heures à onze, à la clarté de la lune.
DE LA DALMATIE A Z N A 1 M
et radmiüistratiou de l’armée qui étaient restées en arrière
Le 20, nous nous dirigeâmes par Gratchaz, sur Gospich où nous savions que l’ennemi se rassemblait en
force pour nous livrer bataille2. Nous bivouaquâmes le soir à une lieue et demie de Gospich.
Le 21, l’ennemi couvrait en effet cette ville, et nous marchâmes pour le rencontrer. Un fort orage, qui dura pendant deux heures, suspendit l’attaque qui commença à neuf heures du matin. Une forte colonne autrichienne cherchait à s’emparer de trois mamelons en avant de Gospich ; mais notre avant-garde parvint après beaucoup d’efforts à s’en rendre maîtresse. Le combat devint de plus eu plus opiniâtre; l’ennemi revint bientôt à la charge pour reprendre ces trois mamelons; je fus assez heureux pour arriver à temps avec mon 1er bataillon pour
* Gratchaz fat occupe, et il y eut un repos de deux jours. Rebrovitch se reformait et grossissait ses forces à Gospich.
: On passa par Médak. Là on entrait dans une légion de montagnes et de gorges fort périlleuse.
le contenir d’abord, et ensuite le culbuter lorsque mon 2e bataillon fut arrivé et déployé. Près de 300 hommes furent jetés dans la rivière; 500 autres furent pris; et deux pièces de canon enlevées par le 18° léger1. Cette bonne capture, je puis le dire, fut le résultat de la charge que mon régiment fit on ne peut plus à propos.
Depuis, plusieurs charges furent faites encore par l’ennemi; mais toutes furent sans succès. On continua de batailler toute la journée, et le feu de notre droite ne cessa qu’à dix heures du soir.
Le corps d’armée perdit ce jour-là environ 1,000 hommes dont environ 800 blessés2. Mon régiment en avait 120 pour sa part. Les deux seuls généraux de brigade que nous eussions furent blessés assez dangereusement.
Notre position, après cette bataille, était d’autant plus critique que nous étions absolument réduits à nos propres forces, et sur un très petit espace de terrain, puisque personne ne pouvait s’écarter à cent pas de nos positions ; l’ennemi nous entourant, il en résultait que nos équipages, nos ambulances et nos malheureux blessés occupaient un petit carré où ils n’étaient pas même à l’abri du boulet ni de la balle.
Ce fut dans la nuit qui suivit cette journée que le général en chef, au milieu des inquiétudes qu’inspirait notre situation, consulta les autres généraux sur l’incertitude où il était d’avancer ou de rétrograder sur Zara. L’alternative était affreuse; il n’était plus temps de
1 La 18° demi-brigade d’infanterie légère, formée l’an IV (1796), avait servi en Italie, puis dans l’Ouest (an VI), sur le Rhin (an VI), en Italie (ans VII-IX), sur le Rhin (an XII), de nouveau en Italie et en Dalmatie, depuis l’an XIV.
* V. AAZ, aux notes.
1) E LA DALMATIE A ZNAÏM 127
reculer : c’eût été manquer le but des grandes opérations de l’Empereur, et compromettre la sûreté de tous nos équipages et de notre artillerie comme le salut de nos malheureux blessés et des troupes en général. Les généraux opinèrent pour qu’on poursuivît la marche sur Fiume.
11 fut donc décidé qu'on abandonnerait tous nos amputés qui seraient transportés comme on pourrait à un hôpital à Gospich, si nous réussissions le lendemain à en chasser l’ennemi; que les autres blessés aux jambes seraient portés sur des brancards par nos prisonniers, et que les autres blessés suivraient la colonne. On s’occupa de réparer un pont que l’ennemi avait dégradé, et, à une heure après minuit, cinq de nos régiments, ainsi que l'artillerie, purent passer sur ce pont 1 pour arriver et déboucher dans la plaine de Gospich à la pointe du jour.
Ce mouvement s’opérait, tandis que le 79e et le 18e léger continuaient d’occuper toutes les positions que nous avions eues pendant le jour, et de fixer, par beaucoup de feux, l’attention de l’ennemi qui ne s’aperçut de rien.
Le 22 au matin, les cinq régiments débouchèrent dans la plaine de Gospich, et déterminèrent promptement l'ennemi à retirer de ce côté les forces qui étaient devant nos deux régiments; ce qui nous facilita le moyen d'al 1er rejoindre par la même route les autres corps qui étaient dans la plaine, et qui se battaient depuis le matin.
L’ennemi se retira vers le soir sur Ottochacz2; et, le
1 C’est la division Montrichard, moins le 79e , qui, conduite par Marmont, ell'ectua ce difficile passage de la Jacova, auprès de Barletta.
1 La jonction des sept régiments faite, on se jeta sur Gospich où on fit 1,000 prisonniers, et où on trouva des subsistances.
lendemain 33, nous fûmes prendre position en avant de Gospich. Ou laissa dans cette ville tous nos amputés et autres blessés grièvement1.
Je ne puis m’empêcher de dire ici que, cette même journée, le général en chef me fit un alïront très sensible pour un militaire d’honneur, en me retirant le commandement de la brigade, qui m’avait été donné par le général de division en l’absence du général qui était blessé. N’ayant rien fait alors qui put m'attirer le moindre reproche à ce sujet, je ne pus attribuer cette vexation de sa part qu’à ce que je m’étais permis, avant le commencement de l’affaire de Gospich, de faire une petite représentation à mon général de brigade, sur la manœuvre que je supposais devoir être faite pour nous emparer des mamelons; chose qui déplut au général en chef, qui était présent. J’eus lieu de m’en apercevoir depuis ce moment.
Le 34 mai, nous laissâmes Ottochacz sur notre droite, et nous rejoignîmes la grande route, poursuivant toujours l’ennemi. Vers le soir nous l’atteignîmes et ne pûmes le débusquer de sa position2.
L’ennemi s’étant retiré pendant la nuit, nous commençâmes notre mouvement à la pointe du jour3. A dix heures du matin, notre division fit une halte de trois heures, et laissa passer l’autre division qui ne tarda pas à atteindre l’arrière-garde ennemie et à être aux prises. Nous la rejoignîmes vers les quatre heures de l’après-midi. A l’approche de notre division, les Autrichiens, voyant que nous manœuvrions pour les tourner,
1 Au nombre de 150.
2 C’est l’affaire d’Ians. On sortait de la région de montagnes et de défilés où on était engage depuis huit jours.
3 On était devant Ottochacz.
DE LA DALMATIE A ZNAÏM
abandonnèrent le champ de bataille où nous bivouaquâmes pendant la nuit.
Le général de brigade Delzons fut blessé à la tète dans cette affaire
Le 26, au point du jour, nous nous dirigeâmes sur Segna, petit port de mer. Cette journée fut une des plus fatigantes que nous eussions eues pendant la route, n’ayant pas cessé de marcher jusqu’à dix heures du soir, avec une pluie abondante, et, pour comble, obligés de bivouaquer la nuit suivante avec la même pluie, sur des rochers ou dans la grande route.
Le 27, le corps d’armée fit séjour à Segna 1 2 pour y prendre des rafraîchissements.
Le 28, l’ennemi, avant d’arriver à Segna, ayant pris une autre direction pour se rendre du côté de Carlstadt. nous poursuivîmes la nôtre sur Fiume, et nous couchâmes à moitié route de cette ville.
Le 20 mai, nous entrâmes dans cette ville où nous restâmes quelques jours pour placer tous nos malades dans les hôpitaux, et percevoir les contributions imposées par le général en chef3.
Le 3 juin, nous prîmes la route de Lippa, et, prenant ensuite la direction de Laybach, nous y arrivâmes le 7 \ et nous y arrêtâmes plusieurs jours pour aller à la poursuite du marquis de Chasteler, général français au service de l’Autriche, commandant un corps de 4,000 hommes, lequel, après avoir réussi à insurger
1 Cette journée fut un insuccès.
2 Ou Zeng. On y laissa vingt-sept blessés.
3 L'armée y fut rassemblée dans les journées du 28 et du 29. Peuaprès, tous les blessés furent réunis à Trieste. Cependant les généraux Soyez et Launay restèrent à Fiume, et y furent faits prisonniers.
* Un corps y arriva dès le 3, quelques heures après le passage de Chasteler.
BARON GODART
les habitants du Tyrol contre les Français, avait quitté cette province, et cherchait à se jeter en Hongrie. Malgré nos marches et contremarches et toute la vigilance du général en chef, le marquis de Chasteler passa dans une nuit, avec sa troupe à deux lieues de nos bivouacs, et parvint à nous échapper *.
Vers le 20 juin1 2 nous nous portâmes sur Gratz, capitale de la Styrie, où, la veille de notre arrivée, une division française s’était battue intrépidement contre des forces infiniment supérieures en nombre3, qui se retirèrent à notre approche. Plus de 600 Autrichiens furent tués. La division perdit aussi beaucoup de monde. Nous logeâmes dans les faubourgs, aux environs du fort qui toujours était occupé par les Autrichiens, et d’où ils canardaient les Français aussitôt qu’ils en apercevaient marcher dans la rue à la vue du fort.
Nous restâmes à Gratz jusqu’au 2 juillet que nos deux divisions partirent de grand matin4 pour rejoindre la grande armée qui devait passer une seconde fois le Danube aux environs de Vienne. Dans quatre jours nous fîmes cinquante lieues pour arriver. Le 5 juillet, l’Empe-
1 V. Al, aux notes.
2 Dès le 13 juin, un corps était sorti de Laybach. Le 17, tout lemonde en partit. Le 17, on était à Cilly; le 20 à Gonovitz, Marburg et Windishgratz, quartier général; le 21 à Bleiburg sur la Drave, quartier général, et à Wolkmark.
3 Giulay avait chargé 15,000 hommes d’empêcher la jonction de- Marmont et de Broussier. Broussier allant, le 21, au-devant de Marmont, avait laissé à Gratz le 84° qui résista aux 15,000 hommes, et mérita la devise : « Un contre dix. »
Marmont était à peu de distance; son quartier général était à Voitsburg le 25, jour où Broussier battit l’avant-garde ennemie, et envoya dégager ln 84°. Les Autrichiens se retirèrent, et, le 28 au soir,, les troupes de Marmont entrèrent à Gratz.
4 La division Clauzel partit de Gratz le l“r juillet, la division Montrichard le 2.
DE LA DALMATIE A Z N AI XI
reur avait forcé le passage avec plusieurs corps d’armée, et préparé pour le lendemain la célèbre bataille de Wagram. Le corps d’armée de Dalmatie que nous formions était attendu pour cette bataille, et en effet, le 5, à sept heures du soir, il prit position sur la rive droite du Danube '.
Le 6 juillet, à deux heures du matin, notre corps d’armée passa le Danube, et marcha jusqu’à neuf heures du matin pour arriver sur le champ de bataille. Depuis longtemps déjà l’attaque était commencée sur plusieurs points; bientôt elle devint générale. Le bruit continuel de l’artillerie était épouvantable. Plus de 700 pièces de canon faisaient feu de part et d’autre et couvraient la mousqueterie qu’on entendait très difficilement. Notre corps d’armée entra en ligne sur les dix heures du matin, et formait la réserve 2 avec la garde impériale placée derrière nous. A midi et demi, par suite d’une grande manœuvre de l’Empereur contre un fort corps d’armée autrichien qui cherchait à nous déborder par notre gauche, la bataille fut gagnée. Nous restâmes toujours à la même position. Les tentes de l'Empereur furent dressées en arrière.
Tout était dans la plus grande tranquillité, le restant de l’après-midi ; l’Empereur se reposait dans sa tente, et on n’entendait plus aucun coup de fusil ni de canon sur toute l’étendue du champ de bataille de Wagram, lorsque , sur les sept heures du soir, on entendit au loin des cris:
Le corps de Marmont ou armée de Dalmatie, II* corps de la grande armée, arriva à Ebersdorf, et traversa l’ile Lobau, appelée alors île Napoléon.
2 Cette seconde ligne était formée par : 1° le corps de Marmont, à droite; 2* les Bavarois, sous le comte de Wrède, au centre; 3° les Saxons, sous Bernadotte, à gauche. La garde était en arriére, avec les cuirassiers.
« Aux armes! » qui se répandirent bientôt jusqu’aux tentes de l’Empereur. L’alarme devint générale; ce fut une confusion épouvantable sans qu’on put savoir d’où en provenait la cause; tout le mondefuvait; les voitures, les ambulances, les cantinières se sauvaient dans l’intention de repasser le pont du Danube. Les troupes seules restèrent immobiles. Notre corps d’armée prit les armes ainsi que la garde impériale, et formèrent le carré autour des tentes de l’Empereur. Il commençait à faire obscur lorsqu’on fut convaincu que ce n’était qu’une fausse alerte '.
Le 7 juillet, toute l’armée partit sur les dix heures du matin, à la poursuite de l’ennemi qui se retirait sur Znaïm en Moravie. Chaque corps d’armée se partagea sur les différentes routes qui conduisaient à cette ville. Le nôtre arriva un des premiers, le 10 juillet, à la hauteur de Znaïm; il attaqua vivement l’ennemi qui couvrait cette ville, et le repoussa jusque sous les murs de la place. Plusieurs villages furent emportés, dont un renfermait plus de 100,000 rations de pain et une grande quantité de fariue. Les Autrichiens revinrent à la charge pour reprendre ce village; mais la défense fut si vigoureuse qu’ils furent obligés de se retirer avec beaucoup de perte.
Notre corps d’armée, commandé par le duc de Raguse, était alors composé du corps de Dalmatie et du corps bavarois réunis2.
Nous nous maintînmes sur le champ de bataille jusqu’au lendemain.
' Des soldats français, cherchant des vivres, s’étaient trouvés tout près des lignes ennemies, et s'étaient enfuis précipitamment. On raconte aussi qu’une cantinière, en peine de son petit bagage, poussa des clameurs qui répandirent l’alarme.
‘ V. A2, aui notes.
DE LA DALMATIE A ZNAIM
Le 11, à sept heures du matin, uous étions sous les armes lorsqu’on entendit le canon sur notre gauche; ce qui donna à croire que c’était le corps d’armée du maréchal Masséna qui attaquait l’ennemi de ce côté1. Aussitôt le duc de Raguse ordonna l’attaque2, et nous fûmes aux prises avec l’avant-garde autrichienne. A huit heures, un orage qui survint, et dura pendant une heure sans discontinuer de pleuvoir à verse, inonda d’eau tout le pays, et empêcha la manœuvre de nos pièces, tant le terrain était gras3. Dans le moment de l’orage arriva l’Empereur avec trois corps d’armée et toute sa garde4. On se borna à se maintenir dans les positions que nous avions dès la veille. Je fus chargé avec mon régiment de la défense d’un village. Notre corps d’armée, depuis le matin, ne cessait de tirailler, lorsque, vers les cinq heures du soir, un officier de l’étatmajor de l’Empereur vint nous ordonner de faire cesser le feu, attendu qu’il y avait une suspension d’armes signée5.
Mon régiment perdit, dans cette journée, 130 hommes de tous grades, eu tués et blessés.
Le 12, nous fûmes prendre position sur les hauteurs de Zuaim.
Le 13, notre corps d’armée se mit en marche pour aller prendre ses cantonnements dans le cercle de Iv rems c. Sur la fin de juillet, un camp fut dressé pour
1 II venait de vaincre à Hollabrünn.
2 En trois colonnes : de Wrède à droite, Clauzel à gauche, Claparède succédant à Monlrichard (et par conséquent le 79° et Godart) au centre.
3 La pluie empêchait aussi l'usage des fusils ; l’obscuritc ajoutait à la difficulté de combattre.
* Les tentes de l’empereur furent placées à Tesswitz.
* C’était le colonel Marbot.
Le 12, fut expédié à Marmont l'ordre de prendre le commande-
tous les régiments du corps d’armée, à uue lieue de Krems. Eu peu de jours les baraques furent terminées. Ou peut dire avec vérité que ce camp ne laissait rien à désirer ni pour la régularité, ni pour la solidité et l’uniformité des baraques, ni pour la propreté avec laquelle il fut entretenu. C'était enfin un vrai camp de plaisance.
J’essuyai, à cette époque, une maladie très grave qui me retint au lit une bonne' partie du mois d’aoùt. Je me rappelle que, sur la fin de ce mois, un orage, comme on n’en avait pas vu depuis plus de cinquante ans, selon le dire des gens du pays, inonda tout le camp ; on ne pouvait point sortir de ses baraques. Le tonnerre tomba sur une baraque d’officiers, en foudroya deux et incendia la baraque.
Le 8 septembre, l’Empereur, profitant de l’armistice pour voir ses différents corps d’armée, arriva à Krems, et nous passa en revue. Comme un de ses plus anciens colonels, Sa Majesté me fit plusieurs questions sur le mode qui convenait le mieux pour l’administration et pour l’habillement des troupes en campagne. Il me félicita de la bonne tenue, de l’instruction et de la beauté de mon régiment. Ayant su que je n’avais point été porté sur le travail du maréchal qui nous commandait, pour l’avancement, il en
ment du cercle de Vienne, et de faire baraquer son corps d'armée. L’armce de Dalmatie partit, le 13, pour Kronenburg.
Les nouveaux S1- et 4° bataillons du 79e devaient venir, de Trieste, joindre le régiment à Kronenburg. Le 5" bataillon ou dépôt, toujours à Chambéry, ne se composait que de deux compagnies, deux autres ayant été, au début de la campagne, en juin, attribuées à la 17° demibrigade provisoire de réserve- à Alexandrie.
A Trieste, parmi les 50 blessés qui y restaient encore, plusieurs appartenaient au 79e. Marmont demanda leur réintégration au corps. Quand elle s'effectua, Godart avait quitté le 79e.
DE LA DALMATIE A ZXA1M
témoigna sa surprise1 et me fit noter par le prince de Neuchâtel.
Dès le lendemain, à la visite que nous fîmes, ainsi que les officiers et autres militaires nouvellement décorés, l’Empereur me nomma général de brigade et baron de l’Empire, avec une dotation de 4,000 francs de revenu 2.
Le 10, je fis une rechute, et j’eus le bonheur que mon chirurgien-major me traitât si bien, qu’en huit jours je fus sauvé.
1 Napoléon accorda toutes les demandes de titres et d’avancement que lui adressa Marmont ; mais on voit par Godart qu'il fit plus encore.
2 L'acte de la dotation est antidaté du 15 août. La nomination de général est du 15 septembre. V. A3, aux notes.