V. A12, aux notes
prince d’Essling était à TorresNovas, ville qu’avait prise sous sa protection le général de division comte Montbrun, commandant la cavalerie de l’armée, et qui avait été conservée parfaitement intacte.
Sans magasins d'approvisionnement, l’armée fut encore obligée d'employer les mômes moyens qu’auparavant pour subsister. Il fallait disputer les villages avec l’ennemi pour se procurer des vivres.
En décembre, je fus chargé de parcourir une distance de plus de vingt lieues avec une colonne de 800 hommes d’infanterie et de cavalerie, à l’effet de faire des provisions pour la division. D’abord je me portai sur Alcobaça, Yalado, Pederneira et Notre-Dame-de-Nazareth. Dans ces quatre endroits, je fis ramasser tous les bestiaux, les grains et le vin, et, après en avoir chargé deux cents bêtes de somme, je les expédiai à mou quartier général à Alcanhède. Je continuai ma course par Torres, Majorque et Alpedriz, le long de la mer. Je remarquai entre autres, à Alpedriz, la plus belle verrerie qu’il fût possible de voir. Le bâtiment était d’une grandeur extraordinaire, et contenait quatre fourneaux de la plus belle invention, des appartements de maître magnifiques, une très jolie bibliothèque fournie de livres dans toutes les langues.
Après avoir fait ramasser tout ce qui se trouvait dans l’endroit, j’avais fait donner mes ordres pour la réunion de mes détachements, afin de rétrograder sur Alcanhède. Je quittais cet endroità trois heures de l’après-midi, lorsqu’on vint m’apprendre que de mauvais coquins faisant partie de ma colonne avaient mis le feu aux hangars de cette verrerie, renfermant environ 60,000 cordes de bois. De suite je voulus faire arrêter les progrès de l'incendie, mais c’était impossible. Je laissai environ 800 pay-
sans de cet endroit qui travaillaient à éteindre le feu, et il me fut impossible, malgré toutes mes recherches, d’en découvrir les auteurs.
Le 2 janvier 1811, je rentrai avec ma colonne. Mon expédition rapporta 200 bêtes à cornes, 900 moutons et chèvres, ISO sacs de grain, une grande quantité de cochons et volailles de toute espèce, du sucre, du café et du rhum. Tous les endroits que j’avais parcourus étaient en grande partie déserts. Les habitants les avaient abandonnés pour se retirer dans les forêts et dans les rochers, où ils cachaient leurs effets les plus précieux.
Les villages aux environs et même au loin étant ainsi épuisés, il ne nous restait d’autre ressource que de faire parcourir les bois et de faire fouiller jusqu’aux rochers. Les malheureuses familles qui s’y trouvaient et qui croyaient être à l’abri de nos recherches, furent dépouillées du peu qui leur restait *.
Ce fut alors que le désespoir de ces réfugiés, de paisibles et timides qu’ils étaient, eu fit autant de furieux qui se réunirent et s’armèreut pour se venger. Nos ordonnances furent arrêtées, et bientôt l’on ne put plus communiquer que par des détachements d’un certain nombre d’hommes. Nos soldats qui eurent le malheur d’être pris par eux soulïrirent les maux les plus horribles ; d’autres furent enterrés tout vivants jusqu’au cou, la tête hors de terre pour les faire languir davantage.
De ce raffinement de barbarie, nos soldats en conçurent le désir de se venger et de devenir barbares à leur tour. Ils ne respectèrent plus rien : vieillards, femmes et enfants, enfin tout ce qui se trouvait sous leur main fut impitoyablement massacré. Nous eûmes beaucoup