‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 44 sur 68 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

(mai 1814 - OCTOBRE 1815)

Retour en France et vaines sollicitations. — Rentrée à Albi.

Voyage d’Albi à Paris. — Godart apprend à la Rochelle le débarquement de Napoléon, et, en arrivant à Paris, le trouve installé aux Tuileries. — Il est de nouveau commandant du Tarn.

Agitation des esprits. — Troubles comprimés à Réalmont. — Après l’entrée des alliés à Paris, Godart, mandé à Toulouse, contribue au rétablissement du drapeau blanc. — Il repart pour Albi.

11 est arrêté par des gendarmes, menace de mort à Rabastens ; mis en liberté à Gaillac par le sous-lieutenant de gendarmerie. — Sa rencontre avec des hommes du 79° ; mauvais procédés du sousprêl'et. — Il part furtivement pour Albi. — Sa rencontre avec son successeur. — 11 revient à Toulouse par Gaillac. — A Toulouse, étant peu en sûretc, il se présente au commissaire général de police,, n’en est pas moins mis en arrestation. — Le maréchal Pcrignon le fait mettre en liberté.

Sa femme menacée et rançonnée à Albi. — 11 entre furtivement à Bordeaux, et est autorisé à y attendre sa famille. — Il se retire à Saint-Servan, et est mis à la retraite.

Parti de Tirnau en poste, dans ma voiture avec mou aide de camp le capitaine Lemierre et mon domestique, je passai par Presbourg, Vienne, capitale de l’Autriche, Munich, capitale de la Bavière, et traversai la Forêt-Noire; je passai le Rhin au fort de Vieux-Brisach, le 24 mai. Je continuai ma route par Nancy pour me rendre à Paris où j’arrivai le 1er juin. Je restai à peu près deux mois à solliciter le commandement du département du Tarn que j’avais commandé avant la campagne de Russie. N’ayant pu l’obtenir, je fus mis en non-activité-

Je retournai à Albi mon domicile1, où j’avais fait bâtir une maison qui me coûtait 25,000 francs.

Ayant sollicité pour mon fils uue place d’élève gratis à l’école royale de la Flèche, je l'obtins de la munificence du roi. Je partis le 1er mars, et m’empressai de le •conduire à la Flèche. Arrivé à la Rochelle, les agents de la police, à ma grande surprise, vinrent à minuit m’interroger pour savoir quel était le but de mon voyage. Leur ayant présenté l'ordonnance du roi et la lettre du ministre de la guerre, ils se retirèrent. Vers les deux heures du matin, ils revinrent m’interroger : encore plus surpris de cette seconde visite, je leur demandai s’il y avait quelque chose de nouveau en France. Le chef me dit tout bas que le bruit se répandait que Napoléon était débarqué à Fréjus2, et me conseilla de prendre un passeport à Nantes, chose que je fis à mon passage dans cette ville, et que j'obtins sans difficulté, après avoir été questionné sur différentes choses, et avoir exhibé les pièces dont j’étais porteur. Je vis afficher les proclamations du roi qui annonçaient le débarquement de Bonaparte, et qui ordonnaient aux officiers de tout grade en non-activité de se rendre sur-le-champ à Paris pour recevoir de nouveaux ordres3. Je m’empressai de quitter Nantes, afin de déposer mon fils à l’école de la Flèche. Je partis le lendemain pour la ■capitale, où j’arrivai le 21 mars. Quelle fut ma surprise

1 V. A 25, aux notes.

2 Ce fait, connu à Paris le 5, y fut caché un jour. Il fut connu à Bordeaux dans la nuit du 8 au 9 Godart n’arriva donc à la Rochelle ■que le 9. 11 avait fait ce détour probablement pour y voir le parent de sa femme, le colonel Guyot-Duclos, directeur du génie à la Ro- •chelle, commandeur de la Légion d’honneur.

3 Proclamation du maréchal Soult, ministre de la guerre, datée du 9 mars.

d’y trouver, au lieu de Louis XVIII, Bonaparte installé aux Tuileries 1 !

Ayant été obligé de me présenter aux autorités et au ministre de la guerre, ce dernier m’ordonna de rester à Paris jusqu’à nouvel ordre. Huit ou dix jours après, il m’enjoignit d’aller reprendre le commandement du département du Tarn. Je me rendis aussitôt à mon poste 2.

A la fin de juin, une partie de la population du département était en fermentation. La petite ville de Réalmont substitua le drapeau blanc au pavillon tricolore 3 4 5. Ayant reçu ordre du général de division Gilly et du préfet 1 de me porter sur cette ville, je m’y rendis de suite. Après y avoir rétabli la tranquillité, et fait rentrer les insurgés dans les montagnes, je fis un arrêté par lequel la ville paierait mille écus d’amende et les frais. Ma proclamation fut envoyée au général de division et au préfet, qui l’approuvèrent et la revêtirent de leur signature®. Le pays étant rentré dans l’ordre, je retournai à Albi peu de jours après. Ayant su que le mécontentement était général dans la majeure partie de la France,

1 Ce jour-là, Napoléon passait une revue. Si Godart fut surpris, ce dut être avant d’entrer dans Paris. La troupe avait repris la cocarde tricolore à Orléans, le 19, etc. V. A 20, aux notes.

' Le 29 mars, Godart obtint de commander de nouveau dans le Tarn. Le 31, il écrivit au ministre Davoust qu’il partait le lendemain pour Albi.

3 On avait en vain essayé une fédération. A la nouvelle de Waterloo, le drapeau tricolore fut abattu à Toulouse (26 juin), à Montauban, Castel-Sarazin, Moissac. L’agitation s’étendit plus loin, par exemple à Réalmont, voisine de régions nettement insurgées : les environs de Saint-Affrique, la Lozère, l'Hérault. Un arrêté préfectoral sur le service des gardes nationales raviva l’émotion à Réalmont, et on y arbora le drapeau blanc (29 juin) sur le clocher.

4 Sainte-Suzanne, nommé, le 6 avril, préfet du Tarn, en remplacement de M. de Wismes, se montra ardent impérialiste et tenace, même quand les alliés étaient à Paris et la révolte partout dans le Midi.

5 V. A 27, aux notes.

j'avais l'intention de me déclarer pour les Bourbons. Je tus dénoncé au général Decaen, commandant eu chef l’armée du Midi. Il me donna ordre de me rendre surle-champ à son quartier général à Toulouse pour y recevoir de nouvelles instructions’; ce que je fis aussitôt. A mon arrivée en cette ville, j’appris la défaite de l’armée française à Waterloo. J’envoyai de suite ma soumission au ministre de la guerre.

La ville de Toulouse était dans un état complet d’anarchie. Le général en chef fit assembler un conseil de guerre composé de tous les officiers de tout grade. La dernière assemblée fut très orageuse par l’esprit de parti. Je me joignis au général Ramel, mon ami , pour chercher à faire un parti assez fort, afin de faire arborer le drapeau blanc ; nous réussîmes dans la seconde assemblée, et aussitôt il fut arboré sur les tours de Toulouse.

Je demandai alors au général en chef d’aller au nom du roi reprendre le commandement du département du Tarn, chose qu’il m’accorda aussitôt1. J écrivis surle-champ par un exprès, au maire d’Âlbi a, avec lequel j’étais très lié, que le général Ramel et moi avions fait décider le conseil de guerre à faire arborer le drapeau blanc. Je me mis en route avec mon aide de camp et mon domestique pour Albi. Étant arrivé au passage du Tarn, je fus arrêté, à ma grande surprise, le pistolet sur la poitrine, par quatre gendarmes qui me déclarèrent que j’étais leur prisonnier. Sur ma demande par quel ordre ils me traitaient ainsi, ils me répondirent que c’était par celui d’un chef d’escadron de gendarmerie qui se trouvait à Albi. Forcé de les suivre, il me fallait passer par Rabastens où les habitants étaient en pleine

1 F. A 28, aux notes.

2 Le chevalier de Rozicres.

insurrection. Tout ce qu'il y avait (le plus canaille dans cette ville était sur la route armé de fusils, et tirait sur mon escorte et sur moi. Je sommai les gendarmes de se détacher pour faire rentrer ces mutins dans l'ordre, et de leur dire que, si je devais être fusillé, c'était, au cheflieu du département et non à llabasteus. Ils réussirent à les disperser. Arrivé à Rabastens, je fus mis dans une maison où cinquante hommes armés de cette populace megardaient en meprésentautleursbaïonnettesau corps, m’apostrophant de mille injures, et me menaçant de me fusiller. Au bout de deux heures, les gendarmes revinrent me prendre et me conduisirent à Gaillac. Avant d’entrer en ville, je vis venir au-devant de moi un jeune homme que j’avais protégé à Albi, et qui venait d’être nommé sous-lieutenant de gendarmerie par le chef d’escadron qui s’y trouvait. Ce jeune officier ordonna à ses gendarmes de me laisser libre. Je dus ma liberté à la lettre que je venais d’écrire au maire d’Albi. Je fus conduit chez quelques amis qui étaient venus à ma rencontre. Il se trouvait sur la place un détachement de cent hommes à peu près, armés de fusils et de gibernes, qui venaient de Toulouse, ayant abandonné leur drapeau. Ils appartenaient au 79e régiment que j’avais commandé pendant quinze ans *. Ces militaires m’ayant reconnu me témoignèrent leur indignation de me voir traiter ainsi. Je les tranquillisai sur mon %ort, en les invi-

1 Le 79e, renvoyé en Illyrie à la fin de 1809, avait cto occupé en Catalogne en 1811, 1812 et 1813, puis partagé entre l'Espagne et la Grande Armée en 1813. Le gros du corps fut prisonnier en 1814. L’ordonnance du 12 mai 1814 lui avait donné le numéro 69, maile décret du 20 avril 1815 lui rendit son ancien rang. Les deux bataillons de guerre furent incorporés dans le VIIIe corps de l’armée du Nord: mais leurs compagnies d’élite restèrent à Montauban et furent detas chées en colonnes mobiles pendant les Cent Jours. Le 3e et le 4' bataillon restèrent à Toulouse.

tant cTctre sages et de déposer leurs armes à Albi. Ils me promirent de ue rien faire sans mes ordres pendant leur séjour à Gaillac.

M. de Villeneuve, sous-préfet de cette ville, et qui venait de rentrer à sou poste, me tiut quelques propos indécents, jusqu’à me dire que j’avais allumé ma pipe avec le brevet qui m’avait nommé chevalier de Saint- Louis, dont j’étais porteur. Je le lui montrai en lui déclarant que ce ne pouvait être que la malveillance qui L avait induit en erreur. Après m’être rafraîchi et reposé quelque temps chez mes amis, je fus prévenu que la populace s’ameutait de nouveau contre moi, et l’on m’invitait, pour ma sûreté, de quitter cette ville. Je profitai de l’avis, et sortis aussitôt de Gaillac par des chemins détournés. Il était presque nuit lorsque je quittai cette ville. A moitié chemin de Gaillac à Alhi, je rencontrai un général, avec son aide de camp, qui me déclara avoir obtenu le commandement des départements du Tarn et de l’Aveyron. Je lui demandai de quelle part émanait cet ordre. Il me dit en être investi par le duc d’Angoulême 1. Je lui répondis que ce n'était point légal, et qu’il devait le recevoir par le ministre de la guerre, comme aussi, moi, je devais en être prévenu par cette voie; qu’en conséquence je ne lui reconnaissais pas le droit de me remplacer. M’ayant observé que mes intérêts et ceux du roi m’imposaient le devoir de me retirer, je lui répliquai que j'allais rétrograder sur Toulouse afin d’en prévenir le maréchal de France Pérignon, qui venait de remplacer le général Decaen. Il ne goûta point ma proposition, et m’engagea à me retirer sur Montauban ;

1 Les commissaires royaux envoyés d’Espagne par le duc d’Angoulême avaient appelé des volontaires aux armes. Un gouvernement local s'était formé de nouveau à Toulouse.

chose que je ne voulus point accepter, connaissant les mauvaises intentions de la populace de celte ville1. 11 se décida à me laisser rétrograder sur Toulouse, et j'exigeai de lui qu’à son arrivée à Gaillac, il prévint l’officier de gendarmerie que je devais passer dans la nuit pour me rendre à Toulouse, et qu’il prit des mesures pour protéger mon passage.

Étant parti de Toulouse le matin, je fus obligé, après cette entrevue, de faire reposer mes chevaux pendant trois heures dans une auberge voisine; car ils étaient si fatigués qu’il m’eût été impossible de rétrograder surle-champ. Je me remis donc en route pour Gaillac au bout de trois heures. A mon arrivée, je me rendis à la municipalité où je trouvai l'officier de gendarmerie et sa garde. Je le réclamai aussitôt parce que je me trouvais déjà entouré de forcenés, et il me tira d’embarras en me conduisant dans sa chambre. Après quelques moments de repos, le jour commençant à paraître, je me mis en route pour Rabastens, escorté par quatre gendarmes qui avaient ordre de me protéger. Je fus accompagné par ce jeune officier jusque hors de la ville de Gaillac. J’arrivai à Rabastens à sept heures du matin, et je fus forcé d’y rester toute la journée afin de me reposer ainsi que mon aide de camp et mes chevaux. J’en partis vers le soir pour me x-endre à Toulouse, et j’arrivai le lendemain matin, à quatre heures, dans les faubourgs où je restai jusqu’à dix heures du matin. Ayant fait ma toilette, j’entrai dans la ville, et y cherchai un logement pour être en sûreté et à moitié caché. Je fus ensuite au

1 Plusieurs dépêches du général Maurice Mathieu, commandant la 10e division pendant les Cent-Jours, et d’autres fonctionnaires signalèrent les mauvaises dispositions et l’audace séditieuse des esprits à Montauban.

quartier général pour rendre compte de ce qui venait de m’arriver, et pour me mettre sous la protection du général en chef; après quoi je me rendis au Capitole pour annoncer mon arrivée en cette ville au commissaire général de la police, eu lui donnant mon adresse. Il me demanda si j'avais fait ma soumission aux Bourbons. Je lui répondis qu’elle était faite depuis plusieurs jours, et que je l’avais adressée au ministre de la guerre, avant la décision du conseil de guerre tenu dans cette ville à l’effet d’arborer le drapeau blanc. Il me dit d’être tranquille, et que je n’avais rien à craindre. Deux jours après, il envoya deux de ses agents pour m’arrêter. J’étais à me promener, et en fus instruit par le maître de mon logement. Je voulais fuir; mais, ayant su parle conducteur de la diligence de Montpellier qui venait d’arriver, que tout était à Montpellier et à Nîmes dans une complète anarchie, et que même à Nîmes on avait massacré un détachement et sept officiers de troupe de ligne qui avaient cherché par la fuite à se soustraire à la fureur de la populace1, je me décidai à me rendre, 'dans l’état où je me trouvai, vêtu d’une veste de nankin chez le chef d’état-major du duc d’Angoulême 2. Ne l’ayant point trouvé chez lui, et^ort de mon honneur et de ma conduite, je me rendis droit chez le commissaire général de la police, et lui dis : qu’ayant appris que deux de ses agents s’étaient présentés chez moi pour m’arrêter, lesquels n’avaient pu exécuter leur mandat, vu mon absence, je n’avais pas hésité à venir près de lui pour lui prouver que je ne craignais rien pour la conduite que j’avais tenue jusqu’à ce jour, ni de me présenter

1 Les scènes de pillage et de massacre s'étendirent à Uzcs, les 17, 18, 19 juillet.

Le marquis de Villeneuve.

devant n’importe quelle autorité. Il fut tellement surpris de ma présence et de ma franchise qu’il se décida à me laisser me rendre à mon logement, sous la surveillance de ses agents. Il était huit heures du soir lorsque je sortis de chez lui, et me rendis à mon logis sans escorte. Une heure après, deux de ces agents se présentèrent avec un enfant, dans ma chambre où j’étais avec mon aide de camp. Ils me déclarèrent qu’étant chargés de me surveiller, ils passeraient la nuit dans ma chambre. Malgré toutes mes instances, ils persistèrent à y rester, et ils y passèrent la nuit. Je fus obligé de leur donner à boire, et la nuit ne fut qu’une orgie. Le matin, ils se retirèrent de mon appartement. Je rédigeai de suite un mémoire pour le maréchal Pérignon au sujet de ce qui venait de se passer à mon égard, et le lui envoyai par mon aide de camp. Indigné de la conduite de la police envers moi, le maréchal envoya aussitôt son premier aide de camp chez le chef de la police pour lui témoigner le mécontentement de me voir traité de la sorte, et avec ordre de me rendre de suite la liberté. Peu après un commissaire principal de police en grande tenue se présenta chez moi, et me remit une lettre de son chef, par laquelle ce dernier m’exprimait tout le regret qu'il avait de la manière dont ses agents s’étaient comportés chez moi, et me fit rendre la liberté. Je fus aussitôt répéter de vive voix au maréchal tout ce qui venait de m’arriver. Il me consola et me dit que dans de pareils moments il fallait s’armer de patience.

Quelques jours après *, je reçus du prince (duc d'An-

1 Pendant cette attente, il avait connu l’ordonnance qui mettait fin aux pouvoirs des commissaires royaux (18 juillet), faisant espérer un peu plus de calme; la soumission de l’armée de la Loire au gouvernement royal, et le drapeau blanc enfin arboré à Bordeaux (21); mais

BARON GODART

goulème) l’autorisation de me retirer dans mes foyers, et également une lettre du commissaire général de la police qui me donnait la même autorisation. Je fis de suite mes préparatifs de voyage, et fis faire une procuration pour ma femme qui était à Albi, avec tous les papiers nécessaires, afin de vendre ma maison pour se rendre ensuite à Bordeaux. J’expédiai de suite mon aide de camp pour Albi, afin de remettre à mon épouse les pièces précitées ci-dessus. Il ne fut pas peu surpris d’apprendre, à son arrivée en cette ville, que j’étais menacé d’arrestation par le préfet 1 pour l’affaire de Réalmont, si ma femme se refusait à payer les mille écus de la contribution que j’avais imposée à cette ville, laquelle somme avait été partagée entre les troupes et les pauvres du pays. Pour sa sûreté et la mienne, elle fut donc forcée de compter cette somme 2. La maison, qui m’avait coûté 2<c>,000 francs, fut vendue 12,000 à peu près. Pendant ce temps je me dirigeai sur Bordeaux. A mon arrivée dans cette ville tout était, à peu près comme à Toulouse, dans la plus complète anarchie. A l’entrée de la ville, les gardes nationaux arrêtèrent la diligence, en demandant les passeports à tous les

aussi l’ordonnance du 2î contre les commandants militaires qui auraient comprime ou comprimeraient l'élan des sujets iidèles du roi.

1 Une ordonnance du 12 juillet nomma préfet du Tarn Decaze, sous-préfet de Castres.

2 TJn jour, la maison du général avait été envahie par une troupe d’hommes et de femmes. Mm0 Godart était malade. Quand, furieux de ne pas trouver le général, ils se présentèrent devant sa chambre à coucher, sa fille, âgée de douze ans, se présenta pleine d’animation et aux vociférations et aux menaces, répondit : « Vous n’entrerez pas ! » en levant les bras pour interdire la porte. Un d'eux plus emporté la frappa d’un coup de couteau sous le bras. A la vue du sang qui coulait la colère tomba, elle se tourna contre l'homme qui avait blessé une enfant défendant sa mère ; et les envahisseurs se retirèrent. La cicatrice de la blessure resta toujours.

voyageurs. Mes cinq compagnons de voyage présentèrent les leurs, et, sur la demande si c’était tout, ils répondirent affirmativement. Par cette petite ruse j’entrai en ville sans être inquiété *. Je me rendis chez un de mes amis, négociant, qui fut surpris de ma présence dans un pareil moment. Je le rassurai sur les craintes qu'il avait de me recevoir chez lui, et le priai de m’accompagner dans la matinée chez le commissaire de police du quartier, chez le général commandant la division, et à la municipalité. Ayant représenté à toutes les autorités que j’avais ma femme et mes enfants avec mes aides de camp à Albi, et qu’ils étaient à régler mes affaires dans cette ville, je leur demandai l’autorisation de rester à Bordeaux jusqu’à l’arrivée de mon épouse, ce qu’ils m’accordèrent de suite. Aussitôt l’arrivée de ma famille et de mes aides de camp, je fis mes dispositions pour me rendre à Saint-Servan, ma résidence, et je partis pour cette ville.

Peu de temps après que j’y fus arrivé, le gouvernement me mita la retraite1 2 * * 5 * * * * * il.

1 A peu près au même moment, dans la diligence de Riom à Paris,

La Bcdoyôre était reconnu (2 août), et il était arrêté en entrant dans la capitale. Les frères Fauchet venaient d’être amenés par les volon¬

taires bordelais dans la prison de Bordeaux (1" août). Le maréchal

Brune était assassiné à Avignon (2 août). Puis c’était l’arrestation de Ney (5 août), les violences de Beaucaire et de Nîmes, faisant implorer les troupes autrichiennes, enfin l’assassinat du général Ramel que son passé et son caractère désignaient si peu aux vengeances des royalistes (15-17 août).

5 Ses états de services portent : « Cesse ses fonctions 22 août ; —

retraité par ordonnance du 6 octobre 1815. — Motifs : ancienneté, cinquante-cinquième année d'âge ; trente ans cinq mois dix-neuf jours

de services comptés jusqu’au 1er septembre 1815. — Chi/fre, 4,000 fr.

(le maximum), payables à partir du 1" janvier 1816. »

La lettre par laquelle il remet son commandement à son successeur,

le général Pélissier, est datée d’Albi 22 août. Il y a là une fiction, car

il ne retourna pas à Albi.

Dans l’intervalle de cette date au 1er janvier 1810, il fut considéré

comme ollicier d'état* major sans troupes, employé dans la 13e division militaire.

En même temps, étaient liquidées les autres épaves des on ancienne situation : 1" Son traitement esl raordinaire de Yilna, arrêté à 4,599 fr. 99 c., le 18 septembre 1815 ; 2° sa solde arriérée depuis 1813 et sa demi-solde de captivité, arrêtées à 2,974 fr. 99 c., en octobre 1815; 3° enfin l’indemnité de ses pertes dans les journées du 22 et du 26 août, arrêtée à 1.430 francs, le 15 décembre 1816.

Mais, si tardive que l'ût la liquidation, dans l'énorme liquidation générale que le gouvernement avait à effectuer, le paiement était loin de suivre immédiatement. Le 30 juin 1819, le général réclamait encore, par son fondé de pouvoirs, le montant de sa solde et de sa demi-solde de captivité.

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