‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 49 sur 68 · partie, de la Foret-Noire à Bregenz · texte numérisé non relu

partie, de la Foret-Noire à Bregenz

La division de droite, ou Ire, du corps ou aile droite de l’armée (sous Ferino) est appelée aussi division Delaborde, quoique Delaborde lui-même fût resté en arrière comme commandant de Fribourg.

Elle fut partagée en trois brigades, bientôt réduites à deux : celle de droite (ou l'°), sous Tharreau, comprit à ce moment, la 28e et la 79e demi-brigades.

Le Directoire voulant que 15,000 hommes donnassent la main à l’armée d’Italie par Brixen, le corps de Ferino devait s’écarter vers le lac de Constance. Mais, en attendant, il était à vingtcinq lieues en arrière de Moreau, si peu rapide pourtant. Celui-ci lui prescrivit de se séparer de la division Delaborde.

En conséquence la division de gauche ou 2° division avançant de Neustadt sur Tuttlingen (11 thermidor, 28 juillet et suivants), Frœhlich, abandonné par les contingents souabes et saxons, descendit le Danube pour rejoindre l’archiduc Charles, et laissa Wolf chargé de la défense du Tyrol. La division de droite, qui était le 1 1 à Waldshutt, le 12 à Stuhlingen, le 13 à Thengen, atteignit le 14 Engen, en contact avec la 2e division du côté de Stockach. Elle avait ses deux brigades Tholmé (gauche) et Tharreau (droite) en arrière d’Engen, mais Paillard déjà à Sivordingen, à la pointe du lac de Constance.

On longea le lac : l’ennemi, rencontré en avant d’Ueberlingen, fut repoussé à gauche, au delà de Ravensbourg; à droite un de nos bataillons força 400 hommes de s’embarquer pour Bregenz, et alla occuper Constance (15 thermidor, 2 août).

Le 10, la division passa l’Aach : la brigade Tharreau, dans une escarmouche auprès de Frieselbach, tua dix ou douze hommes, passa la Schussen et s’étendit d’Erriskirch sur le lac, à Brachenzell, à gauche.

La 2e division s’avançait parallèlement plus au nord, à la suite de Frœhlich.

La l‘e- division, à la tête de laquelle venait de reparaître Delaborde, était bien plus faible : elle continua de pousser Wolf en tenant le pays entre le lac et la rivière du Lech.

LETTRES, PIECES OFFICIELLES, NOTES

Le 18, Paillard eut un engagement avec les Autrichiens qui, en se retirant, pillèrent Lindau et en transportèrent les subsistances à Bregenz. Tharreau passait à la tète de la brigade de gauche.

Le 20, la poursuite lut reprise. Le 21, un pont fut établi sur le difficile torrent d’Argen; puis l’ennemi fut rejeté au delà de la Liebach, et le soir Paillard entra dans Lindau à la tête de la 79e demi-brigade. Une partie des ennemis, gagnant les montagnes au nord-est, fut poursuivie, et on occupa Wangen. Le reste se retira à Bregenz.

Prise de Bregenz. — Rapport daté de Lindau.

« 24 thermidor (U août).

« Après l’affaire d’Eriskirchen... Wolf s’est rejeté sur Bregenz... Les Républicains l’ont poursuivi de près, et après avoir occupé Lindau où le quartier du général Paillard a été transféré, ils marchèrent sur Bregenz. L’impétuosité française surmonta tous les obstacles. Les Autrichiens furent attaqués, le 22, et complètement battus. Ils ont perdu 500 hommes, entre autres un

colonel et un porte-drapeau, . 42pièces decanon, 40,000 sacs

d’avoine et d’orge, 100 tonneaux de farine. Us ont poursuivi sans s’arrêter un moment les Autrichiens ; ils leur ont pris un caisson en avant du pont de Lautrach.

« Le général Wolf s’est retiré dans l'intérieur du Tyrol. Les avant-postes français poussent déjà jusqu’à Feldkirch. »

Il s'agit de la brigade de droite commandée par Paillard, et forte de 4,917 hommes dont 2,107 de la 79e demi-brigade.

Parmi les prises, amenées presque toutes de Lindau et de Constance, se trouvèrent trente ou quarante grands bateaux.

Alors la 79e demi-brigade fut enlevée à Paillard, et rattachée à la brigade de gauche, sous Tharreau ayant son quartier général à Weiler, bifurcation des chemins d'Isny et de Wangen, où était le quartier général de Delaborde.

Dans cette brigade de gauche portée en avant, Godai t fut le plus avancé, à Isny; des avant-postes furent poussés jusqu'à Kempten.

Tharreau est en contact avec Paillard par-dessus l'Aarlberg antérieur, et d'autre part avec Abatucci, commandant l’avantgarde de la 2e division ou de gauche (Férino).

L'ennemi, en couvrant l’accès du Tyrol, eut alors pour avantpostes Schongau, Nesselwang et Kempten.

Mouvements militaires entre le lac de Constance et la valUe supêpéricurê du Lech, de la prise de Bregenz au combat de Nesselwang (8 août ou 22 thermidor — 12 septembre ou 27 fructidor).

Tharreau prit Kempten le 7 fructidor, et occupa même Nesselwang, et le général de division Delaborde porta son quartier général à Isny, où se trouvait Godart.

Delaborde reçut ordre de pousser jusqu’à Fuessen et Schongau sur le Lech, pour que l’ennemi, occupé par le reste de notre armée au nord, craignit d’être tourné. Cela coïncidait avec l'entrée d'un corps de l’armée d’Italie à Trente (8 fructidor).

Mais l'insurrection éclatait sur nos derrières. Des milliers de paysans en armes occupaient les gorges de l’Aarlberg et les abords de Bregenz, et rendaient déjà difficile la position de Paillard. D’autre part Moreau, renonçant à faire sa jonction avec Jourdan, et se rapprochant de Ferino en l’appelant vers Ulm, l’Autrichien Frœhlich renonçait aussi à rejoindre l’archiduc Charles, et revenait de l’Jsar vers le Lech. De plus, par suite même des revers de l’Autriche en Italie, legénéralde Saint-Julien en vint avec sept bataillons et deux escadrons pour fortifier Frœhlich, vers Immerstadt.

Frœhlich arrive au secours de Wolf et réoccupe Kempten; mais Tharreau, qui remplaçait Delaborde suspendu de ses fonctions, marche, quoique avec des forces moindres, reprend cette ville et en confie la défense à Paillard (17 fructidor, 2 septembre) : puis il se charge de Durrach qui en est l’avenue, et d'Immerstadt que garde Godart. De là il pousse des reconnaissances jusqu’aux portes de Vils et de Thanheim, aux abords du Lech, reconnaissances effectuées en grande partie par des détachements de la 79e.

Frœhlich, retiré à Fuessen, garde les débouchés du Tyrol. Le

LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES

26 fructidor (il septembre), il marche, réuni avec Wolf, à la tête de 12,000 hommes. C'est alors que Godart fait sa marche de nuit en même temps que Tharreau. Le récit de Godart ne retrace que ce qui lui est personnel. Paillard presque cerné fut dégagé et Wolf repoussé. Mais, en somme, ce combat, fort honorable pour la 79° demi-brigade, laissa Wolf à Nesselwang, par où Frœhlich tint la ligne de la Wertach. Paillard retournai Bregenz.

La division fut définitivement partagée entre les deux brigades Tharreau et Paillard, la 79e demi-brigade restant dans la brigade Tharreau, ou de gauche.

17% (AA, p. 44.)

Combats (Tlmmerstadt et de Kemplen.

Aussitôt après le combat de Nesselwang Frœhlich avait rassemblé ses forces pour attaquer à la fois Immerstadt et Kempten, pendant que Wolf harcelait Paillard réduit à la 38e demibrigade, c’est-à-dire à moins de 1000 hommes.

En même temps que Godart était attaqué et forcé d’évacuer Immerstadt, Frœhlich marchait sur Kempten. 11 attaqua le pont de Durrach : vigoureusement reçu, il opéra une retraite qui attira Tharreau au dehors, comme l’indique Godart. Mais un autre corps ennemi franchissait bois et monts, passait l'Iller en amont, et entrait dans la ville. Il ne s’y arrêta point, et Tharreau fut pressé de toutes parts. Alors il se précipite, passe à travers les deux colonnes ennemies, et effectue sa retraite par les bois, en butte aux coups de fusil et aux coups de sabre des paysans insurgés (1er jour complémentaire, 16 septembre).

Enlin il arrive à l’embranchement des chemins où il rencontre Godart. La 79e formait la majeure partie des forces des deux chefs. Elle se trouva donc réunie à Isny, le 2e jour complémentaire, au matin.

A cette nouvelle, Moreau ordonna à Ferino d’aller à Memmingen pour couvrir Tharreau. Il en résulta l’ordre suivant à l’adjudant général Abatucci toujours en tête dans la marche à l’ennemi.

.. Au quartier général, à Augsbourg,

« le 3° jour complémentaire (18 septembre).

« Au général Abatucci.

« Je ne sais, général, si vous êtes instruit du mouvement de l’ennemi sur Kempten. Le général Férino me charge de vous dire de vous mettre de suite en marche sur Kempten, et de là sur Bregenz, et de faire en sorte d'atteindre le général Frœhlich s'il se trouve sur cette route. On ne vous donne aucune instruction que celle de marcher en diligence, persuadé que vous ferez toutes les dispositions nécessaires pour empêcher la marclie de Frœhlich, et l'attaquer avec vigueur si vous pouvez l'atteindre.

« Vous savez que l'ennemi occupe par des corps les gorges de Vils, celles de Sonthofen, et de Feldkirch près Bregenz. On ne peut vous dire positivement où se trouve la lr0 division. Son ralliement est la droite appuyée au lac de Constance près Bregenz1.

« Vous réunirez à votre corps de troupes toutes celles que vous rencontrerez.

« Vous enverrez des patrouilles pour savoir où se serait réunie la brigade Tharreau. Enfin vous prendrez toutes les mesures qui vous paraîtront nécessaires pour vous éclairer sur tous les points.

« Jardy se portera avec sa troupe à Memmingen derrière l'Iller. 11 marchera aussi en diligence. Il enverra des patrouilles sur sa droite pour communiquer avec les vôtres. Le général Férino établira son quartier-général à Memmingen. 11 y sera rendu après-demain... »

Journal des opérations de l'armée depuis le 24 fructidor jusqu'au 1er vendémiaire (10 7bre-22 7bre).

« Nous apprîmes le 3 (3e jour complémentaire) que la division qui avait été laissée au pied des montagnes du Tyrol, entre le lac de Constance et le Lecli, avait été attaquée par le corps autrichien qui s’étàit retiré dans ces montagnes, renforcée par

Paillard tient toujours la droite.

LETTRES, TIÈCES OFFICIELLES, NOTES

une partie de la cavalerie de Wurmser, qui, rejétée dans le Tyrol par le général Bonaparte, et y étant inutile, est revenue de ce côté; que la brigade du général Tharreau avait été entièrement entourée, et que des postes ennemis avaient poussé jusqu’à Memmingen.

« Le général Férino partit sur-le-champ avec la brigade du général Jardy, pour marcher à Memmingen. 11 donna ordre au général Abatucci de partir à marches forcées de Landsberg pour tomber Sur les derrières de l'ennemi. Mais celui-ci était déjà battu parle général Tharreau secouru par la brigade du général Paillard qui prit une pièce de canon.

« Le général chef de l'Elat-major,

« Reynier. »

Paillard retourna aussitôt à Bregenz.

1796 (AB, p. 46.)

Combat d’hny livré par Godart pour couvrir la retraite.

C’est le 3e jour complémentaire (18 septembre) que Tharreau donna ordre à Godart de marcher sur Isny. Ce jour-là Moreau se décidait à la retraite, et reculait sur l'iller. La division de droite du corps de Ferino, remise à Tharreau par le rappel de Delaborde et, dans cette division, la brigade de droite (Paillard) tenait toujours Bregenz et la rivière Liebach, la brigade Tharreau (avec la 79e) tenant Wangen.

En résumé le lac de Constance était le seul point d’appui de Moreau, et c'est de Tharreau que dépendait le succès de la retraite.

Le combat livré par Godart, le 4e jour complémentaire, devait couvrir les mouvements opérés derrière lui aux environs de Bavensbourg, position importante par la rencontre de plusieurs chemins.

Il facilitait aussi l’évacuation de Bregenz et de Lindau, sans que la perte de ces positions permit à l’ennemi de nous tourner parle sud. La 79e devait donc tenir jusqu’à se faire accabler.

Le général autrichien Frœhlich, dans son rapport, dit que les Français ont attaqué à quatre heures du matin, et qu’ils on t été, après un combat opiniâtre, débordés et forcés de se replier

sur Wàngen, laissant 518 prisonniers dont onze ofliciers, et deux canons.

Aux détails donnés par le général Godart sur ce combat, ajoutons la mention de deux hommes qui s’étaient déjà distingués sur ce théâtre de la guerre. Le capitaine Mafïrand, de Strasbourg, se porta au secours du capitaine de hussards Marulaz, surpris dans une reconnaissance. Seize cavaliers ennemis l’entourent; l’un d’eux a pris la bride de son cheval. Il lui tranche le poing, dégage son sous-lieutenant Ribot blessé, et fraie le chemin à travers les sabres.

Le lieutenant Duquesne, qui avait déjà deux fois vigoureusement défendu un poste voisin du pont de Durrach, appelé dès lors le poste Duquesne, rassemble, sous les attaques de la cavalerie, 200 hommes de son bataillon, défend l’artillerie, retarde l'ennemi jusqu’à ce que Godart arrive et rallie, mais pour peu de temps, sa troupe.

Des corps autrichiens, passant montagnes et bois, la prirent en dos et en liane. Un bataillon qui fut cerné par la cavalerie se rendit à peu près tout entier.

Un état donne comme pertes totales des combats de Kempten, Immerstadt, et Isny : tués 74, blessés 262, pris 523; enfin un déserteur.

Toute la division se relira derrière l’Argen, et aussitôt après derrière la Schussen.

Paillard, pour assurer la retraite, entra pour la quatrième fois dans Bregenz, mais dut en sortir aussitôt (2 vendémiaire an V, 23 septembre). Il tenait l'extrême droite, d’Erriskirch à Tettnang; Tharreau tenait Aylingen, et, à Ilavensbourg, donnait la main au corps de Ferino qui, par sa victoire sur Frœhlich à Memmingen, le Ier vendémiaire, s’était ouvert le chemin pour la jonction avec Tharreau et Paillard, à Zeil. On soutenait de petits combats, à Weingarten, etc. Mais il n’était plus question que de la retraite.

1796 (AC, p. 46.)

Situation de l'armée de Hhin-êt- Moselle en retraite {le 1er octobre 1796).

Pour poursuivre la retraite, il fallait s’assurer la liberté des

LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES

mouvements par une bataille qui déconcertât pour quelque temps l’ennemi.

Moreau avait devant lui l’archiduc Charles; Frœlich voulait le tourner par la droite; Pelrash et Nauendorf, autres généraux autrichiens, vainqueurs à notre gauche, remontaient la vallée du Neckar, tenaient la Forêt-Noire, et poussaient des partis jusqu’à Engen, donnant la main à l’insurrection.

En effet, celle-ci, suivant de près nos premiers revers au nord, s'était propagée au midi, et recevait de l'Autriche des armes et des officiers. Les désordres et les excès qui éclatent dans toute armée en retraite l’attisaient encore. [Le mouvement fut, au sud, considérable surtout vers Stockach, puis Riedlingen, Engen, etc. La plupart des postes français étaient bloqués. Le général Delaborde, rappelé à Strasbourg, avait été dévalisé près de Stockach, et forcé de passer par la Suisse. Bientôt il n’y eut plus de communications que par ce pays neutre. Un convoi avait dû se réfugier à Schaffouse, et y déposer les armes pour gagner la France. On avait vu passer à Bâle 800 soldats ainsi désarmés. Une connivence tacite permit quelquefois aux Français de conserver leurs armes, des canons même dissimulés dans des chariots. Bientôt défilèrent à travers cette ville : administrateurs, officiers, femmes entretenues, cantinières, mettant, disait-on, à l’abri les dépouilles de la Souabe.

Pour en revenir à l’armée, elle livra des combats sur toute la ligne. A Ravensbourg, Férino, avec Tharreau et Paillard, repoussa les ennemis, et reporta ses avant-gardes jusqu’à l'Argen (9 vendémiaire, 30 septembre). Enfin vint la victoire de Biberach (11 vendémiaire, 2 octobre).

1796 (AD, p. 48.)

Conduite du convoi du corps de droite par Godart , pendant la retraite.

Le convoi de bagages, services de transports, blessés, vivandiers, etc., confié à Godart, devait se grossir à Stockach (ordre de Moreau, 12 vendémiaire, 3 octobre) du grand parc d’artillerie.

Un second ordre (13 vendémiaire) prescrivit de détacher de

la 79° demi-brigade une escorte de 1,279 hommes pour le convoi. Godart nous explique comment il réunit cette escorte, dont la 79° n'eût pu fournir la moitié.

La division Tharreau reçut ordre de couvrir sa marche, avec Tardent Abatucci à l'avant-garde.

La route était un peu déblayée par le convoi du corps du centre (Desaix) qui précédait celui du corps de droite. Ainsi le premier délogea, le 14 vendémiaire, l’ennemi du bourg de Mœsskirch où Godart arriva le 16. D'autre part les Autrichiens, d’un côté étaient entrés à Fribourg, de l’autre pressaient les villes forestières : un de leurs détachements entra la nuit du 13 au 14 dans Waldshutt.

Stockach était le grand dépôt des munitions. Le général Eyckmayer qui y commandait devait fournir des escortes à bien des convois ; mais lui-même était presque cerné. Godart y reçut le grand parc d’artillerie commandé par Eblé, c’est-à-dire 124 voitures. Le convoi, après les départs successifs de Stockach, du 14 vendémiaire au 17, comprit plus de 1000 voitures outre le grand parc.

Le 18, la 79° dut enlever Engen, où Tharreau établit son quartier général. Le convoi passa la nuit àThengen.

Le 19, il se dirigea sur Stuhlingen; Abatucci resta immobile, couvrant le convoi et bien d’autres corps et voitures qui filaient vers les villes forestières. Le même jour Paillard arriva des bords du lac de Constance : il marcha à côté de Godart.

Le 21, Godart était encore à Stuhlingen, quand Tharreau y entra : cependant le convoi n’y était pas encore tout entier arrivé. La 79e demi-brigade comptait 305 hommes.

Voici ce qu’écrivait au ministère de la guerre, au sujet delà retraite de l’armée et de la marche du convoi, le secrétaireinterprète de la République Française en Suisse :

« Bâle, le 20 vendémiaire.

« Les dépôts de régiments, les équipages, les malades et blessés, de même que les caissons, continuent à filer le long des villes forestières vers Huningue. Mais il n’a point encore passé un seul bataillon en état de faire le service. On assure que le parc d’artillerie suivra incessamment : il faut espérer qu’il sera

LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES

escorté par quelques bataillons, et que nous nous trouverons enfin avec un peu de troupes.

« . plus de 1,200 voitures ont déjà passé le Rhin, sans

compter celles qui suivent journellement .

« Bâcher. »

Le 20 vendémiaire, le mieux informé et le plus impartial des hommes, Eblé, écrivait du quartier général de Stuhlingen :

'< Eblé, général de division commandant l'artillerie de Rhin et Moselle, au général en chef Moreau.

« Dans une lettre d’avant-hier, général, je t'ai rendu compte que je croyais qu’il n'y aurait pas le quart de nos munitions qui échapperaient à l’avarie. Aujourd’hui je ne puis te dissimuler que ce qui arrivera en bon état ici ne peut être compté : tout sera réduit en bouillie, et nous aurons encore infiniment de peine à sauver le plomb et les fers coulés .

9 Le manque de subsistances, joint au mauvais temps, fait déserter les paysans, et je n’ai aucun charretier pour faire conduire les chevaux abandonnés : ils sont un objet de spéculation de plus pour les pillards, et tout le monde pille. Tous les villages sont déserts .

« Après avoir mendié partout des escortes, je me vois forcé de te rendre compte que l’indiscipline des troupes qui les composent est telle qu'ils quittent leurs postes pour aller piller. Le manque de pain est leur prétexte .

« Eblé. »

Le 21, on arriva à Waldshutt, d’où Eblé écrivit encore à Moreau :

« Le désordre et l’indiscipline sont à leur comble; les escortes des convois ne se contentent plus de les abandonner. Ils se réunissent avec d’autres volontaires, détellent les chevaux des voitures, et les vendent : chevaux marqués ou non, tout leur convient . »>

Tharreau continuant de tenir Wolf en respect, entre le Val d’Enfer et les Villes Forestières, livra quelques escarmouches, les 21, 22 et 23.

Le ‘20, jour où l’on arriva de Waldshutt à Laufifenbourg, le Se hussards eut à défendre opiniâtrement le pont de cette dernière ville.

Paillard gardait le pont de Rheinfelden : Tharreau le fit sauter. le 3 brumaire (24 octobre). Le même jour, un dernier combat, livré par Moreau à Schliengen, n’arrêta pas la retraite. Le ■convoi du corps de Desaix avait passé le Rhin à Brisach, le 30 vendémiaire. Le grand parc et le parc de réserve passèrent à Huningue, le 4 brumaire.

Le lendemain le corps tout entier de Ferino acheva de passer le fleuve.

1796 (AE, p. 49.)

« Haussmann, commissaire auprès des armées (29 vendémiaire, 20 octobre), au citoyen Rewbell, membre du Directoire Exécutif.

« Vous n’avez pas un instant à perdre.

« Le soldat, irrité par la révolte des paysans et le massacre de beaucoup de camarades, ne connaît plus de frein : il est sourd à la voix de la plupart de ses chefs qu’il accuse à son tour d’être encore de plus grands pillards. Ils leur disent en face qu’ils sont heureux de n’ètre pas eux-mêmes pillés. Cependant ces désordres se poursuivent, non seulement dans les villes, mais encore dans les maisons où demeurent les généraux.

« Des généraux qui voulaient réprimer les excès des soldats ont été couchés en joue; quelques officiers, en voulant remplir leur devoir, ont été massacrés.

« Cependant la confiance et la satisfaction publique se plaisent encore à admirer la bonne conduite et la probité délicate de plusieurs chefs. On peut citer Beaupuy1, Eblé, Desaix (son entourage seul lui fait tort), Sainte-Suzanne, Montrichard, Labeaussière, Bourcier, Rivaud, Ambert, etc., ainsi que tous ceux qui commandent dans nos places fortes. Fririon surtout mérite les plus grands éloges . »

Les assertions de cette lettre ne s'accordent que trop avec

1 A ce moment il recevait sur le champ de bataille une blessure mortelle.

LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES 269

les cinq coups de fusil dirigés contre Godart, et avec la lettre suivante de Ferino au général en chef.

•• Quartier général de Schlegel-Bauver, 23 vendémiaire (1 i octobre)..

« Je vous prévient, mon général, que je suis dans la ferme résolution de ne plus continuer à servir, et que je vous demande ma démission. Car d'être exposé à être assassiné par la troupe en exigant l’ordre si je dois périr je périrait volontiers par l’ennemi, mais d'être exposé par les siens, il n'est plus possible

d . des horreurs pareilles, je vous déclare que les bons

chefs et officiers sont de même exposé et menacé, tout et quant fois ils font l'impossible pour maintenir l’ordre. .. »

179G (AF, p. 49.)

Quartiers d’hiver (1796-1797).

La division de droite (I‘e) du corps du Haut-Rhin fut, après la retraite, établie à Huningue et Bourg-Libre (S. Louis). Le- 9 brumaire (30 octobre), elle fut étendue jusqu a Neuf-Brisach.

La 79e demi-brigade fut envoyée à Banzenheim. Elle prit part à quelques engagements : ainsi auprès d’Huningue, le 19 brumaire (9 novembre).

La division de gauche était cantonnée de Rheinau à Strasbourg. La 79e y fut transférée, s’arrêtant quelques jours à Neuf-Brisach : à la fin de frimaire, elle était à Gersheim. Elle avait, à cette époque, un dépôt à Phalsbourg en même tempsqu'à Schelestadt.

Le 28 nivôse (17 janvier), elle était encore réduite à moins de 800 hommes. (Rapp. de Godart à Berlhier, 7 fructidor an Y.)

1797 (AG, p. 50.)

La 79e dans tes troupes détachées des armées du Nord pour l’armée d'Italie.

Quatre demi-brigades de 1 armée de Rhin-et-Moselle, sous le général Delmas, et huit demi-brigades de l’armée de Sambreet-Meuse, durent former un corps de 30,000 fantassins avec

1,500 cavaliers, que le général Bernadette conduirait au secours de l’armée d’Italie.

L’ordre de faire partir pour l’Italie la 79e demi-brigade est du 23 nivôse, et fut adressé au général Tholmé passé au commandement de la 2e division de l’armée du Rhin, ayant son quartier général à Marckolsheim. Godart le reçut le 25.

[/administration regardait alors le chef de la demi-brigade Godart comme un bon chef; le chef de brigade à la suite, Merle, comme incapable, mais ayant droit à une place par sa désertion de l’étranger; Treboutle comme bon soldat, mais chef médiocre; Petit, autre chef de bataillon, alors prisonnier, comme bon militaire, actif et zélé, mais trop exalté pour un chef; Dufour, autre chef de bataillon, comme ayant du mérite, mais besoin de se former.

1797 (AH, p. 50.)

Éléments qui complétèrent pour la seconde fois la 79" demi-brigade .

Ce furent la 89° demi-brigade bis et le 7e bataillon de la Charente. La 89e demi-brigade bis avait été formée régulièrement de trois bataillons : un d’anciennes troupes, le 1er bataillon du régiment la Couronne , créé en 1643, devenu le 45° régiment en 1791; deux de volontaires, savoir: le 1er bataillon de la Vendée formé le 5 décembre 1791, et le 1er bataillon de la Meurlhe formé le 19 août 1791.

Tous trois servirent en Champagne. Le l01' bataillon de la Meurthe était à la Croix-aux-Bois, le 14 septembre; lui et le 1er bataillon du 45e passèrent dans le Nord; le bataillon du 45° était dans la tranchée devant Namur 1792. Lors de la retraite, les grenadiers du bataillon vendéen furent surpris et massacrés dans Aix-la-Chapelle. Cejourdà (1er mars), celui de la Meurthe repoussait deux escadrons : il combattit ensuite à Aix-la-Chapelle, 17 mars; à Nerwinde, 18 mars, et enfin, avec celui de la Vendée, à Tirlemont (21 mars).

Celui du 45e prit part aux combats de Valenciennes (lel-8 mai), à celui de Lincelle (21 mai), à la défense de Dunkerque; celui de la Vendée aux combats au devant du Quesnoy et dans la forêt de Mormal; à la défense de Maubeuge (1793).

Là se trouvèrent encore les trois bataillons. Celui du 45°

participa aux combats livrés entre Landrecies et Maroilles : ses grenadiers enlevèrent deux fois une redoute, et la perdirent deux fois. Les deux autres prirent part à toutes les sorties (floréal et prairial, avril-juin). Celui de la Meurlhe se signala à la prise du poste Le Petit Luxembourg (10 prairial, 29 mai). Celui de la Vendée fut ensuite à l’avant-garde sous Marceau, que les deux autres rejoignirent après la reprise de Valenciennes,

Tous trois étaient à la bataille de Sprumont (3e jour complémentaire, 20 septembre) ; celui du 45e et celui de Vendée étaient à celle de Duren (11 vendémiaire, 2 octobre).

La 89e demi-brigade aussitôt formée fut envoyée au siège de Luxembourg; puis à la défense de Manheim où elle se distingua, mais elle y fut faite prisonnière.

Rendue à la liberté, et reconstituée à Besançon, elle reçut ordre d’y attendre la 79e.

Le 7e bataillon de la Charente, formé en août 1792, fut employé en Vendée. A la lin de Fan IV, il partit pour l’Est aliu d'être incorporé à la 79e demi-brigade.

On forma de plus une compagnie auxiliaire composée en majeure partie de prisonniers de guerre non encore échangés, et montant, avec le dépôt, à près de 800 hommes, qu’on laissa à Besançon.

L’effectif de la demi-brigade avant le départ de Besançon, était de 2,71b hommes.

1797 (AI, p. 50.)

Itinéraire du corps détaché de l'armée de Rhin-et-Moselle pour P Italie, et en particulier de la 79fc demi-brigade.

L'itinéraire arrêté pour le détachement de Rhin-et-Moselle était, après Besançon : Quingey, Salins, Lons-le-Saunier, Saint- Amour et Bourg.

Le 1er bataillon de la 79° partit de Besançon le 11 pluviôse (30 janvier) comptant 789 hommes présents.

Le 2e et le 3e partirent le 13. Ils comptaient 1,346 hommes.

La tète de la colonne de Rhin-et-Moselle était déjà arrivée a Chambéry le 10.

Les trois bataillons arrivèrent à Bourg le 16 et le 18, et furent

répartis entre Bourg, Nantua et Belley. Us durent servir à la recherche des déserteurs et des réfractaires.

Le 29 pluviôse (17 février), le 1er bataillon partit de Belley, prenant la queue de la colonne de Sambre-et-Meuse. La tête de la colonne de Rhin-et-Moselle était entrée à Milan le 20.

Le 30, le 1er bataillon entra à Chambéry, suivi des deux autres, le 2. On constata un effectif total de 2,383.

Dans les marches, il y avait un grand nombre de traîneurs. Le corps arrivé à Chambéry, vers deux heures de l’après-midi, était passé en revue, pour l'équipement et l’habillement, et les traineurs n’arrivaient qu’à sept ou huit heures. C’est ainsi que toutes les causes d’absence réunies tirent perdre à Bernadotte, au moment de son arrivée, 1,500 hommes, dont un millier rejoignirent.

Les hommes de la 79e ne reçurent pas d’effets à Chambéry ou en reçurent fort peu; des passages incessants de troupes les ayant précédés et épuisé les magasins.

Suze, Turin, Verceil ne furent pas étapes, mais étaient sur la route des troupes. Voici l’itinéraire dressé par Bernadotte, le 30 pluviôse, pour les trois bataillons, et qui fut suivi par le 2e et le 3e, le Ie1', avec 767 hommes présents, ayant été, le 1er ventôse (19 février), dirigé sur Avignon. Bernadotte avait cru garder la 79e sous ses ordres; il dut y renoncer même pour les deux autres bataillons.

2 ventôse (20 février), départ et

coucher à . . Montmélian.

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