ET MOSELLE FRANÇAISE
Quartier general à Brisach.
« Mengaud, général de division,
au citoyen Péjan, commandant à Schelestadt.
•• 22 ventôse (Il mars).
«Mon projet étant de voir en détail les bataillons des divisions que je commande, vous voudrez bien, mon camarade, prévenir votre bataillon de garnison que j'en passerai la revue sous peu de jours. On peut exiger d’une troupe en garnison une tenue que Ton ne peut point avoir dans les camps. Je veux de la propreté autant qu'il sera possible. Mais surtout que les armes soient en bon état, et que les volontaires ne soient pas déguenillés.
« Salut fraternel. »
Un nouvel embrigadement ayant été décrété en pluviôse, un arrêté du Directoire, du 10 germinal (29 mars) prescrivit l’établissement de 1 10 demi-brigades d'infanterie de ligne ou de bataille, qui porteraient des numéros désignés par le sort. Le tirage se fit le 15 floréal (4 mai), et la 198° lui dut son numéro nouveau. Les trois bataillons qui la renforcèrent avaient formé la première 49® demi-brigade : un bataillon de vieilles troupes (Soissonnais) et deux bataillons de volontaires.
Le régiment de Soissonnais, créé en 1598, devint le 40e en 1791. Son premier bataillon était à l'armée des Alpes en 1792; il enlevadeux positions voisines de Montmélian. le 20 septembre.
Le bataillon de Saône-et-Loire fut formé le 7 aoôt 1792, celui du Gard le 27 novembre 1792.
Us furent envoyés à l'armée du Rhin. Le bataillon de Soissonnais prit part à plusieurs actions d’éclat (mai-juillet). Celui de Saône-et-Loire passa aux environs de llrisach, puis de Mayence à Schélestadt. 11 avait alors pour chef Vadé qui, se
plaignant de la tiédeur et de l'incivisme des autres troupes de la place, demanda son changement.
Ces trois bataillons formèrent la première 79e demi -brigade. Bloquée dans le Fort-Vauban, elle fut faite prisonnière; à la suite d’échanges, ses hommes furent versés dans la demi-brigade du Pas-de-Calais, devenue 79e de seconde formation.
Débuts de la campagne de Moreau en 1790. Part qu'y prend la 79e demi-brigade.
Le 15 floréal (i mai), Desaix, envoyé à la tète de l’aile ou corps de gauche (nord) de l’armée de Rhin-et-Moselle, était remplacé à la tète de l’aile droite par Ferino.
La 2e division fut commandée par le général Tuncq qui eut son quartier général à Benfeld.
L'eflèctif de la 79° demi-brigade était de 2,218 hommes au bord du Rhin, le 2 prairial (20 mai). Un ordre du quartier de Benfeld (4 prairial) y réunit 560 hommes du 3e bataillon venant de Schelestadt où il ne resta que la compagnie de grenadiers, douze canonniers et l'état-major.
Le 12 prairial (30 mai), l’archiduc Charles dénonça l’armistice. Cela donna lieu à un remaniement dans les trois corps de l'armée : du reste ces remaniements étaient continuels dans les formations des brigades (20 prairial, 17 juin). La 79e demi-brigade est alors sous les ordres du général Paillard; et son effectif est de 2,315 hommes (sur 5,265 que présente la 2e division). L’effectif total de l’armée est 78,100 hommes.
Les mouvements et les hostilités commencèrent le 24 prairial.
Deux des bataillons de la 79e partirent de Rheinau, et leur départ donna lieu à une adresse de remerciements chaleureux et pompeux par les administrateurs de cette commune au général Tuncq, pour les travaux exécutés par ses troupes (25 prairial).
Au nombre des troupes réunies au pont de Graffenstaden sur l’ill, puis au polygone et sur les glacis de Strasbourg, dans la nuit du 6 au 7 messidor (24 et 25 juin), se trouvèrent le 1er et le 2e bataillon de la 79e présentant 1,758 hommes.
Elle fut des premiers corps qui passèrent cette nuit-là, et fit partie de l’aile ou corps de droite au delà du Rhin sous Ferino,
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
et de labrigade de droite côtoyant le Rhin, en marchant au sud. De ce côté on avait à combattre l’Autrichien Frœhlich au corps duquel étaient adjoints les émigrés français. La 79e demibrigade occupa d'abord Suntheim.
Le 8, elle débusqua l'ennemi de Marlen ; le 9, elle occupa Rohrburg et Shutterwald ; le 10, Allenheim. La brigade de droite, étendue du Rhin à Altenheim, fut pour la première fois en contact sérieux avec l'ennemi ; c'étaient les émigrés. Cette brigade eut alors à sa tête le général Tharreau, arrivé, le 8, au corps de Ferino. Elle était, le 14 messidor (2 juillet), à Nonenwihr (ou Nonenweyer).
Les trois compagnies de grenadiers de la 79e gardant Malhem, attaquèrent plusieurs fois l'ennemi logé dans un bois près de Wiltenwihr (ou Wittenweyer) et d'Ottwihr, et finirent par Fen déloger. La brigade occupa ensuite Ettenheim, mais trouva les ponts de l’Eltz coupés (le 16).
Alors Moreau, lent et circonspect lui-même, jugea que Ferino l’était trop, lui qui avait à supporter la moindre part de la lutte, et lui enjoignit (17 messidor) de marcher enfin sur Fribourg pour passer la Forêt-Noire et atteindre Constance.
La brigade de droite dépassa donc Kipenwihr (21), puis occupa Cappel et Gràvenhausen (24), préludes d'une offensive plus sérieuse. En même temps Ferino recevait des renforts du Haut-Rhin.
Tharreau quitta Nonenweyer et occupa Endighen le 28, au moment où les Autrichiens achevaient d’évacuer le Brisgau, et où une avant-garde française entrait à Fribourg. Le lendemain, la 79° demi-brigade occupait Herboltzheim, et l’avant-garde arrivait devant le Val d'Enfer et le Val Saint-Pierre.
Le général Delaborde arrivant du Haut-Rhin recevait le commandement de la division de droite, à Muntzingen, et entrait à Fribourg le même jour 29. Le 30 (17 juillet), il était entre Fribourg et Staufen.
Désordres dans l'armée du Rhin au début de la campagne.
Les difficultés des circonstances et surtout la criminelle déloyauté des administrateurs, les alternatives de détresse excu-
sant bien des désordres, et de service régulier ramenant la discipline, de succès et de retraites désordonnées où les pires natures se donnent pleine carrière, se succédaient fréquemment.
Peu après le passage du Rhin, Duperron, commissaire des guerres, écrivant à Rabot, membre du conseil des Cinq-Cents, accusait les excès des soldats et la connivence des officiers (26 messidor, 13 juillet).
Déjà dans l'espace de huit jours s’étaient succédé des ordres du général en chef exprimant l’indignation contre les pillages et les brutalités, lâche abus de la force, et rappelant la loi du 2e jour complémentaire : « Aussitôt que les généraux auront arrêté un pillard, ils le feront conduire au corps le plus prochain, chargeront le capitaine rapporteur d’entendre sur le champ les dépositions, nommeront le conseil militaire, et feront exécuter promptement le jugement qu’aura rendu le conseil. »
Dans le Brisgau, où en général on nous accueillit avec des dispositions pacifiques et soumises, les habitants furent ménagés plus qu’au Nord. Cela est à l'honneur en particulier de la division Delaborde. 11 est vrai qu'un des officiers de ce corps écrivait le 27 messidor (14 juillet) : « On a fait bombance chez le cardinal Collier à Ettenheim, et on le déménage proprement. Nous sommes fort bien dans ce pays, les généraux, adjudants-généraux, adjoints, ont tous des tables splendides ; les officiers et les soldats en proportion... »
En somme, aux excès de quelques chefs, aux désordres admiministratifs, bien des dépêches opposent l’exacte discipline observée par les troupes en marche (dépêches des 10, 13, 14, 27 thermidor — 27, 30, 31 juillet, 13 août). Le représentant Haussmann, en citant des généraux coupables, n’en nomme pas un de la division Delaborde.
« 24 thermidor an IV (10 août).
« L’ami Haussmann m'en a parlé les larmes aux yeux.
« J'ai parcouru quelques lieues de la rive droite : partout on est content des volontaires; partout les personnes et les propriétés ont été respectées; les exceptions sont très rares. Pourquoi faut-il entendre des plaintes contre les généraux?... »
(Lettre du représentant Ritler à un membre du Directoire.)
LETTRES, PIÈGES OFFICIELLES, NOTES
Foyers d'indiscipline.
« La franchise et le républicanisme du bataillon a excité contre lui et contre moi particulièrement la haine injuste de tous les malveillants qui ne sont pas malheureusement en petit nombre ici. Pour éviter les désordres et les suites fâcheuses qui pourraient en résulter, je vous fais l’instante prière de me changer d’armée.
« Salut et Fraternité.
« Vadr,
« Chef (lu 3e bataillon de Saône-ct-Loire.
« Citadelle de Strasbourg, ce 17 nivôse an IV (6 janvier 1796). »
Cette lettre peut faire juger de la part prise dans cette révolte et ces appels à la Liberté et à la Nation par les soldats du cidevant 3e bataillon de Saône-et-Loire, dont faisait partie le défenseur Bertrand. Au départ de ce bataillon, le commandant de place de Schelesladt avait demandé qu'on le remplaçât par un bataillon sage.
Ivléber, le 29 prairial an III (7 juin 179o), exprimait à Ernouf, chef d’état-major général de l’armée de Sambre-et-Meuse, ses plaintes et celles des chefs de corps, des capitaines et même de certaines compagnies, contre la facilité des tribunaux militaires à acquitter. Le représentant Tolot s’en plaignait aussi (21 prairial).
La loi du 29 octobre 1790, sur la compétence des tribunaux militaires, avait laissé la matière obscure pour bien des gens. Godart s’en était déjà aperçu dans l’affaire de l’insupportable capitaine Desplanques (v. O, page 244). Ici, on voit trois mutins, arrêtés sur un ordre régulier, défendus par un camarade, acquittés et, néanmoins, remis en prison!
Marche de l'aile ou corps de droite (ou de Ferino), et en particulier de la division de droite ou lre division (ou division Delaborde) et
BARON GODART
de sa brigade de droite (ou brigade Tharreau) dont la 79° fait