‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 32 sur 68 · V. A8, aux notes · texte numérisé non relu

V. A8, aux notes

EXPÉDITION DU POUTUGAL

principaux chefs de nos corps d’année aucun amour de la chose publique; ambition et égoïsme chez les uns, rivalité et jalousie chez les autres ; telles furent les causes majeures qui ajoutèrent aux malheurs de la péninsule et à la destruction de nos armées.

Bientôt ces vices se propagèrent parmi les chefs subalternes. Chacun dans son commandement semblait travailler pour soi. Des contributions de tout genre étaient frappées sur le pays, et ne servaient très souvent qu’à remplir les poches d’un seul individu, quand les soldats mouraient de faim. De l’insouciance qu’on mettait à pourvoir à leurs besoins naissaient l'indiscipline et le pillage. Les soldats abandonnaient leurs régiments pour se répandre dans les campagnes, où ils commettaient les mille et une horreurs, et en faisaient déserter les habitants auxquels il ne restait plus d'autre ressource que le désespoir et la vengeance. D’autres obligeaient le malheureux paysan, par toute sorte de tourments, à confesser où était caché sou argent; enliu le pillage, l'assassinat et le viol étaient impunément exercés dans certaines parties de l'Espagne, et furent le début de notre entrée en Portugal 2. Je laisse à penser, après ces observations, si les peuples espagnols et portugais durent nous vouer une haine éternelle, et s’armer contre nous.

Tous les paysans en général s’insurgèrent et interceptèrent les routes; il ne nous restait plus que les villes, et nos détachements, s’ils notaient point très forts, étaient ou pris ou assassinés. La junte de Cadix, voyant les progrès de l’insurrection, s'empressa d’organiser ces

1 Voir une lettre de Kellermann à Soult (14 mars 1810); une autre du mémo (17 mars); une de Junot à Ney (14 avril); une d’Eblé (l'r août); la dure réprimande de Masséna à Kcllermann lui-même (Il septembre), à Junot (2 octobre).

* F. A9, aus notes.

bandes en troupes de guérillas; lesquelles se multiplièrent d’autant plus que, dans le principe, nos premiers généraux semblaient les mépriser, et ne donner leur attention qu’aux forces régulières ennemies.

11 est pourtant très fortement à croire que ces bandes nous ont détruit plus de 60,000 hommes dans les trois années de 1810, 1811 et 1812. Ils étaient parvenus à répandre une telle terreur que la plupart de nos jeunes conscrits ne pouvaient faire un pas sans craindre d’avoir bientôt des guérillas à leurs derrières. Cet effroi provenait en grande partie de la certitude qu’ils avaient que les guérillas ne se bornaient point à faire mourir leurs prisonniers, mais leur faisaient encore souffrir mille cruautés.

J’en ai assez dit pour faire voir à tout homme sensé les causes de nos malheurs en Espagne et en Portugal, et de la haine de leurs habitants contre le gouvernement français.

Je vais reprendre le cours de ma campagne, un mois après l’expédition de Ciudad-Rodrigo.

L’armée se porta sur la place d’Almeïda pour en faire le siège. Almeïda était une des places fortes du Portugal. Les travaux de la tranchée furent poussés avec vigueur1 ; et, nos batteries étant armées, le feu commença aussitôt. Le 26, une de nos bombes, lancée et tombée sur le magasin à poudre, renfermé dans un fort bâti au milieu de la place, le fit sauter. Ce magasin

1 Le VIe corps (Ney) battit les Anglais qui couvraient la place (24 juin), devant laquelle les Français prirent aussitôt position, le 25 juin. Le VIIIe corps (Junot) était toujours vers l’Agueda, avec son quartier général à San Félice el Grande. La division Clauzel était à Barba del Puerco.

La tranchée fut ouverte le 15 août. Le 21, la division Clauzel reçut ordre de se porter sur Escarigo en se concentrant, et on passa l’Agueda.

EXPÉDITION DU PORTUGAL

renfermait les objets les plus précieux des habitants, lesquels furent entièrement perdus ou couverts de débris ; 3,000 personnes furent également englouties sous les décombres.

Deux jours après cet événement la place d’Almeïda capitula. La garnison, forte de 3,000 Portugais, fut envoyée en France.

Tous les corps reçurent aussitôt l'ordre de faire faire du biscuit pour quinze jours d’avance1, et de se procurer de la viande sur pied pour dix. Point de magasin de blé : il fallut envoyer faire la moisson dans les champs, battre le blé, le moudre et en fabriquer du biscuit. Les villages nous fournirent des bestiaux.

Le 13 septembre 1810 2, l’année continua sa marche en Portugal vers la montagne de Busaco, fameuse par une bataille qu’y perdirent les Espagnols contre les Portugais 3.

Le 28 septembre, les trois corps d’armée, commandés par trois maréchaux de l’Empire, y étaient déjà réunis. L’ennemi occupait en force les positions. Nos tirailleurs attaquèrent dès le même jour, et parvinrent jusqu’au sommet de la montagne; mais n’ayant point été assez soutenus, ils furent repoussés avec perte. On se battit

1 M. Thiers dit pour vingt. En effet, Masséna voulait d’abord avoir pour vingt jours de vivres (ordre du 30 août). Mais un journal de l'expédition n’en marque que pour dix.

1 M. Thiers place le départ au 10. Mais Masséna partit le 14, et l’état de services de Godart porte : Employé à l’armée (lu Portugal , le 11 septembre 1810. Le 15, Masséna arrive sur le Celorico avec le IIe corps (Reynier), et le VU” part.

La brigade de Godart a 2,248 hommes; le VIIIe corps, 16,472; l’armée entière, 59,800.

3 Ce fut moins une bataille qu’une série d’engagements en 1762. L’abbaye de Busaco est sur le sommet de la Serra d’Alcoba.

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