‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 45 sur 68 · A L’APPUI DES · texte numérisé non relu

A L’APPUI DES

Ces Mémoires ayant la valeur de document historique, on s'est cru oblige d’y joindre en grand nombre les pièces propres à éclaircir, contrôler, compléter les renseignements qu’ils nous fournissent, et à faire apprécier aussi ce qu'ils ajoutent de lumière aux faits déjà connus.

LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES

A l'appui des

Extrait des registres de la paroisse de Saint-Nicolas-sur-les-Fossés à Arras.

« Le vingt-neuf mars mil sept cent soixante-un, je, soussigné, Vicaire de cette paroisse, ai batisé Roch, né ledit jour, fils légitime de Maclou Godart et de Marie-Jeanne-Austreberthe Musquinet. Le parrain Liévin Decau, la marraine Anne-Marie Aldegonde Caudron. »

On trouve la famille Godart établie à Arras avant 1684. Godart (Roch) eut dix freres et sœurs.

Outre son frère ainé, bientôt disparu, deux citoyens Godart furent, l’un sergent, l'autre sous-lieutenant, dans le 3e bataillon de la garde nationale d'Arras, l'an III.

Affaire d'Orchies.

« Le 3 du mois de décembre 1792...

« Le citoyen Godart, lieutenant-colonel du 6° bataillon des gardes nationaux du département, se présente à la barre. 11 se plaint des calomnies que des malveillants se plaisent à débiter sur son compte, en l’accusant d’avoir été complice des excès

qui ont eu lieu par quelques individus de ce bataillon envers la municipalité d'Orchies, ils avancent même qu’il a subit la punition militaire infligée à ces coupables, il remet ensuite entre les mains du président un certificat qui lui a été délivré par le général Omoran, duquel il résulte qu’il a l’estime de ses camarades, qu’il s’est bien conduit à Orchies et qu’il a dénoncé les auteurs des délits qui y ont été commis, cette attestation porte également sur le citoyen Raduez, officier du même bataillon. »

(Extrait des délibérations de l’Assemblée administrative du Pas-de-Calais.)

Désordre et indiscipline dans les armées (1793-1794).

Plus d’un rapport insiste sur le désordre régnant dans bien des bataillons: la rareté des exercices est mentionnée, ainsi que le peu d’autorité et de zèle d'un grand nombre d’officiers ; la négligence des appels du soir, la négligence dans l’entretien des armes et toute propreté, l’irrégularité même des repas; l’équipement et les armes vendus pour satisfaire l’ivrognerie et le libertinage. Voyez en particulier une lettre de Carnot et Duquesnay à la Convention (16 avril 1893).

Le général de brigade Solant, un peu plus tard, signale, en critiquant les officiers, un aliment particulier d’indiscipline mis en relief dans le récit de Godart : « Ils sont d’une grande insouciance, et ils n’osent gronder ni punir les volontaires, crainte qu’ils ne les nomment pas quand il y aura un avancement à espérer. » (13 nivôse an 11, 2 janvier 1794. Armée de Sambreet-Meuse.)

La formation même du 6e bataillon du Pas-de-Calais avait amené un incident qui fait ressortir cette situation des officiers.

« Le 25 du mois d’octobre 1792... à 6 heures du soir... des officiers députés du 6e bataillon des gardes nationaux... se présentent à la barre, aiant été introduits, l’un d’eux dit que... les citoyens Blanpain et Godart ont été choisis lieutenantscolonels, que ce choix ayant déplut à l’un des capitaines du bataillon, sa compagnie n'a plus voulu en faire partie et s’est retirée, ils demandent que l’Assemblée ordonne la punition

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des coupables, ils demandent également que cette compagnie soit remplacée par celle du capitaine Labouré qui est organisée et qui fait le noyau d'un autre bataillon. »

(Extrait des délibérations de l’Assemblée administrative du Pas-de-Calais.)

En effet, le capitaine Labouré passa au 0e bataillon.

Retraite de Hollande sur Gand ( mars 1793).

Une partie de l'armée de Hollande se retira sur Anvers après la défaite de Nerwinde. Anvers fut évacué le 28 mars. On devait se replier sur Gand, puis longer l’Escaut, et s’arrêter aux camps de Courtrai et de Harlebeke. Mais la retraite devint vite une débandade.

Un seul corps, sous le colonel adjudant-général Thouvenot, tint ferme à Gand. Godart était auprès de lui. Le convoi qu'il devait escorter était très considérable, car il contenait le matériel de l’armée vaincue, qui avait été dirigé sur Gand.

Réaction en Relgique contre les Français ( mars-avril 1793).

Godart fut ramené vers l’ouest où le reste des troupes, au lieu de marcher sur Courtrai, s’était rejeté dans un désordre semblable à celui de la retraite de Louvain, et aggravé par les dispositions des habitants.

Les sympathies pour la France et la Révolution avaient été vile déconcertées au profit du parti contraire, par les spoliations et les insultes aux sentiments religieux de la population. La malveillance avait paru dès le mois de février, à Fûmes, à lîruges, au passage des commissaires de la Convention Danton, Lacroix, etc. A Ostende, on avait rejeté la cocarde tricolore, et crié : « Vive l’Empereur! » Après notre défaite l’insurrection éclata de tous côtés, en llainaut, en Flandre, etc.

La garnison française de Bruges avait évacué cette ville trois jours avant le passage de Godart. Ostende fut évacué le 30 mars.

Siège de Dunkerque : combats et sorties auxquels participe le 6° bataillon du Pas-de-Calais ( avril-septembre ).

Dunkerque, dont Carnot et Duquesnoy vantaient, le 14 avril 1793, la population patriotique, sage et résolue, n’avait eu que de légères épreuves à subir pendant que le duc d’York allait, dans l'intérieur, joindre le duc de Cobourg.

C’est alors que se produisit un épisode militaire qui peut appuyer les appréciations les plus opposées au sujet des volontaires. L’adjudant-général Richardot, avec 1,500 hommes du camp de Gywelde, dont une partie du 0e bataillon du Pas-de- Calais, participa à la prise de Fûmes, enlevé le matin du 31 mai avec un élan remarquable. Puis vinrent des scènes de pillage et d’ivrognerie qui forcèrent à la retraite presque immédiatement. Godart, à ce moment, gardait le lit.

A cette nouvelle, un bataillon de volontaires du Finistère, qui se trouvait au camp de Cassel, exprime son indignation que le nom de Volontaires nationaux ait été ainsi terni. Pour le réhabiliter il fait une collecte, et dès le lendemain envoie à Fûmes 462 livres destinées à indemniser les habitants maltraités.

Pendant que les coalisés avançaient vers Péronne, la Flandre maritime était conservée derrière les camps de Cassel, Bailleul et Gywelde. On attribuait à celui-ci à peine 4,000 hommes, et 1,500 à la garnison de la ville (la municipalité de Dunkerque disait 3,600 et 600, le 24 août).

Les meilleures troupes étaient un corps de gendarmes formé àt Paris, le 6e bataillon du Pas-de-Calais et le 5e régiment de chasseurs à cheval, sous le colonel Lanoue.

Mais les coalisés se divisent : le duc d’York revient sur Dunkerque. Posté à Fûmes, il commandait à 47,000 hommes.

Dès le 21 août, l’ennemi tàta les avant-postes et le camp de Gywelde; un corps s’aventura jusqu’au faubourg de Rosendal. Mais l’attaque régulière, la nuit suivante, porta du côté de Bergues, tendant à isoler le camp de Gywelde.

La résistance dont parle Godart fut conduite par Souham, l'adjudant-général Hoche et le colonel Lanoue. Ils chargèrent

LETTRES, PIÈGES OFFICIELLES, NOTES

vigoureusement, broussant les haies et les jardins de Rosendal, où ils furent joints par une autre colonne qui avait attaqué la droite de l’ennemi. Celui-ci repoussé à une lieue, reçoit des renforts, et c'est à nous de reculer derrière Gywelde, puis derrière le fort Leflerinckouke qui gardait la chaussée élevée entre les terrains alternativement sablonneux et marécageux.

C’est l’Autrichien Werneck qui s’empara de ce fort, et fit reculer nos troupes jusqu’à la ville.

O'Méara, voyant emportées les défenses qui couvraient sa droite, craignit d’être coupé de Bergues, et se retira, laissant 60 prisonniers. On avait eu 7 morts et HO blessés. L’ennemi, dit-on, avait perdu 400 hommes. Le camp de Gywelde devint celui du duc d’York.

A Dunkerque, on blâma la mollesse du général et des troupes du camp de Gywelde. Hoche, inspirant sa confiance et sa résolution aux habitants et aux soldats, lit décider que ces troupes camperaient sous les remparts, à Rosendal, pour couvrir la ville.

A la sommation de se rendre, adressée par le duc d’York, le 23, on répondit en demandant à faire des sorties, et en tiraillant sur la côte, les 23 et 24 août. Le poste de Lefferinckouke, les batteries ennemies sur les dunes, étaient postés à une demi-lieue de la ville. Bergues était aussi investi. Mais l’inondation, étendue sur vingt communes, empêchait les progrès de l’ennemi vers l’ouest.

Delforterie, officier au 6e bataillon du Pas-de-Calais, écrivant à son ami Leblond, fougueux révolutionnaire autant que brave soldat, et aide de camp du général de brigade Carrion, à Bergues, raconte que, la nuit du 25 au 26 août, des détachements ennemis arrivèrent jusqu'au rempart, ce qui amena un échange de coups de feu ; que le général O’Méara ne se montra que fort tard, et uniquement pour blâmer les troupes de ces fusillades inutiles; et qu’il fut insulté par les soldats.

Le jour même, le représentant Duquesnoy le remplaça par Souham.

Dunkerque avait alors 8,000 défenseurs, en y comprenant 2,500 gardes nationaux, qui presque tous prirent part à la seconde et à la troisième sorties (6 et 7 septembre), entrant déjà

dans les mouvements préliminaires de la victoire d'Hondschoote (8 septembre).

Mais nos revers sur la Sambre appellent l’effort à l’est. Houchard révoqué est remplacé par Jourdan (26 septembre). Celui-ci achemine vers la Sambre, où les coalisés se concentrent de nouveau, une partie de l’armée des Ardennes, et 10,000 hommes de la Flandre maritime : le 6° bataillon du Pas-de-Calais y était compris.

Le prince de Cobourg bloquait, depuis le 28 septembre, Maubeuge et son camp retranché.

Wattignies (15-16 octobre).

Les souvenirs du général Godart sont ici peu fidèles : la bataille dura deux jours consécutifs.

Jourdan campait dans la vallée de la grande Helpe. Le 14, il était en conférence avec Carnot, à Avesnes, quand il y eut un engagement malheureux, et que le feu ennemi s’ouvrit sur Maubeuge.

La bataille ne commença que le 15. Deux attaques simultanées par les ailes semblaient réussir malgré le décousu de quelques mouvements, lorsque Carnot ordonnai Balland, posté au centre, d’attaquer de front Dourlers. L'attaque ardente repoussée, renouvelée deux fois autour des représentants Carnot et Duquesnoy et du général Jourdan, échoue enfin.

Carnot se rendit alors aux idées de Jourdan selon qui la clé des positions ennemies était à Wattignies, devant notre droite.

Le 16, à huit heures du malin, le général Duquesnoy à droite, avec les représentants et Jourdan, renouvela son attaque de la veille : sa colonne infernale chargea trois fois ; enfin Wattignies fut enlevé, et Balland occupa Dourlers.

Le reste de l'armée ne fut presque que spectateur. Godart était sous les ordres de Balland.

Les soldats du camp de Maubeuge, au son du canon de Wattignies, voulaient marcher : le général Chancel, commandant de la place, déjà défenseur malheureux, mais justifié, de Condé, en était d'avis. Ferrand, général en chef, s’y refusa. 11 y eut

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seulement une démonstration de sortie, le soir du second jour de la bataille. Cependant c’est Chancel qui paya de sa tête cette inaction, et Ferrand resta commandant de l’aile droite de l'armée du Nord.

La forêt de Mormal.

Les Autrichiens y avaient pénétré dès le commencement de juillet. Il le l'allait pour faire le siège du Quesnoy.

Quand les coalisés renouvelèrent l’effort brisé à Wattignies, des forces autrichiennes plus importantes y entrèrent (novembre) et s’y couvrirent d’un vaste réseau de fortifications, larges abattis, fossés, bastions, redoutes.

De leur côté les Français élevaient des défenses considérables sur la Sambre depuis Jeumont, à deux lieues en aval de Maubeuge, jusqu’à Catillon, à deux lieues en amont de Landrecies, pour couvrir Maubeuge, Landrecies et Avesnes.

C’est seulement après leur défaite à Fleurus et la perte de Mons que les Autrichiens évacuèrent la forêt de Mormal. Les Français durent s’assurer de ses défilés, avenues vers le Quesnoy qu’ils allaient assiégera leur tour.

Les quartiers d'hiver de l’armée du Nord (1793-1794, an II).

On pensa d'abord à n'en pas prendre, les Autrichiens tenant Landrecies et Le Quesnoy, et Maubeuge n’étant qu'incomplètement dégagé.

Mais Jourdan objecta que les opérations étaient impossibles à cause de l’état du pays en hiver, et de l’armée que les maladies et la désertion, suite du dénuement, réduisirent bientôt de moitié. 11 fut disgracié, mais écouté. On laissa sur la Sambre trois divisions : Basse-Samhre, Maubeuge, Haute-Sambre, le gros de l’armée ayant reculé vers Guise.

La division de la Haute-Sambre ou deuxième division, s’étendait de Maubeuge à Monceau-Saint-Waast le long de la Sambre. Le 6e bataillon du Pas-de-Calais en faisait partie. 11 fut posté sur les hauteurs de Saint-Rémi-Malbàti, puis à Eclaibe.

L'hiver se passa sans distribution d’équipement. On donna aux officiers une paire de souliers, aux soldats une paire de sabots. Mais, en marche dans les boues d'un hiver des Pays-Bas, les soldats les portaient à la main. Le général de brigade Solant écrivait que, de ses 2,400 hommes les trois quarts étaient pieds nus, et un quart sans vêtements (13 nivôse, 2 janvier). Et c’étaient les avant-postes !

Us n’étaient guère mieux armés que vêtus. A l'approche même de la reprise des opérations, les trois divisions de Maubeuge portées à 30,000 hommes n’avaient que 13,730 fusils, le 24 pluviôse (12 février).

Un mouvement général sur la droite fit passer le 6° bataillon du Pas-de-Calais sur la basse Sambre : il traversa Maubeuge, le 6 pluviôse (25 janvier), et cantonna à Itousies, puis bivouaqua au bois des Bons-Pères. Le 26 ventôse (16 mars), il en partit pour retourner sur la haute Sambre et à Eclaibe.

Au milieu de la misère des troupes, le représentant Laurent accusait (6 ventôse, 24 février) « les généraux qui dilapidaient les convois, les commandants qui dévalisaient les paysans et leur arrachaient leur subsistance, les maréchaux des logis qui pillaient sous prétexte de munir leurs compagnies, les fripons qui fourmillaient à l’armée ». A Maubeuge, dont les alentours étaient épuisés, on constata qu’il se distribuait par jour 2,000 rations au delà de l’effectif des troupes.

Et cependant les soldats marchaient pieds nus sous la pluie et dans la boue, en chantant des airs patriotiques, et en criant :

« Vive la République ! » Et, à la fin d’un tel hiver, déjà dans les premiers mouvements militaires, ils renonçaient, comme offrande patriotique, à une partie de leur viande, si parcimonieusement et si irrégulièrement distribuée. Les divisions de la Sambre renoncèrent à la viande deux jours par décade (1er germinal, 21 mars).

Le 6e bataillon du Pas-de-Calais comptait alors 879 hommes dont 56 canonniers, et formait, avec cinq autres, la brigade du général Meyer, une des deux brigades de la division de la haute Sambre, ayant son quartier général à Monceau-Saint- Waast.

Les trois divisions étaient commandées par le général Favereau depuis le 25 ventôse (15 mars). Il était sous les ordres du

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général Ferrand, celui-ci sous ceux de Desjardins arrivé le

9 germinal (29 mars), ayant aussi sous ses ordres Charbonnié, général de l’armée des Ardennes, et lui-même subordonné à Pichegru.

Les Autrichiens attaquèrent au nord-est (par Charleroi) et au sud-est (où ils occupaient Le Quesnoy et Le Gateau) pour envelopper Landrecies et Maubeuge. Plusieurs combats, le 9 et le

10 germinal (29 et 30 mars), pendant lesquels Godart gardait une position sur la haute Sambre, furent malheureux.

Le général Despeaux vint alors, de Maubeuge, commander la deuxième division de la Sambre (haute Sambre).

Siège de Landrecies par les Autrichiens (avril).

Bientôt une nouvelle série de combats plus importants, du 19 au 28 germinal (8-17 avril), encore dans les deux directions, permit à l'ennemi de prendre position devant Landrecies.

Le même jour (28 germinal), la division Despeaux fut partagée en deux lignes pour la défense de la Sambre, et le 0e bataillon du Pas-de-Calais, attribué à la première ligne, revint à Saint-Rémi-Malbâti ; il présentait 962 hommes. Ordre leur fut donné de ne pas se déshabiller pour être prêts à toute alerte.

Les avant-postes des deux armées s’étendaient toujours le long de la Sambre.

Les combats recommencèrent le 2 floréal (21 avril), à Frisches.

Lors de l'attaque générale du 7, à Troisvilles, la division Despeaux eut à inquiéter les ennemis en canonnant et en simulant des passages de la Sambre, pour couvrir la marche de nos colonnes au secours de Landrecies : c’est ce que fit le bataillon de Godart à Hautmont et au bois du Quesnoy. On a reproché au général Favereau de n’avoir pas assez employé les divisions de Maubeuge. Mais lui-même, dans son rapport, dit que la division Despeaux n’aurait pas pu tenir une heure contre une attaque sérieuse.

On échoua, et Landrecies fut isolé d’Avesnes.

Le surlendemain, les démonstrations de la division Despeaux,

de Berlaymontà llaulmont, préludèrent à une troisième attaque générale (le 10 floréal), de Cambrai à Maubeuge, qui échoua aussi : la roule de Paris fut de nouveau ouverte aux Autrichiens.

Le tutoiement officiel ( novembre 1793 -mai 1793).

Le tutoiement dans les correspondances officielles date du mois de brumaire (novembre).

Le 13 brumaire an II (3 novembre) il paraît dans les dépêches du ministre de la guerre Bouchotte. Des représentants lui répondent : « Citoyen sans-culotte et ministre. »

Mais les soldats anciens de Larmée du Nord dédaignaient les exagérations des volontaires, et les traitaient de carmagnoles.

Aussi le ministre de la guerre se plaignit du peu de patriotisme des ofliciers du 18e régiment, qui s’appelaient entre eux monsieur, et chargea leur chef de veiller sur ces fauteurs de l'aristocratie, et d’exposer aux volontaires le système de l’égalité et de la fraternité (13 pluviôse, 1er février, dépêche adressée au général Ferrand).

Le 23 pluviôse, le général Colaud répondit au général Ferrand qu'il avait fait lire la lettre du ministre. 11 lit part des sentiments de républicanisme que lui avaient exprimé les officiers qui avaient proscrit depuis longtemps les mots de monsieur et de vous.

C’est vers le mois de prairial an III (mai 1795) que le lu disparut des communications officielles.

Les passages de la Sambre, auxquels prend part le 6° bataillon du Pas-de-Calais.

La maladie arrêta Godart quand commencèrent les tentatives sanglantes et répétées du passage de la Sambre.

Un mouvement général des troupes fut achevé le 20 floréal (9 mai), à 11 heures du soir.

Le 21, la Sambre fut franchie. Le général Despeaux, longeant

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la Sambre avec sa division, vint se poster à Jeumont, et commanda la gauche des forces réunies sous Desjardins. Vint une série d’engagements où les divisions Despeaux et Muller achevèrent la défaite du corps battu par Fromentin. Mais il fallut repasser sur la droite de la Sambre : la division Despeaux était appuyée sur Solre-sur-Sambre et la Dussière (22).

Le lendemain, elle passa la Sambre, et appuya l’attaque de la division Muller contre la formidable position de Grandreng qui fut enlevée deux fois. Mais il fallut se retirer faute de munitions. Les deux divisions couchèrent à Erquelines.

Le 24, elles enlèvent encore Grandreng; le 2 prairial (21 mai), dans le troisième combat de Grandreng, elles attaquent Erquelines : mais il faut à chaque fois repasser la Sambre à Solre-sur- Sambre, qui reste la base des mouvements de la division Muller.

Le 6° bataillon du Pas-de-Calais prit part aux combats des 25 et 20 (13 et 14 juin), puis des 28, 20, 30 prairial, que couronna enfin la prise de Charleroi.

La petite guerre dam le Luxembourg et la principauté de Chimay.

Quel que fût l'acharnement sur les bords de la Sambre, il fallait tenir tête, dans le pays des Ardennes, au soulèvement des campagnes, considérable dès le mois de novembre 1703, et aux tentatives des Autrichiens partant de là pour se réunir, au sud de Maubeuge et de Landrecies, à leurs forces des bords de l’Escaut.

La principauté de Chimay, en particulier, avait été occupée alternativement par les deux partis depuis la fin de 1703.

Charbonnié, général de l’armée des Ardennes, s’indigna de la résistance qu’il rencontrait, «t Les habitants du pays de Chimay, écrivait-il au Comité de Salut public, le 13 floréal (2 mai), se réfugient dans les bois, refusent de rentrer dans leurs foyers, et même fusillent nos troupes. Je fais enlever tout ce qui reste de ce repaire de brigands. Adressez-moi, je vous prie, des ordres sur la conduite que je dois tenir à leur égard. Les traiterai-je comme des Vendéens? »

BARON GODART

Les représentants près les armées du Nord, de la Moselle et des Ardennes, répondirent en adressant à Desjardins, général de l'aile droite de l'armée du Nord et de l'armée des Ardennes, l'arrêté suivant :

« Informés qu’il existe dans la forêt de Ghimay et pays voisins, un rassemblement de brigands qui enlèvent à force armée les convois destinés à la subsistance des troupes de la République... et se permettent toutes sortes d’excès;

<> Arrêtent qu'il sera formé une commission militaire de cinq membres pris dans tous les grades, pour y juger révolutionnairement, conformément à la loi, les habitants dudit pays qui ont été pris les armes à la main.

« Chargent le général de division, commandant l’aile droite de l’armée du Nord, de l’exécution du présent arrêté, et de former la dite commission conformément à la loi.

« Signé : Levasseur (de la Sarthe), Gillet, L.-B. Guyton (de Morvaux). »

Des forces prises dans la division du général Balland, et conduites par le général Duvigneau, entrèrent en trois colonnes dans le pays insurgé, à la fin de prairial. Le 0’ bataillon du Pasde-Calais en fit partie.

Le régime de la Terreur à l'armée du Nord.

Les mesures les plus énergiques, les plus rapides, les plus violentes étaient prises. Lebon avait apporté la résolution avec la Terreur à Arras et à Cambrai, comme Duquesnoy, Levasseur, Lebas, Saint-Just, aux armées.

Alors étaient atteints, pour ne nommer que ceux qui figurent dans les mémoires de Godart : le général en chef Houchard, le général de division O’Moran, le général de brigade O’Méara, envoyés à l’échafaud ; et envoyés dans les prisons, le général de division Férino ; les généraux de brigade Schauembourg, Tharreau, chef d’état-major général de Charbonnié ; les colonels Sérurier, Macdonald.

En même temps, le terrible représentant Levasseur avait déclaré (30 floréal, 19 mai) que : « les propriétés et les per-

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sonnes sont sous la sauvegarde spéciale des chefs de quelque grade qu’ils soient, * et prescrit leur destitution « s’ils n'empêchent ou ne dénoncent le pillage ».

Quelques exécutions capitales avaient sanctionné cet arrêté. Des dispositions plus menaçantes avaient suivi : quelques-unes concernaient le pays de Luxembourg et de Chimay.

Le 18 messidor (G juillet), le représentant Laurent, à Mons, arrêtait : « Quiconque lèvera des contributions pécuniaires sans autorisation des représentants du peuple sera arrêté, jugé révolutionnairement et puni de mort ».

Mais, au risque de l’échafaud, la fougue homicide de Saint- Just et de ses collègues rencontrait quelquefois l’improbation, au moins passive, de quelque général. Ainsi Saint-Just, Gillet et Guyton-Morvaux, « mécontents des lenteurs apportées dans la répression du brigandage, avaient donné aux généraux Desjardins et Italland l’ordre de tuer sous trois jours les brigands du pays de Chimay ». Ils avaient « trouvé dans l’interprétation défavorable qu’a donnée à cet ordre le général Tharreau un motif de destitution ».

C’est peu de jours après que Godart fut aussi incarcéré.

Le 6e bataillon du Pas-de-Calais au siège de Maèstric/tt.

Maëslricht, défendu par l’autrichien Kray, fut investi, le 3e jour complémentaire (19 septembre), par Kléber, commandant l’aile gauche de l’armée de Sambre-et-Meuse. Le général du génie Marescot dirigea le siège.

Le 22 vendémiaire, arrivèrent les dernières colonnes destinées au siège, et, de ce nombre, la brigade Hardy, comprenant le 0e bataillon du Pas-de-Calais, et venant de Namur.

Ce jour-là, l’armée montait à 38,000 hommes, et Bernadotle reçut le commandement principal du siège, celui de l’attaque du fort de Wick, sur la droite de la Meuse.

C’est apparemment là que se nouèrent les relations qui subsistèrent plus de dix ans entre Godart et Bernadotte.

C’est du côté de Wick que les travaux furent poussés le plus activement.

Le 24, le 6e bataillon du Pas-de-Calais était un des quatre

bataillons commandés pour la garde et les travaux de tranchées. La tranchée fut ouverte pendant la nuit.

Le 12 brumaire (2 novembre), il était un des trois bataillons qui fournissaient les travailleurs quand le bombardement commença.

Kray demanda à capituler, le 14 brumaire. Kléber ayant rémi* à Bernadotte l’honneur de recevoir la soumission de la garnison, Godart reçut le lendemain l'ordre d’occuper la porte Saint-Martin, au fort de Wick.

La garnison, prisonnière sur parole et nouslaissant 350bouches à feu, délila devant l'armée française le 17 brumaire.

Le bataillon de Godart n’avait pas un mort ni un blessé; mais il mérita sa part de l'hommage rendu à l'ardeur et à la sagesse de l’armée pendant le siège.

La pièce qui suit, concernant ce bataillon, est intéressante, en faisant voir au milieu de quelles conditions d’organisation, de discipline, de hiérarchie, dè juridiction, avait, à se débattre un commandant, pour faire de sa troupe un corps cité avec éloge depuis le siège de Dunkerque.

A R M lî E

DE

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