LIBERTÉ, ÉGALITÉ « RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
“ Au quartier général de Naples, le 24 germinal an 7 de la République Française, une et indivisible.
« Macdonald général en chef de l’armée de Naples au Gouvernement provisoire.
« 11 est deux heures après midi, citoyens, et je reçois la nouvelle que, le 20 de ce mois, le vaisseau de ligne français le Généreux et plusieurs autres bâtiments ont mis à terre une partie des troupes de débarquement, qu’ils ont attaqué et pris la ville de Brindes : nombre de révoltés ont été tués, et le reste a pris la fuite vers Otrante.
« Je m’empresse de vous transmettre cette nouvelle.
« Macdonald. »
Cette apparence de bonne nouvelle au milieu de la situation compromise et effrayante du gouvernement républicain, de confiance que Macdonald affecte pour tâcher d’en inspirer, contraste vivement avec l’anxiété qu’il exprime au général en chef de l’armée d’Italie, et que vient de porter au comble l’ordre d’évacuer le pays napolitain.
LETTRES, PIÈGES OFFICIELLES, NOTES
« Votre dépêche du 19, mon cher Général, m’a été remise hier au soir, et m'a jeté dans la plus grande consternation. Si on pouvait se douter de son importance, nous serions tous perdus. Je vous ai assez entretenu de l’esprit et des dispositions de ce peuple .
« Il se passera huit jours au moins avant le retour de la division qui est en Fouille. Un de mes aides de camp est allé la chercher. Elle passera par Benevent, San Germano, Sora, Veroli, Acquani, Valmontone et Frascati. .. Celle d’ici et la première... se réuniront à Rome...
« Un incident, Citoyen Général, retarde encore le départ de l'armée. Le vaisseau le Généteux et son convoi, partis en dernier lieu d’Ancône pour Corfou, a voulu mouiller au port de Brindisi près d’Otrante. Les insurgés le reçurent à coups de canon. 11 s’approcha alors de terre, débarqua ses troupes et se mit en travers pour attaquer de concert avec elles. Ils emportèrent la ville, mais le capitaine commandant le Généreux, le citoyen Lejoille, fut tué d’un coup de canon, et le vaisseau s'échoua. J’ignore quel événement en fut cause. Les troupes se réfugièrent alors dans Brindisi où ils sont menacés d’une attaque par les insurgés qui marchent sur eux. Le citoyen Godart en a fait pré* venir par des espions le général (Olivier) commandant en Fouille, qui a envoyé à marches forcées une brigade (Broussier) poulies dégager et les recueillir. La canonnade avait été fort vive, et entendue de très loin le 20 de ce mois. Les agents de l’ancien gouvernement ont auguré et répandu que 30,000 Turcs étaient débarqués, ce qui a causé un mouvement en Fouille et dans la Terre de Bari.
« Je fais secrètement toutes les dispositions de départ.
« Salut et fraternité,
« Macdonald. »
1799 (AS, p. 74.)
Retraite de Godart de Brindes à Avellino (avril 1799) .
Macdonald envoya son aide de camp, l’adjudant général Sarazin. avec ordre à la division de Pouille (Olivier) de se replier
sur Naples. Sarazin devait prendre la place de Broussier relevé de son emploi, ainsi que Duhesme prédécesseur d’Olivier (24 germinal, 13 avril).
Sarazin raconte que c’est en se faisant passer pour un touriste anglais, au milieu des pays insurgés, qu’il parvint jusqu'à Broussier, et que celui-ci usa du même stratagème pour revenir à Naples.
Broussier avec l’avant-garde de la division était à Mola, d’un jour en avant sur le reste de la division. Sarazin l'y remplaça, le 28 germinal (17 avril), reçut une lettre de Godart, et s’avança à Bari, occupé encore par les Français.
Godart, en y arrivant, pleura de joie, rapporte Sarazin, comme sauvé enfin.
C’était, semble-t-il, le 1er floréal (20 avril).
Ce jour-là, la division Olivier était à Foggiaet Cerignola. Olivier reçut de Macdonald ordre d’attaquer les insurgés qui occupaient Avellino, et de dégager ce passage important.
Sarazin se vante d'avoir amené sans peine par ce passage 6,000 hommes de troupe et 12 millions de francs; il ne parle pas d'Olivier occupant la position. Olivier y retint avec lui le bataillon de la 8e légère, et Sarazin, comme Godart, se rendit de sa personne à Naples.
Macdonald, dans ses Souvenirs, raconte qu’au bruit du canon de Brindes un corps français qui se retirait rebroussa chemin et sauva le Généreux qui put se dégager, et qu’on s’éloigna des deux parts. Il oublie que ce corps français (Broussier ou Sarazin) était à plusieurs jours de distance ; que plusieurs jours s’écoulèrent entre le départ du Généreux et l'évacuation de Brindes; que des troupes de terre montaient le Généreux, et vinrent grossir l’armée française de Naples.
Cependant le salut de ces troupes de terre avait été un des sujets des préoccupations si vives qui l’assiégaient, lui, Macdonald, à ce moment. 11 a oublié son rapport du 24 germinal.
Le 1er bataillon de la 8° légère participa ensuite à la défense de Gaëte; ses deux autres bataillons participèrent à la défense fameuse d’Ancône. Godart retrouva ce corps en Italie, puis en Dalmatie, où il resta jusqu’en 1811. Il servit ensuite en Catalogne, puis rejoignit la Grande Armée (1812-1814).
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
1799 (AT, p. 74.)
Retour de la 79e demi-brigade, de Corfou en Italie et à Lyon (avril-juin 1799).
Une partie de la garnison et les administrateurs de Corfou étaient débarqués à Ancône, le 29 germinal (18 avril), avec les généraux Chabot et Verrières.
Une autre partie avait déjà été débarquée à Saint-Tropez par deux bâtiments russes portant chacun 300 prisonniers (27 germinal). D’autres suivirent.
A la fin d’avril (floréal), une corvette et un brick russes débarquèrent, une autre partie de la 79e demi-brigade à Livourne. C'est celle-hà que Godart trouva à Gènes.
Godart, sans commandement, partit de Rome à peu près le jour que Macdonald partit de Naples (19 floréal, 8 mai). Il partit de Florence à peu près quand Macdonald partit de Rome.
A Florence, celui-ci ne disposait que de 15,000 hommes ; mais la garnison de Corfou ne pouvait s’y adjoindre par suite de la capitulation. Godart allait donc en avant pour rejoindre sa demi-brigade.
Les Barbets, brigands connus depuis longtemps dans la région des Apennins génois, s’étendaient parfois de la Ligurie jusque dans les Hautes-Alpes. Vivement poursuivis en 1797, ils s’étaient développés de nouveau depuis la fin de 1797, et grossis des déserteurs qu’avaient multipliés nos revers en 1799. Le 21 floréal (10 mai), les généraux Carra Saint-Cyr et Musnier, voulant traverser l’Apennin avec leur escorte, avaient été attaqués, blessés et forcés de rétrograder. Moreau essaya de recruter parmi eux des compagnies d’Anti-Barbets.
Les compagnies de la 79e furent envoyés dans la rivière du Ponent, où un succès sanglant fut remporté, auprès d’Oneille, sur les Barbets (prairial, juin), par le général Roguet. Celui-ci ayant exposé au général de division Pérignon le dénuement et la misère des nouveaux venus au milieu de l’armée d’Italie réduite elle-même à une cruelle extrémité, Pérignon répondit de Gènes : « Faites partir la garnison de Corfou : rien n’est plus
juste. Voilà tous les ordres que je peux leur donner là-dessus ; je suis fâché de ne pouvoir leur faire délivrer de secours : en France, dont elle n’est pas loin, elle sera plus heureuse ® (29 prairial, 17 juin). C’est donc alors que Godart partit de Gênes.
Quant aux hommes débarqués à Saint-Tropez, ils avaient été acheminés directement sur Lyon, ainsi que tous les Français prisonniers sur parole et venant d'Italie, pour être dirigés de là sur Paris et principalement sur l’Ouest.
1799 (AU, p. 75.)
La 79e demi-briyade, de Lyon à Paris ( juin-juillet 1799).
Quand la 79e demi-brigade est à Lyon, nous voyons cependant, à Avignon, 130 hommes de la 79e escorter un trésor dirigé sur Nice (10 messidor) ; et d’autres détachements venant d’Ancône prendre la route de Lyon (14, 17, 18 messidor, 2, 5, 0 juillet) où on réclamait des forces capables de tenir en respect les contre-révolutionnaires (Lettres du Ministre de la police et du général Bessières, commandant la 19e division militaire).
La 79° fut chargée du service de la place de Lyon. C’était une tâche assez difficile, car Bessières écrivait, le 25 messidor, 1 3 j u illet) qu'il avait assez de troupes, mais qu’elles étaient sans armes. Le 26, la 79e comptait 1,469 hommes.
On ne tint point à en grossir l’effectif. La lettre suivante, du 27 messidor, est, à ce sujet, curieuse et significative.
Le Ministre de la guerre au Général commandant la 19“ division militaire à Lyon.
« D’après le compte que m’a rendu l’adjudant-général D’Auvergne, chef dé l’Etat-Major de la 19° division militaire, de l’arrivée à Lyon de la garnison de Turin, je vous charge de faire mettre en route, le 1er thermidor prochain, la 79e demi-brigade qui se trouve en ce moment stationnée dans la commune de Lyon, et de la faire diriger, conformément à l’ordre de route ci-joint, sur Paris.
« Je vous recommande de veiller à ce que cette demi-brigade
LETTRES, riËCES OFFICIELLES, NOTES
n’admette aucun conscrit dans ses bataillons pour les compléter; mais de les faire partir de Lyon avec le même nombre d’hommes qui formait leur composition lors de leur arrivée de la 8e division dans cette commune. Vous aurez soin pour cet effet de répartir dans les autres corps qui demeureront sous vos ordres les conscrits qui seraient entrés dans cette demibrigade depuis son arrivée à Lyon. »
Le ministre était alors Dernadotte (du 14 messidor au 28 fructidor, 2 juillet-i septembre 1799). Dans une agitation fomentée par les partis et aggravée par l’application de la conscription, on voulait maintenir, s’il se pouvait, quelque corps étranger aux influences du dehors. Cela semblait de l'intérêt public public et de l’intérêt du gouvernement ; ce pouvait être aussi une espérance pour quelque faction. La 79e arrivant du bout de l'Europe semblait s’y prêter mieux que les débris qui revenaient d'Italie.
La 79e partit en effet de Lyon, le 1er thermidor (19 juillet). Pendant la marche sur Paris, on voit encore à Avignon un détachement de ce corps qui part le 15 thermidor (2 août) pour escorter un convoi dirigé sur Aix.
1799 (AV, p. 75.)
La 79e demi-brigade à Paris et aux environs (i août-novembre 1799).
La 79e demi-brigade arriva ù Paris le 14 thermidor (D' août). L’effectif était de 1,659 hommes. Ils furent casernes à la Pépinière, rue Verte et à la Nouvelle-France.
Dans l’agitation et les appréhensions de toute sorte qui régnaient alors, il est curieux de voir quel service de véritable gendarmerie on demandait à l’armée. On s’en rend compte, outre les rapports, par les mouvements de la 79e demi-brigade autour de Paris.
Le 27 thermidor (14 août), un détachement de 21 hommes fut envoyé à Courbevoie, et un de 51 à l’Arsenal.
Le 1er fructidor (18 août), 52 hommes partirent pour Beauvais où la conscription était l’occasion de troubles, 78 pour Orléans, 50 pour Meaux ; le 5, 04 pour Rambouillet, limite de la contrée
où l’agitation était fort sérieuse et confinait à la chouannerie.
Le 27 fructidor (13 septembre), le détachement de Rambouillet partit grossir celui d’Orléans. L’effectif des trois bataillons monta à 2,082 hommes.
Le 7 vendémiaire (28 septembre), 1 14 hommes furent envoyés à A^ersailles, 79 à Saint-Germain, 79 à Bicêtre, 41 à Choisy, 21 à Villejuif, 62 dans onze autres endroits ; en tout 396.
Le 9, 50 hommes partirent pour Senlis ; le 13 (4 octobre), 51 pour Melun et 51 pour Fontainebleau. Ils relevaient des détachements d’égal effectif de la 96e demi-brigade.
Le 18, 179 hommes allèrent relever aussi un détachement de la 69° à Orléans. 321 hommes de la 79e se trouvèrent donc dans cette ville. Le 22, 42 hommes allèrent à Rueil garder les prisonniers russes.
Les approches de la journée du 19 brumaire ; part qu'y prend la 79° demi-brigade.
Nous savons quelles étaient l’agitation des esprits à ce moment, les incertitudes des intérêts, des principes mêmes, après la lassitude de tant d’épreuves et de mécomptes. Le général Marbot, père de l’auteur des Mémoires, adepte généreux et éclairé delà Révolution dès avant 1789, dédaigneux et indigné de ce qu’il vit en 1799 ; et le chef de brigade Godart qui a considéré dans la Révolution surtout la patrie à défendre contre l’étranger, voyant en Bonaparte son illustre général en chef depuis 1797, et ennuyé de cette longue domination de bavards, montrent la divergence de sentiments qui partageaient les armées.
Or l’élément militaire était désormais d’un poids considérable. Déjà les législateurs s'inquiétaient (comme ceux de 1851) que leur garde dépendit d’un autre autorité que la leur. Us s’inquiétaient en voyant croitre le nombre des troupes à Paris où la Constitution avait interdit leur présence, et croitre aussi la compétence de l’autorité militaire, et cela quand Lefebvre, et non Marbot, était mis à la tête de Paris.
C’est alors qu’arriva Bonaparte. Il nous faut une épée, avait dit Sieyès cherchant un appui pour ses desseins. Ce mot
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
était plus noble que la situation. Il nous faut les soldats, devait dire n'importe qui et pour n'importe quel objet, depuis que l’esprit militaire s’était développé, depuis 1790.
C’était la même situation, la même nécessité, le même cri qu’aux derniers jours de Brutus et Cassius et de Cicéron.
Godart est un de ces soldats.
Les quelques mots qu’il a écrits sur la journée du 19 brumaire sont à rapprocher de l’exposé qu’on en trouve au Moniteur.
C’est une chose singulière que Bernadotte, opposant déclaré au 18 brumaire, ait contribué à sa réussite en prescrivant, étant Ministre, de maintenir la 79° demi-brigade isolée autant que possible des influences extérieures.
Bonaparte, sorti de la salle des Cinq-Cents avec le peloton qui l’y accompagnait, dit aux grenadiers du Corps législatif qu’il vient d’être en péril, et envoie quelques-uns d'entre aux enlever son frère Lucien, président.
Celui-ci exhorte les soldats à disperser les Cinq-Cents en parlant des représentants du poignard , d'une minorité tenant le reste de l'assemblée sous la terreur des poignards.
En même temps, Largues (l’inspecteur qui avait eu soin de ne pas convoquer, pour la séance des Anciens, le 18, les opposants présumés) va annoncer aux Anciens qu’Aréna s’est porté sur Bonaparte un poignard à la main.
Les tambours battant la charge, les grenadiers du Corps législatif entrent dans la salle des Cinq-Cents, et la font évacuer.
Le Moniteur, que nous suivons, ne dit pas que, lors de cette nouvelle invasion de la salle, les premiers grenadiers entrés restèrent quelques instants indécis devant le général Jourdan et d’autres les rappelant au respect des élus du peuple; car il s’agissait de bien autre chose que d’aller chercher le président désireux lui-même d’être emmené. Il ne dit pas que le renfort à la tête duquel entra alors le général Leclerc n’était pas formé de gardes du Corps législatif. C’est un bataillon de la 79e demi-brigade, arrivant à cet instant même de Paris, étranger à ce qui se passait, qui fut poussé en avant, et ce sont les tambours de ces bataillons dont les roulements étouffèrent la voix des Représentants.
Les Cinq-Cents dispersés, Lucien entra dans la salle des Anciens, et déclara qu’Aréna et plusieurs autres avaient voulu
le forcer de mettre son frère hors la loi. 11 ne parla pas là, comme il avait fait au milieu des soldats, des représentants du poignard et de la terreur des poignards .
On voit pourquoi, parmi les personnes et les corps désignés, pour leur participation au coup d’État, comme ayant bien mérité de la patrie, le Moniteur mentionna la 79° demi-brigade.
C’est après le succès aussi qu’on écrivit dans le Moniteur que les députés Aréna, Marquezy et d’autres étaient dans la séance armés de poignards et de pistolets, en ajoutant (ce qui était faux) qu’on venait de les arrêter ;
Que Bonaparte avait été blessé au visage ; que le grenadier Thomé, étant près de lui, avait reçu un coup de poignard qui avait emporté ou déchiré une manche de son habit ;
Que, de plus, Aréna avait été, comme fournisseur des armées, coupable de malversations.
Quelques jours après, le Moniteur lui-même publia, sans commentaires, une protestation d’Aréna, déclarant n'avoir point porté d'armes à la séance des Cinq-Cents, et n’avoir jamais été fournisseur des armées.
Désigné pour la déportation il se cacha et, au bout de quelque temps, put reparaître.
Le décret du Conseil des Anciens confirme le récit de Godart.
« 19 brumaire, an VIII.
« Le Conseil des Anciens « Décrète :
« Art. 1. Le général Bonaparte, les généraux Lefèvre, Murat, Gardanne. les autres officiers généraux et particuliers dont les noms seront proclamés ; les grenadiers du Corps Législatif et du Directoire, les soldats des 6e, 86e, 79° (demi-brigades) de ligne, des 8e et 9e (régiments) de dragons, et les grenadiers qui ont couvert le général Bonaparte de leur corps et de leurs armes, ont bien mérité de la patrie. »
1800 (AX, p. 77.)
La 79e demi-brigade en Bretagne ( janvier 1800 -avril 1801).
La 79° demi-brigade ne pouvait être employée contre les coalisés avant le mois de septembre. Elle fut d’abord destinée à la presqu’île du Cotentin.
LETTRES, riÈCES OFFICIELLES, NOTES
Le 19 nivôse (9 janvier), elle arriva à Caen avec un elFectifde 1,500 hommes au lieu de 2,554. C’est qu’elle laissait des détachements dans la 17e division militaire. C’est surtout parce que beaucoup de ses nouveaux soldats, fort loin d’être des volontaires, venaient de déserter en traversant leur département, l'Eure-et-Loir.
Mais le général Canclaux commandant la 14e division (Caen) avait reçu l’avis d'une nouvelle destination pour la 79e. Elle partit pour Rennes, le 24 nivôse (14 janvier). Deux détachements suivirent, le 25 et le 28.
A l’arrivée à Rennes, le chiffre de la 79e s’était relevé à 1,900 hommes.
Les hostilités reprirent le 1er pluviôse (21 janvier), et des troupes furent dirigées aussitôt de Rennes sur le Morbihan où tenait toujours Cadoudal. Une compagnie de grenadiers delà 79e fit partie d’une colonne de 2,354 hommes sous le général de Cency, qui se signala par le pillage. Le 8, un autre corps dont les 462 hommes du 3° bataillon de la 79e formaient le plus grand nombre, partit sous le général de brigade Scliilt.
Le général Brune, mis à la tète de l'armée de l’Ouest et arrivé à Vannes, partagea le Morbihan entre trois généraux de division. L’un d'eux, Chabot, fut placé à Redon ayant sous ses ordres quatre généraux de brigade, dont l’un, Scliilt, résidant à Questembert et occupant aussi Rochefort, avait le 3e bataillon de la 79e.
Cadoudal dut traiter le 24 pluviôse (12 février), et la pacification parut bientôt générale.
Les chefs de bataillon de la 79e étaient alors Vernier, Tréboutte et Mallye.
Le dépôt, qui avait été établi à Melun, en brumaire, fut partagé entre Rennes et Angers. La compagnie de grenadiers envoyée sous Cency rejoignit le reste du corps établi à Rennes et aux environs.
En germinal, il en partit. Le 1er bataillon fut placé à St-Servan, le second à Port-Malo. Mais le chef du Ier bataillon, Vernier, fut commandant de place à Fougères, et Daily, capitaine de la 5e compagnie du 2e bataillon, y commanda la troupe tirée des 79e et 52°. Chitry, capitaine de la 6e compagnie du 1er bataillon, •commanda à Antrain.
BARON GODART
Mais les déplacements furent fréquents, causés par la crainte de débarquements anglais et par les entreprises des chouans ; car la pacification n'avait fait disparaître que les insurgés massés en armées. En présence d’une armée réduite de 35,000 hommes à 20,000, les bandes continuaient d’attenter aux propriétés et aux existences, d’arrêter les diligences malgré les escortes, de lever des réquisitions.
Ainsi, dans l’est de l’Ille-et-Vilaine, se faisait redouter le chouan Bobon. Cependant l’adjudant-général Chapuy, résidant à Vitré, parvint à avoir une entrevue avec lui. Celui-ci promettant de se soumettre obtint une conférence avec le chef de bataillon Vernier qui, d’après les instructions de l’adjudant-général, et accompagné du sergent-major Chapuy et de Georges, habitant de Fougères, alla le chercher et le trouva avec cinq compagnons, tous armés. L’entretien, en présence de vingt paysans, fut court. Comme on se séparait, les six fusils s’abattirent. Aux reproches du sergent-major, Bobon répondit par six balles dans son corps. Il renvoya Georges avec l’ordre de verser 10,000 francs pour la rançon de Vernier.
Le capitaine Daily écrivit à Bobon; des ecclésiastiques intervinrent. Ce fut en vain : il fallut trouver l’argent.
Le 8 floréal (27 avril) au matin, Godart se mariait : le soir il recevait le rapport Daily. Il adressa lui-même au général Beyssac un rapport curieux par la recherche, ordinaire à cette époque, de la sensibilité et du pathétique, même dans les documents administratifs.
« Godart, chef de la 79e brigade d’infanterie de bataille Au citoyen Beyssac, général de la subdivision d’Ille et Vilaine.
« Citoyen général,
« J’ai à vous apprendre l’affligeante nouvelle que le citoyen Chapuy, sergent-major de la 3e Cie du 2e bataillon, vient d’être fusillé par les ordres de l’infâme scélérat Bobon, chef de la bande assassine qui désole encore les environs de Fougères.
« Ce crime atroce et inouï en lui-même vous fera frémir d’horreur lorsque vous saurez que cet attentat a été commis alors que le citoyen Chapuy se trouvait avec son chef de bataillon le
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES 291
ciloyen Vernier, pour conférer avec le monstre qui a violé dans la personne de ce jeune et infortuné militaire les droits et les usages respectés et reconnus par les peuples les plus barbares. L'un et l’autre s’étaient présentés à lui sans armes. J’ignore par quel ordre ils avaient été envoyés, et j’attends des renseignements nouveaux pour vous instruire plus au long de ce déplorable événement.
« Tout ce qu’il y a de certain, c’est qu’après avoir assassiné le malheureux Chapuy, ils ont retenu prisonnier le chef de bataillon pour la rançon duquel il a fallu qne la commune de Fougères donna 10,000 francs. D’après ce que me marque le capitaine Daily, le 8 courant, le ciloyen Vernier a dé recouvrer sa liberté.
« J’attends de moment à autre le rapport qu’il doit me faire sur cette catastrophe. Je vous en enverrai de suite copie, nous y verrons sans doute quel est l'imprudent qui ordonna la conférence avec un misérable brigand sans forces comme sans moyens, et que l’échafaud réclame depuis longtemps, et qui a enlevé à la demi-brigade un jeune militaire recommandable par la douceur de ses mœurs, et par le courage éclatant avec lequel il a combattu pendant huit ans pour la liberté de son pays. Nous pleurons tous sa mort, que l’on vengera sans doute dans le sang de ses perfides assassins.
« Salut et respect
« Godaut. »
Vernier, en liberté, le 8 au soir, rejoignit la demi-brigade à Port-Malo.
De pareils faits motivaient la création de colonnes investies de pouvoirs judiciaires, à peu près comme les anciennes maréchaussées (18 floréal). Le même jour Dernadotte avait pris le commandement de l’armée de l’Ouest.
A la fin de ce mois de floréal, la moitié du 1er bataillon de la 79e partit de Port-Malo pour rétablir la tranquillité aux environs de Dinan.
Quelques jours après, le capitaine Chitry, à Antrain, informé du voisinage de Bobon, se mit en route, dans la nuit du 4 et a prairial (23 et 23 mai), avec quarante hommes. La fatigue et
la pluie le forcèrent de s’arrêter dans un cabaret à Saint- Etienne. Un homme parait sur le seuil, demande à boire, mais se retire précipitamment. C’était un frère de Bobon. Chitry s'élance, ils se mettent en joue, se manquent, se prennent au corps; un conscrit tue le chouan.
Bobon arrête deux jeunes filles en promenade, et se fait payer, leur rançon. De quatre personnes tuées par lui, une fut entraînée sur le territoire de Loroux, afin que son sang teignît le sol de cette commune patriote.
Enfin il fut atteint et tué par la garde nationale d’Ernée (17 prairial, 4 juin).
A ce moment les Anglais étaient débarqués à Quiberon (13 prairial). Deux compagnies du 2e bataillon de la 79e partirent de Port-Malo, le 19 au matin, pour coucher à Plancoët, et continuer sur Saint-Brieuc ; le reste du bataillon allait les suivre, en vue d’un mouvement de concentration sur Loudéac.
Le 3e bataillon qui, de Questembert, était passé à Port- Liberté (Port-Louis) en ventôse (mars), et de là à Brest où il entra le 14 floréal (3 mai), en partit le 3 messidor (22 juillet) pour séjourner dans les districts de Châteaulin etCarhaix, puis à Morlaix. Le 2e revint de Loudéac à Dinan.
Ces marches dégarnissaient les places qui se trouvaient confiées aux gardes nationales. Ainsi l’effectif de la 79e étant de 2,247 hommes en messidor ; le 1er bataillon étant appelé à Rennes à la fin du mois, le 2e revenu à Port-Malo se réduisit un moment à deux compagnies. 11 fallait pourtant mettre deux détachements à l’anse du Verger et à l’anse Duguesclin. Aussi la troupe ne servait en ville que les postes de la tour Solidor à Saint-Servan, de la poudrière et de la porte Saint-Vincent à Port-Malo. La garde nationale était chargée des autres postes, et même de ces trois-là quand une expédition le rendait nécessaire.
Par exemple, le 5 thermidor au soir (22 juillet), les deux compagnies commandées par Ledart, capitaine de la 3e, se dirigèrent sur cinq points. Un lieutenant, avec six hommes, arrive, à près de onze heures, chez le maire de Mont-Dol. Il était absent. Erreur ou perfidie, les habitants accourent, armés de fusils, fourches, faux, comme contre une attaque de brigands. Les soldats, dis-
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persés et désarmés, s’écrient en vain; un soldat est tué, un caporal a la main tranchée, il y a deux ou trois autres blessés; le lieutenant est disparu. Deux soldats reviennent à Saint-Malo. (Rapp. de Ledart.)
L’établissement d’une division de réserve à Pontivy, au camp de Trémesse (thermidor), amena un mouvement général de troupes, de l’Ille-et-Vilaine dans le Morbihan. De la 79e, le 2e bataillon s’y trouva le premier. Le 1er bataillon, avec tous les grenadiers et l’état-major, partit de Rennes le 21 thermidor (7 août). Le 3e, parti de Brest le 17, gagna d’abord Rennes.
Le général Ernouf, en inspection générale, constatant que la dissémination des troupes en postes et en expéditions continuelles était peu favorable à la discipline et à l’instruction, écrivait toutefois :
« J’ai été un peu plus satisfait de la 79° de ligne : bonne tenue, instruction suflisante et susceptible de devenir meilleure d’après la certitude que j'ai du zèle, de l’activité du citoyen Godart, chef de ce corps, et des officiers qui sont disposés à le seconder parfaitement. »
(Rapport du 10 vendémiaire an IX, 1er octobre.)
Cependant, sur un effectif de 1,863 hommes, il constata 1,308 absents. Le gros du 1er bataillon occupait Saint-Servan (145 hommes); 129 hommes du 2e étaient à Dinan, d’où ils revinrent à Saint-Servan. Alors le 1er bataillon entra à Port- Malo. Du camp même de Tremesse sortaient de nombreux détachements. Même quand le gros de la demi-brigade rentra à Rennes (brumaire, octobre), il resta une compagnie à Guemené, un poste à Locminé, un dans la presqu’ile de Rliuis, un dans celle de Quiberon.
A ce moment, la 79e dut fournir son contingent à la création d’une armée de 7 à 8,000 hommes, tirés des régiments de Bretagne et de Vendée, qui dut s’appeler Réserve de l'armée de Portugal, et être réunie à Tours, et dont le corps principal serait les Grenadiers Réunis (dépêche du 18 brumaire an IX, 18 novembre).
Les trois compagnies de grenadiers de la 79e, devant former un effectif de 300 hommes, partirent le 7 frimaire (27 novembre) de Vannes et de Rennes.
Ce corps ne dura pas; neuf de ces compagnies furent de retour à Vannes le H nivôse (31 décembre 1800). Néanmoins le titre de commandant des Grenadiers réunis resta à Pinoteau, chef de brigade, commandant la subdivision de Port-Malo.
Des détachements, les uns, et surtout les grenadiers, à l’intérieur partageaient la tâche de la gendarmerie contre les réfractaires et les brigands; les autres étaient à poste fixe sur le littoral, surveillant les apparitions et les tentatives des Anglais. Pour les premiers on vient d’en voir des exemples vers Fougères, Antrain, Dol. Voici quelques traits concernant les seconds.
Le commandant de la presqu'île de Rhuis vit, le 26 brumaire (16 novembre), une corvette attaquée par des Anglais s’échouer à la côte, et l’équipage fuir à terre, hors le capitaine et huit hommes qui tinrent bon, soutenus par les batteries du Petit- Mont et de Port-Navalo. Mais, serrés de près par les chaloupes ennemies, il leur fallut se retirer aussi, en faisant du moins sauter la corvette. Toutefois vingt hommes de la 79e se joignant à quelques-uns des marins dans les roches, forcèrent les Anglais de se retirer. Us s’étaient, dit le rapport, supérieurement conduits.
Quand, au début de 1801, la 79e reparut dans le Morbihan, le 1er bataillon, avec l’état-major, et le 2e occupèrent Vannes et Sarzeau (ventôse, mars).
Le 3e était à Auray. Trois détachements de trente à quarante hommes étaient postés à Grandchamp, Guéhenno et Bignan.
Mais le plus important était celui de Quiberon. Le 1er ventôse (19 février), son commandant renforça de douze de ses soldats un sloop chargé de blé qu’escortait le cutter l’Are, tous deux réfugiés devant les Anglais, non loin de Port-Haliguen. Deux chasse-marée, portant vingt-cinq autres soldats de la 79° demi-brigade, s’y réfugièrent aussi. Quatre chaloupes anglaises profitant du moment où, des quatorze hommes d’équipage du cutter, onze étaient à terre, vinrent l’enlever. Ensuite leur mousqueterie renversa quatre soldats sur le sloop qu’elles tentèrent d’aborder. Mais le caporal Coquet et le soldat Ablauc les reçurent à la pointe de la baïonnette. Repoussés aussi par les chasse-marée, les Anglais se retirèrent, emmenant l’Arc.
LETTRES, TIÈCES OFFICIELLES, NOTES
Contingents fournis par la 79° pour les expéditions des Antilles (avril 1801).
Les préparatifs de l’expédition des Antilles, dont on cacha longtemps l’objet, remontaient au mois de pluviôse an IX (janvier 1801).
La 79e demi-brigade qui ne comptait que 1,440 hommes, le 1er ventôse, dut fournir en germinal 150 hommes du bataillon en garnison à Vannes afin de compléter un corps de 400 hommes mis sous les ordres du contre-amiral Lacrosse, pour monter les frégates la Cornélie et la Cocarde , qui partirent le 1er floréal (20 avril).
Par arrêté consulaire du 14 floréal (3 mai), les 31e, 71e, 79e et 82e demi-brigade durent fournir chacune un bataillon pour former six bataillons à 600 hommes, destinés à l’expédition de Saint-Domingue.
Les réclamations du bataillon de Tréboutte parurent à l’administration supérieure justifiées, au moins en partie, comme le montre la dépêche suivante.
« Le Ministre de la marine au Ministre de la guerre.
« Embarquement de troupes sur les frégates expédiées de Lorient sous le contre-amiral Lacrosse.
« ... Toutes ces troupes se sont embarquées en manifestant les meilleures dispositions. Le détachement de la 79e demi-brigade témoigna seul du mécontement. Le préfet et les officiers supérieurs de l’expédition crurent même devoir interposer leur autorité.
* Les soldats de ce détachement qui faisaient partie du 2e bataillon de cette demi-brigade ont représenté qu’il leur était dû trois mois de l'an VIII; que les fonds en avaient été faits, mais qu’ils n'ont pu être distribués par effet de la malversation du quartier-maître de la demi-brigade. Ce quartier-maître est mort.
« Ces réclamations ont paru fondées, et le détachement montrant d’ailleurs de la soumission aux lois, de la bonne volonté, et ne s’élant pas écarté au point de faire de l’aquittement de la
solde une condition à son embarquement, le contre-amiral Lacrosse a obtenu du préfet maritime une somme de 4,800 francs pour faire face à cette réclamation. »
« 21 floréal an IX. »
L’embarquement s'effectua le 28 prairial (10 juillet). Mais le premier départ de Brest est seulement du 4 nivôse anX (24 décembre 1801). Il y eut des déplacements dans l’intervalle : ainsi le 6 thermidor (24 juillet) deux compagnies partirent de Brest pour aller, par Châteaulin et Carhaix, rejoindre le gros de la demi-brigade à Pontivy.
1801 (AZ, p. 80.)
Condition d’une demi-brigade da?is l’Ouest en 1801 et 1802.
En messidor la 79e présentait un effectif de 1,357 hommes dont 1,250 pour les deux bataillons; le reste c’était le cadre ou les débris de l'autre.
Le 15 fructidor (1er septembre), les trois compagnies de grenadiers partirent de Pontivy : elles arrivèrent par Hennebon à Vannes le 17. Le 3° bataillon partit le 5e jour complémentaire (21 septembre) pour Rennes. Mais, en brumaire, elle était presque tout entière réunie à Pontivy. Elle fournissait six cantonnements : Locminé, etc. Trois colonnes de grenadiers et de chasseurs battaient sans cesse le pays.
Voici un des rapports qui montrent à quel état un hiver passé dans ces conditions réduisait une demi-brigade.
« A Pontivy, le 11 nivôse an 10 (23 décembre) de la République française une et indivisible
« Godai’t, chef de la 79" demi- Brigade d’infanterie de bataille
« Au citoj’en Delaborde, général de Division, commandant par intérim l’armée, à son quartiergénéral, à Rennes
« Mon général,
« J’ai cru vous avoir fait un détail bien circonstancié de la misère qu'éprouvait la demi-brigade; mais, à mon retour ici, j'ai eu
LETTRES. PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
la triste satisfaction de me convaincre qu'elle était encore plus grande. En mon absence, on a achevé de disperser les compagnies de fusiliers. Elles sont réparties par quinze ou vingt hommes dans de méchants hameaux, et encore chaque cantonnement est-il obligé de faire continuellement des patrouilles à deux ou trois lieues de son arrondissement. Mes deux compagnies de grenadiers sont aussi pareillement en colonnes mobiles des cinq et six jours. Comment est-il possible que les masses suffisent à l’entretien du soldat? Et l'habillement, dans quel état doit-il être? Bientôt la demi-brigade sera couverte de haillons, et tous nos braves soldats seront exténués de fatigue. N’oubliez pas, je vous en supplie, mon général, la promesse que vous m'avez faite de me sortir de la Bretagne. Quelques mois dans une bonne garnison suffiraient pour réparer nos pertes, et pour travailler à notre instruction. Nos masses ont aussi besoin du repos du corps.
« L’intérêt que vous prenez, mon général, aux braves que vous commandez me fait espérer que vous n'oublierez pas ceux dont j’ai l’honneur d’avoir le commandement.
« Agréez en d’avance mes sincères remerciments, et croyez, je vous prie, à mon entier dévouement.
« Salut et respect,
« Godart.
« . Hier, la colonne de Locminé a capturé le fameux Gomé,
chef de brigands, et l’un des adjoints de Guillemot. »
La concentration des troupes, mesure réclamée par Godart et par d’autres, dans l'intérêt delà discipline et de l’instruction des troupes, fut prescrite dans ce mois même de nivôse. La 79° fut alors réunie à Vannes, Auray et Sarzeau, à la fin du mois; le 1er bataillon et ce qui restait du 2e à Vannes (et Sarzeau), le 3& à Auray. La désignation par numéros variait selon qu’on tenait ou non compte du bataillon passé à Saint-Domingue.
Mais le pénible service des détachements durait toujours.
Godart, qui eut alors un congé à passer dans la famille de sa femme, renouvela ses instances auprès du général Delaborde.
« A Saint-Servan le 26 pluviôse an X (Il février).
« Mon général,
« Je dois encore vous prévenir que si vous ne vous hâtez de donner des ordres pour qu’on me fasse passer des fonds, il me sera bientôt impossible de faire vivre plus longtemps le soldat. De toutes parts on lui refuse la viande et le pain de la soupe. 11 n’a pas un centime pour acheter des légumes. Nos masses sont si épuisées que nous n'avons pas un sol pour faire faire la moindre réparation. Enfin le soldat est nu-pieds.
« Jugez, mon général, de la position où je me trouve. Je vous prie d’y avoir égard.
« Il est dû à la troupe la solde de nivôse et pluviôse; l’indemnité de viande de la 3e décade de brumaire et des mois de frimaire, nivôse et pluviôse.
« On doit aux officiers la solde de frimaire et nivôse et bientôt celle de pluviôse; l’indemnité de viande de brumaire, frimaire, nivôse et pluviôse; et les logements du premier trimestre. Le tout s’élève à la somme de 36 à 40,000 francs.
« Vous êtes, mon général, notre unique espérance. Daignez vous occuper de nous et nous faire envoyer au plus tôt un prompt acompte. En le faisant vous rendrez la vie aux soldats, et à moi le plus signalé des services.
» J’ose, mon général, espérer l’honneur de votre réponse, et vous prier de prendre mon exposé en grande considération.
« Salut et Respect. »
« AS1 Servan, 28 pluviôse (17 février) an X.
« Mon général,
« J’ai l’honneur de vous adresser ci-joint la situation que vous m’avez demandé par votre lettre du 25 de ce mois.
« Permettez, mon général, que je saisisse cette occasion pour vous mettre sous les yeux la pénible situation de mes grenadiers. Depuis quatre mois, ils sont en courses après les brigands : marchant nuits et jours, et par des temps affreux, dans les landes du Morbihan, ils ont entièrement délabré leur habillement et ruiné leurs niasses. Aujourd'hui encore ils font ce service, mais ils me demandent des souliers, que je suis dans
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
l’impossibilité de leur faire fournir, faute de fonds. Ne serait-il pas possible, mon général, de les faire relever par ceux de la 71e, qui sont bien habillés, bien équipés, et depuis huit mois à S' Malo? Vous êtes le père de tous les soldats; vous êtes juste et impartial. Aussi j’ose espérer que vous daignerez prendre ma demande en considération.
« Veuillez, mon général, m’honorer d’une réponse.
« Salut et respect. »
Sur ces entrefaites, le ministre de la guerre avait désigné la 71e et la 79e demi-brigades comme devant fournir encore 300 hommes (8 nivôse) pour S1 Domingue. Le général de division Uelaborde, qui commandait par intérim l’armée de l'Ouest pendant les longs séjours de Bernadotte à Paris, répondit que c’était impossible; car, en dehors de leurs deux compagnies de grenadiers, la 79e n'avait plus sur pied que 139 fusiliers, et la 71e que 22 (29 pluviôse).
La 79e, toujours réduite au 1er et au 3° bataillons, fut alors envoyée à I’ort-Malo (redevenu S1 Malo) et à S1 Servan,et c’est dans l’intervalle qu’elle lit séjour à Bennes.
Quelque temps après, le premier Consul décida que toute demi-brigade ayant fourni un bataillon à l’armée de S1 Domingue y fournirait encore un contingent de 130 hommes. Bernadotte répondit (germinal) que, bien loin d’exiger un nouveau contingent il était extrêmement urgent de retirer de l’armée de l’Ouest les 77°, 79e et 82° demi-brigades, et le 19e régiment de chasseurs. . . « épuisés par les détachements qu'ils ont fournis pour les expéditions maritimes, et par le service pénible qu’ils font depuis longtemps, et les perles considérables qu’ils ont essuyées. »
Un contingent fut cependant prélevé pour St Domingue en floréal (mai).
Troubles dans l'armée au sujet de la solde et de la subsistance en particulier dans l'Ouest (1797-1802).
Si l’on étudie les faits d’indiscipline relevés dans les mémoires
du général Godart et tant d’autres monuments de son époque, on pourra les partager en deux sortes selon les temps.
Ce sont des révoltes d’indisciplinés au nom des principes révolutionnaires, à peu près de 1792 (ou plutôt 1789) jusqu’à environ 1797. Ensuite, quand se produit l'affermissement de l’esprit militaire en même temps que l'apaisement ou l’affaissement des sentiments publics, il n’y a plus guère que des actes provoqués par les privations, et souvent des résistances passives, à peu près de 1797 à 1802, jusqu’à ce que la discipline sans défaillances fasse l’honneur de la grande armée. Les désordres renaîtront à partir de 1808.
La cupidité et même, dans des réclamations fondées, la hardiesse excessive se répandirent dans les armées après qu’on eut connu le bien-être, suite des succès surtout dans l’armée d’Italie.
Sous cette impression se produisit à Milan le moment de désobéissance du corps de Bernadotte, puis de la 79° demibrigade. Mais ce fut peu de chose comparé au mouvement violent de l’armée du Rhin en cette même année 1797, rébellion réfléchie, régulière, disciplinée comme celles des vieilles bandes espagnoles.
Dès le 23 brumaire an V (13 novembre 1796), un agent de la République française à Bâle écrivait en présence de l’armée du Rhin : « On ne se bat plus pour consolider la République, pour le maintien de la liberté et de l’indépendance de la Patrie : on ne veut plus se battre que pour de l’argent. » (F. aussi AM, p. 275.)
Le dénuement des troupes tenait moins aux chefs du Gouvernement qu’aux malversations des administrateurs et bientôt des états-majors. Ceux-ci pillaient quelquefois le pays envahi, les premiers pillaient le pays et l’armée. De là une hostilité de l’élément militaire conlre l'élément administratif, qui éclata surtout à Mantoue, à Rome (pluviôse 1798), et qu’exprimait Championnet en parlant de « la race toujours dévorante des commissaires et des agents ». Godart, bien que ce soit dans un état-major qu’il a surpris les malversations à Corfou, exprime la même animosité.
Ces réclamations de la solde, ou plutôt du pain, amenèrent d’autres désordres encore plus graves.
Au mois de janvier 1800, en Provence, des régiments entiers,
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES 301
faute de solde et de nourriture, se soulevaient, réclamant au moins du pain, désespérés et redoutables.
Dans l'Ouest aussi, les troupes étaient sans habits, sans souliers, sans distributions de vivres assurées pas plus que la solde. Bernadotte, à son arrivée, avait constaté que la solde de huit décades était due à certains corps, et qu'il n’y avait pas eu de distribution de vêtements depuis trois ans.
Les ordres de départ étaient l’occasion de manifestations. La 60e demi-brigade en marche avait refusé, à la Flèche, d’aller plus loin si elle n'était pas payée (ventôse an VIII, mars 1800). Et on préparait la campage de Marengo !
564 hommes de la 13e légère, venant de Rrest et arrivés à Rennes, refusèrent de partir, aussi à cause de l’arriéré de leur solde (27 brumaire an IX, 17 novembre 1800).
Le 31e bataillon du train refusale service, le 22 pluviôse an IX (10 février 1801), parce que, depuis la lin de l’an VIII, la solde n’était pas payée.
On a vu plus haut le détachement du 2e bataillon de la 79e qui fit pareille difficulté, à Lorient pour s’embarquer, le 1er Boréal .
Le 23 floréal (12 mai), la 40e demi-brigade, à Tours, exigea le paiement de quatre mois d’arriéré.
On ne peutqu’être touché des désordres, ayant surtout le caractère de supplications arrachées par le besoin, dans la 31e demibrigade (19 prairial, 7 juin) dont un rapport du 30 vendémiaire reconnaît l’extrême dénuement.
C’est une résistance passive et muette que, comme les grenadiers de Godart, opposent, le 16 thermidor (3 aoôt), les troupes qu’on veut embarquera Brest sur l’escadre, que du reste arrêtait, depuis six mois, une indigence pareille à celle des Iroupes de terre.
Mais, à l’autre extrémité du territoire, vers la même époque, le général Delmas, commandant général du Piémont, vit éclater une révolte générale, et eut de la peine à se soustraire à la violence des soldats.
Ce dernier terme des excès se produisit aussi en Bretagne. La 12e demi-brigade, où s’étaient déjà produits des mouvements d’insubordination, rassemblée à Vannes, le 26 fructidor (12 septembre) pour quitter la Bretagne, refusa, le 28, de partir; le
3° bataillon dirigea ses baïonnettes contre le général de brigade. Celui-ci brûla la cervelle à un révolté porteur d’un drapeau, et reçut plusieurs blessures. Le 2° bataillon donna l’exemple du retour au devoir. Mais, en route, les soldats se livrèrent au pillage et aux violences (llapp. du préfet du Morbihan à Carnot.)
1802 (AAB, p. 82.)
La 79e demi-brigade dans le département de l'Aude (août-septembre 1802).
L'ordre ministériel du départ est du 30 messidor (18 juillet) : le lor bataillon destiné à Carcassonne, le 2e (ancien 3e) à Narbonne. Godart arriva à Nantes le 17 thermidor (4 avril), et en partit le 19; à Toulouse, le 11 fructidor (28 août), et en partit le 13. L’effectif était de 777 hommes.
La ville de Carcassonne avait demandé une garnison d’infanterie en vue de travaux publics, et en particulier du travail aux voies de navigation. Le général Gudin, commandant la 10e division militaire (Toulouse), avait combattu cette demande; mais lui-même demandait deux demi-brigades de plus pour sa division.
Le général Gouvion Saint-Cyr, commandant la 9e division (Montpellier), proposa aussi d’occuper les soldats aux travaux publics pour leur procurer quelque bien-être. Une dépêche du ministre, dans le même sens, parlait de la 79e demi-brigade et des canaux de Carcassonne et de Narbonne (20 vendémiaire, 11 octobre).
Les travaux du canal unissant Carcassonne au canal du Languedoc, commencés en 1788, arrêtés, repris en 1798, arrêtés encore, étaient repris depuis 1800.
1802 (AAC. p. 83.)
L'évêque de Carcassonne De la Porte (1756-1824).
Les bruits populaires dénaturaient singulièrement le passé de cet ecclésiastique.
DelaPorte (Armand-Ferdinand), né à Versailles le 27 septembre 1756, était fils d’un premier commis des finances, frère
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES 303
de l’intendant de la liste civile de Louis XVI, et du président du conseil du prince de Condé. Il étudia à S1 Sulpice, fut membre de l’assemblée du clergé en 1782, et devint grand vicaire de M. de Cicé, archevêque de Bordeaux.
En 1792, son frère, l’intendant de la liste civile, fut la première victime du tribunal du 10 août. Lui-même passa pour avoir péri dans les massacres de septembre. Mais il put se retirer en Angleterre, où il fut accueilli par une famille de l’aristocratie : il fut inscrit sur la liste des émigrés. On constate chez lui des occupations intellectuelles plutôt qu’une participation à la guerre civile, à cette époque.
Rentré après le 18 brumaire, il fut arrêté, relâché, et enfin choisi pour le siège de Carcassonne avant d’être rayé de la liste des émigrés. Il fut sacré à Paris, le 19 fructidor (5 septembre 1802).
A son arrivée à Carcassonne, il eut pour opposants, non seulement des partisans du clergé assermenté et des révolutionnaires, mais aussi des partisans de l’ancien évêque émigré qui n'avait pas donné sa démission.
Les Annales de la Religion, à qui il n’était permis de parler de quelques-unes de ces agitations que lorsqu’elles se produisaient dans les localités peu importantes, ne dirent mot des troubles de Carcassonne; mais insérèrent pourtant une protestation hardie de plusieurs ecclésiastiques assermentés contre l’évêque.
Dès le 3 pluviôse (23 janvier 1802), le Journal des Débats et le Courrier français avaient été menacés de mesures rigoureuses s’ils parlaient religion.
1802 (A AD, p. 83.)
Rapport sur les troubles du 7 et 8 brumaire à Carcassonne le 10 brumaire an IL
« Godart, chef de la 79e demi-brigade d’infie de ligne
« Au général de division Gudin, commandant la 10e division militaire.
« Citoyen général,
< Le 7 du courant Mr l’évêque a fait son entrée dans cette ville. Son arrivée a fait sur l’esprit des habitants une sensation peu vive. Le lendemain 8, il nomma ceux des prêtres qui devaient
officier dans les églises des différentes paroisses de cette ville, et qui, le soir même a environ 7 heures, vinrent exercer une espèce d’exorcisme dans les églises où des prêtres constitutionnels avaient officié depuis très longtemps. Cette opération religieuse dont je ne me permettrai pas de juger Futilité a failli troubler la tranquillité publique. Un peuple nombreux s’est porté aux portes des églises, et voulait pénétrer dans l’intérieur. On vomissait déjà des injures et toutes sortes d’invectives lorsque des détachements de la force armée ont fait dissoudre les rassemblements qui n’ont eu aucune suite fâcheuse, si ce n’est des huées et quelques pierres qui ont été lancées contre les prêtres, mais qui n’ont atteint que quelques soldats qui les escortaient.
« Le 9 t, les nouveaux prêtres sont venus officier et dire la messe dans les églises qu’ilsavaient exorcisées la veille. Lepeuple s’y est jeté en plus grand nombre que la journée précédente. Les cris, les huées, les injures et les sifflements ont recommencé, et il n’est pas douteux que, sans l’aspect des nombreuses gardes, tant cavalerie qu’infanterie, que j’avais envoyées à toutes les églises, on se serait livré à des excès.
« A celle de S1 Vincent, quelque nombreuse qu’elle ait été, elle n’a pu empêcher que le prêtre en sortant de l’église, ne reçoive quelques coups. Il a été blessé d'un coup de pierre à la tété. C’est dans cette paroisse où le peuple a paru le plus mutin.
« Cependant les esprits s’échauffent, et le mécontentement est grand : il parait n’être excité que parle changement des prêtres. Un d’entre eux qui officiait à l’église S1 Michel, conservé dans •ses fonctions depuis les principes de la Révolution, qui passe dans l’esprit du plus grand nombre pour un honnête homme et un prêtre zélé, est remplacé par un autre prêtre qu’ils ont en horreur et qui, disent-ils, est d’une mauvaise conduite, et qu’ils citent pour avoir toujours été l’ennemi de la Révolution. 11 en est à peu près de même des autres. Ils se plaignent tous des remplaçants, et louent la conduite des remplacés.
« Le 10, d’après l’arrêté du Préfet, qui ordonnait que les prêtres choisis par Mr l’évêque seraient les seuls qui pourraient officier dans les églises, je donnai des ordres pour que toute la troupe prit les armes. La plus forte partie fut envoyée aux trois églises •qui forment les trois paroisses de la ville, mais le peuple y était
Dimanche.
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
déjà assemblé, et en plus grand nombre que le jour précédent. On avait à craindre quelques suites fâcheuses : les cris du peuple ameuté annonçaient les excès où ils étaient disposés à se porter, et l'impatience de les voir arriver. Mais les prêtres ont refusé d’y venir faire le service. En conséquence le Préfet a décidé que les églises resteraient fermées. La troupe s’est retirée, et les rassemblements se sont dissous.
« Dans la campagne les esprits sont également en mouvement. Lorsque les communes ont appris l’arrivée de Mr l’Evêque, elles ont envoyé à Carcassonne des personnes pour s’informer de la manière dont il commencerait ses fonctions, et pour les en instruire. La plupart de ces envoyés ont paru manifester que les prêtres nouveaux qu’il enverrait chez eux ne seraient pas reçus.
« Dans de semblables circonstances on ne peut pas prendre trop de précautions pour laisser le peuple jouir de la tranquillité qui est établie dans le département. C’est, je pense, le but du gouvernement. Aujourd’hui elle est essentiellement troublée dans le chef-lieu. Comment faire pour rappeler le bon ordre ? Mr l’Evêque a nommé les nouveaux prêtres qui doivent remplacer les anciens. Reviendra-t-il sur ses pas? S’il persiste dans cette nomination le peuple ne se tranquillisera pas : je crois qu’il lui est naturel de se porter à des excès. D’ailleurs il avait une confiance entière dans les prêtres qui, depuis la Révolution, ont continué leurs fonctions sacerdotales, et qui, je pense, se seraient entièrement conformés aux ordres de Mr l’Evèque : il devait donc les leur laisser. Si le Préfet, qui doit connaître le caractère des habitants de ce département, en eût fait part à Mr l’Evêque, tout peut-être eut resté tranquille. Mais il y a peut-être été trompé lui-même.
« Quels que soient les troubles qui s’agitent, mon Général, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour les apaiser : les lois, les règlements et vos ordres seront mes guides.
« L’installation de Mr l’Evêque n’aura lieu que dimanche prochain.
« P. S. Si le Préfet a ordonné la fermeture des portes, ce n’est sans doute pas par crainte; car j’avais pris toutes les mesures nécessaires pour prévenir les accidents qui pouvaient survenir, et j’avais pris sur moi d’arrêter tout le désordre.
BARON GODART
1802 (AAE, p. 85.)
Troubles de Carcassonne. — Difficultés pour cette garnison ( Octobre 1802 -février 1803).
« Extraits des rapports décadaires du général Gudin, commandant la 10e division :
« 15 brumaire (6 novembre).
« Le 10 brumaire, après la fermeture des églises par ordre du Ère le t, la ville de Carcassonne a été assez tranquille. Mais les événements du matin de ce jour et des précédents faisant craindre du tumulte pour celui de l’installation de Monsieur l'Évêque, il crut prudent de remettre provisoirement en fonctions les prêtres constitutionnels. Alors les troubles ont été délinitivement apaisés, des cris de joie ont retenti dans toutes les rues et des témoignages de reconnaissance adressés au président du tribunal criminel, qui servit de médiateur dans cette aventure.
« M. l’évêque aura de la peine à se rétablir dans l’opinion publique qu’il aurait dû ménager davantage.»
« 17 brumaire (8 novembre).
« L’installation de M. l’évêque de Carcassonne a eu lieu avec beaucoup de tranquillité. Depuis que les prêtres soumis au gouvernement ont été remis en fonctions, tout désordre acessé. »
On peut consulter aussi deux mandements de l’évêque, l’un du 31 octobre, l’autre du 5 novembre, relatifs à ces désordres.
Carcassonne, à cette époque, nous donne des exemples de la situation difficile des fonctionnaires et, parmi eux, des militaires, au milieu des passions extrêmes du midi.
Elles étaient animées surtout contre les chasseurs du 25e. Est-ce parce qu’ils avaient amené les pompes qui dissipèrent l’attroupement du 9 brumaire? On se plaignit de leur présence dans un pays peu riche en fourrages.
Le 22 frimaire (12 décembre), les chasseurs furent insultés jusque dans leur quartier. Sur le rapport des officiers, Godart provoqua des poursuites. Mais, le 2 nivôse (22 décembre), Génie, substitut de l’accusateur public, donna pour réponse que les inculpés n’avaient pas été les agresseurs, et qu’on manquait de témoins.
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
De même le général Guillet, successeur de Gilly, injurié, poursuivit vainement une réparation (pluviôse, février 1803).
1803 (AAF, p. 88.)
La 79e demi-brigade passe du département de l'Aude à Bayonne (, septembre-novembre 1803). j
Le déplacement de Carcassonne à Bayonne ne se fit pas tout d'un coup. A la fin de fructidor (septembre), le général Gudin, à propos d’une conspiration chimérique, appela à Toulouse la majeure partie du 3e bataillon reconstitué, de Carcassonne. Ce n'est qu’en vendémiaire (octobre) que le 1er bataillon partit. Le 2e, quittant Narbonne pour le suivre, fut rejoint à Carcassonne par les deux compagnies placées dans l’Ariège (24 vendémiaire, 15 oclobre).Ce n’est qu’au commencement de frimaire (fin de novembre) que le corps fut réuni à Bayonne.
Il y avait là un des six camps, de 25,000 hommes chacun, établis, au mois de juin 1803, à Bordeaux, etc. Augereau y commanda jusqu’à la fin de décembre.
1803 (AAG, p. 88.)
La 79e demi-brigade devient le 79s régiment recruté de la 77”, etc.
Un arrêté consulaire du 4 vendémiaire (25 septembre) avait rétabli pour l'infanterie les appellations de régiment et de colonel.
Un régiment dut comprendre quatre bataillons et trente-six compagnies dont quatre de grenadiers, et présenter un effectif de 2,730 hommes sur le pied de paix, et 4,320 sur le pied de guerre.
La 77e demi-brigade, qui fut alors incorporée dans le 79e, avait été constituée à Bennes le 22 nivôse an VII (14 janvier 1799), de détachements divers de conscrits et de réquisitionnaires. Elle avait servi dans l'Ouest, et fourni un détachement pour Saint- Domingue, l’an X (1802).
Quand des menées et de l'agitation furent signalées dans l’armée de l'Ouest, la 77e fut désignée pour être envoyée à Bordeaux. Elle était alors en garnison à Saint-Brieuc. Son chef LaMartinière écrivit au ministre pour justifier sa demi-brigade et lui-même (20 messidor an X, 5 juillet 1802). Le déplacement
n'en n'eut pas moins lieu, et fut suivi de l’incorporation à la 79°.
Le 79e régiment se recrutant dans les Deux-Sèvres, le colonel reçut l'ordre (du 27 frimaire, 17 décembre) d’envoyer ses conscrits au point le plus éloigné pour éviter les désertions; c’està-dire que, lors de la séparation des bataillons, le 4e ou dépôt resta à Bayonne.
En effet le camp de Bayonne étant remplacé par le cantonnement de Saintes qui devait contenir deux demi-brigades d’infanterie et une de cavalerie, en tout 5 à 6,000 hommes, les deux premiers bataillons du 79° complétés à au moins 800 hommes, effectif de guerre, aux dépens des deux autres, partirent de Bordeaux le 10 nivôse (30 décembre 1804). Us arrivèrent à Saintes le 13, et furent cantonnés : le 1er à Charente, Surgères, etc. , le 2e à Rochefort. Le commandant du cantonnement fut le général Lagrange, un des quatre inspecteurs de la gendarmerie, qui arriva le 10 ventôse (28 février).
Le 3e bataillon resté à Bordeaux, composé de recrues mal armées et mal vêtues (rapport du 26 frimaire, 16 décembre 1803), envoyait des détachements à la Teste et à Verdon.
1804 (AAH, p. 89.)
Querelles entre chefs de corps à lu Rochelle ( juin 1804 -avril 1805).
Le commandant de place de La Rochelle était le colonel Duplouy.
Les difficultés commencèrent au mois de messidor (juin).
C’est vers le 1er vendémiaire que le colonel Godart fut mis aux arrêts. Avis en fut aussitôt donné au ministre. Là-dessus arriva le général de brigade Claparède qui les fit lever. La réponse du ministre vint ensuite, adressée au général commandant la 12e division.
« 12 vendémiaire (3 octobre) an XIII
« Je suis informé, Général, que le commandant d’armes de La Rochelle a mis aux arrêts jusqu’à nouvel ordre le colonel du 79e régiment d'infanterie pour avoir empêché à la garde de se rendre sur la place d’armes. J’ai fait remarquer à ce commandant d’armes qu’il aurait dû vous rendre compte de ces événements, et que d’un autre côté les règlements militaires s’opposent à ce que l’on ordonne les arrêts sans en déterminer
la durée. Je lui ai prescrit, si fait n’a été, de lever les arrêts de ce colonel.
« Je vous salue avec une considération distinguée. »
Le cantonnement de Saintes ayant été dissous (ordre du 11 vendémiaire, 2 octobre), les généraux Lagrange et Claparède durent se tenir prêts à s’embarquer sur l’escadre de l’amiral Magon avec 3 ou 4,000 hommes sans que le 79e y fût compris. Cette situation indécise augmenta les difficultés des rapports. Elles continuèrent particulièrment pour les gardes de la place, même en l’absence du colonel Godart. En effet, pendant qu’il était à Paris pour le couronnement de l’Empereur, se produisit le désordre signajé dans la lettre suivante :
« Le Sénateur ministre de la police générale de l’empire « à M. le Maréchal Ministre de la guerre.
« 18 frimaire an XIII (4 décembre 1804).
« J’ai 1 honneur de vous informer, Monsieur le Maréchal, que la correspondance que je reçois de La Rochelle m’annonce que, le 2 de ce mois, le service de la garnison y a été subitement interrompu; que vers les six heures du soir, tous les postes, tous les factionnaires ont été retirés, et qu'il n’est pas resté une seule sentinelle, ni aux postes de la ville ni aux poudrières, ni aux canons de remparts, ni aux prisons ; que cet état de chose a duré jusque vers minuit; qu’alors les postes ont été rétablis; que tout est rentré dans l’ordre accoutumé, par l’entremise et médiation d’un membre du Corps Législatif qui habite cette ville. Quoique je ne doute pas que Votre Excellence n’ait déjà été instruite de ces faits et des circonstances qui y ont donné lieu, j’ai cru cependant devoir lui transmettre l’avis que j’ai reçu.
« Fouché. »
Godart, aussitôt après son retour à La Rochelle, trouva dans l’état sanitaire de son régiment un motif à demander un changement qui l'affranchirait de ces zizanies. Les fièvres s’étaient montrées en juillet, et, au commencement d’août, ses deux bataillons avaient 230 fiévreux à l’hôpital. Sa demande amena le rapport suivant, des bureaux au ministre de la guerre :
Rapport an Ministre de la guerre (par les bureaux).
« 1er nivôse an XIII (22 décembre 1804)
« Le colonel Godart, commandant le 79e régiment, expose que depuis près d'un an, les deux premiers bataillons de ce corps sont stationnés à Rochefort et à la Rochelle, et qu’il a perdu beaucoup de monde par l'insalubrité du pays.
* 11 demande une autre garnison, attendu qu’il a encore en ce moment 160 hommes aux hôpitaux.
« Les deux premiers bataillons du 79e régiment faisaient précédemment partie du cantonnement de Saintes, mais d’après les ordres du 11 vendémiaire, qui déterminent les compositions des troupes aux ordres du général Lagrange, ces deux bataillons ne s’y trouvent pas compris.
« Monsieur le Maréchal a proposé à l’Empereur par deux rapports successifs, de faire passer ces deux bataillons sur la frontière des Pyrénées où se trouvent employés les 3e et 4e. »
Pendant les tracasseries de La Rochelle, le 4e bataillon avait été employé à la fin de frimaire (décembre 1803) à former un cordon sanitaire sur la frontière d’Espagne, à Pau, Navarreins, Saint-Jean-Pied-de-Port etSaint-Jean-de-Luz. Le 3e bataillon avait envoyé, le 29 pluviôse (19 février 1804), une compagnie dans le département des Landes, où quelques troubles religieux s'étaient produit à Bassompons.
L’épidémie redoublant en Espagne, sept compagnies des 3e et 4e bataillons formèrent un cordon sanitaire plus rigoureux, qui fut complet, le 21 vendémiaire (13 octobre), d’Hendaye à la vallée d’Ossau. Il ne restait que deux compagnies à Bordeaux. C’est alors qu’il fut question d’envoyer aussi aux Pyrénées les deux premiers bataillons, après la dissolution du cantonnement de Saintes.
Le 20 nivôse (10 janvier 1803), Godart, avec son premier bataillon, quitta La Rochelle pour Rochefort; ( deux compagnies restèrent à Saintes. Un mois après, une compagnie fut postée à Marennes et un détachement à Fouras, pour les défenses des îles. Le second bataillon ne tarda pas à quitter aussi La Rochelle.
Le 17 ventôse (8 mars), ordre fut donné que le 79e fournît
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
600 travailleurs pour le fort Boyard. Au même moment il subit un démembrement bien plus grave. Les cinq premières compagnies du 3e bataillon et 150 hommes du 4e, en tout 750 hommes, furent expédiés en Espagne au Ferrol.
Godart, quitta Rochefort en avril 1805.
1805 (AAI, p. 89.)
Le 79e régiment à Casai (mai-septembre 1805).
« A Turin, le 30 floréal an XIII (10 mai).
« Godart, colonel du 79° régiment d’infanterie de ligne, oflicier de la Légion d'honneur « A Son Excellence Monsieur le Maréchal Ministre de la guerre.
« Monseigneur
« Conformément aux dispositions que Votre Excellence a ordonnées, les deux premiers bataillons du régiment que je commande, ainsi que les 3e et 4e compagnies, seront rendues à Casai et à Valence le 12 et 14 prairial (1er et 3 juin) prochain, et par suite des mêmes ordres le dépôt, composé du 3e et 4e bataillon, est resté à Lyon.
« Cette ville étant éloignée de plus de cent lieues de celles que vous avez assignées pour garnison aux bataillons mis sur le pied de guerre, une distance aussi grande, jointe aux difficultés des communications, par rapport au Mont-Cenis, mettra beaucoup d'inexactitude et de retard dans la réception des effets d’habillement et d’équipement qui doivent être envoyés des bataillons de paix. Je prends donc, Monseigneur, la liberté de solliciter auprès de Votre Excellence, pour que, si rien ne s'y oppose, le dépôt reçoive l’ordre de se rendre dans une des places de la 27e division, et qui soit le plus à proximité possible de celles qui seront occupées par les bataillons de guerre.
« Aux motifs que je viens d'alléguer pour demander cette faveur, je dois ajouter que la vdle de Lyon, par son étendue et les moyens de débauche que les soldats y trouvent, est en quelque sorte pernicieuse pour la troupe, et qu’elle n’offre aucune facilité pour instruire et bien discipliner les hommes de nouvelle levée. J’ajouterai encore que tous les ouvriers et leurs em-
ployés aux ateliers du dépôt ayant été enlevés pour compléter le détachement de 750 hommes partis pour le Ferrol, au mois de ventôse, il n'a pas été possible de les remplacer, ceux conservés aux bataillons de guerre, lors de leur séparation des deux autres bataillons, étant en trop petit nombre, et à peine suffisants pour les réparations, et par cette raison le régiment se trouve infiniment gêné pour faire confectionner les habillements de l’année, attendu qu’on s’est trouvé dans la nécessité d’en conserver quelques-uns aux mêmes bataillons pour entretenir l’habillement en bon état.
« Cette difficulté cesserait d'exister si le dépôt se trouvait plus rapproché, puisqu’alors on aurait plus de facilité pour lui donner les ouvriers dont il a besoin.
« Je vous prie, Monseigneur, de prendre tous ces motifs en la plus haute considération.
« J’ai l’honneur d’être. . . »
Cette demande parut fondée, car le Ministre répondit, le 14 prairial (3 juin), de Milan, au colonel du 79e régiment à Casai : « Sa Majesté parait avoir l’intention de réunir, lorsque les circonstances le permettront, le dépôt, ainsi que les 3e et 4e bataillons aux deux premiers bataillons de ce régiment ».
Le 79e arriva à Casai le 22 prairial (1er juin), et dut détacher un bataillon sur Valenza où il arriva le 14. 11 se trouvait dans la 28° division militaire (Alexandrie) commandée parle général Chabot. Les soldats travaillèrent, à Valenza, à des démolitions dont les matériaux étaient employés à Alexandrie.
L’Empereur, peu satisfait de 1 instruction de plusieurs régiments en Italie, fit donner ordre à Chabot de réunir à Casai les deux bataillons du 79e, et de les faire manœuvrer.
Pendant ces manœuvres l’empereur était déjà passé de la Lombardie à Boulogne, et c’est de là qu’une inspection générale était prescrite à Menou, par cette dépêche du 27 messidor an XIII (15 juillet) :
« Le Ministre de la guerre au général de division Menou, commandant général des départements au delà des Alpes.
« Je vous préviens, Général, que Sa Majesté l’Empereur a vu avec peine que le 79e régiment composé de soldats instruits,
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES 313
ne paraissait pas avoir l’habitude des mouvements de ligne....
. Vous vous rendrez également à Asti, où vous passerez
une quinzaine de jours que vous employerez à faire manœuvrer les bataillons du 79e régiment, et les quatre bataillons du 56e que vous y réunirez. »
Le général Chabot écrivit, dès le 12 thermidor (30 juillet), au Ministre :
« Je n’ai que les comptes les plus satisfaisants à vous rendre. Le 79e régiment qui, d’après les ordres particuliers de Sa Majesté, a etc réuni en entier à Casai, s’exerce journellement, et je me suis assuré par moi-même que ce corps est un des plus instruits de l’armée... »
C’est alors que le 3° bataillon (renouvelé) et le dépôt devenu 4e bataillon reçurent ordre de rejoindre les deux premiers. Partis de Lyon le 27 thermidor (14 août), ils parvinrent à Turin le 12 fructidor (29 août). De là ils gagnèrent par eau Casai, où les quatre bataillons se trouvèrent quelque temps réunis.
1805 (AAJ, p. 91.)
Préliminaires et ouverture des hostilités en Italie (septembreoctobre 1805). Place qu’occupe le 79”.
L’armée, sous Masséna, qui venait de remplacer Jourdan, forma d’abord trois divisions. Celle de Molitor, division de réserve, fut composée d’une brigade commandée directement par lui, et de celle du général Herbin, composée du 23e et du 79e. Ajouterla cavalerie du général d'Espagne (ordre du 28 fructidor, 14 septembre).
Le 79e avait 230 hommes dans le fort de Vérone. 11 occupait Somma-Campagna, Quaderni, Rosegaferro et Pizzoletta. Les grenadiers étaient à Isolara.
11 fut envoyé de là à Monzembano, pour des travaux. Son dépôt fut placé à Lecco.
Le4 vendémiaire (25 septembre), l’armée forma cinq divisions. La division de Molitor, devenue la 3e, placée à Villa Franca, Provigliano, etc., fut composée de trois brigades : celle de Launay com-
prenant un bataillon du 79° à Pizzoletta; celle de Yalory comprenante 60° et le 79°, forte de 6,700 hommes, et celle d’Herbin.
Launay et Valory venaient d'arriver à l’armée.
L’Adige avait été franchi sur le pont du Vieux Château, et Véronette enlevé dès la nuit du 25 au 26 vendémiaire (17 à 18 octobre), pendant que la division de Molitor surveillait les ponts de la ville. Puis on avait attendu les événements d’Allemagne. La division Molitor eut son quartier général à Ca-di-David s’étendant en avant et à droite jusqu'à San Giovanni.
Pendant ce temps l’archiduc Charles se fortifiait à Caldiero et aux alentours. Enfin arriva la nouvelle de la capitulation d'Ulm, et on agit.
1805 (A AK, p. 92.)
Bataille de Caldiero ; rôle important du 79°
(29 et 30 octobre 1805).
Les divisions Gardanne, grossie de la réserve des grenadiers, et Duhesme firent reculer les Autrichiens. A midi, la division Molitor, ainsi que la cavalerie, sortirent de Vérone, et, comme elle avait eu le moins à faire, le 26 vendémiaire, elle forma l’avant-garde en avant de Vago, des deux côtés de la route. Tous les voltigeurs réunis eurent l’honneur principal de l’action. Après eux, on y attribua une plus grande part au 60e qu’au 79e. A quatre heures du soir la division était devant les hauteurs de San Giacomo. Ces positions prises, perdues et reprises, rendirent les Français maîtres du défilé de Vago entre les collines de Colognola et la plaine basse du Zevio ou Zibio.
Le lendemain 8, Masséna plaça en ordre de bataille la 4e division (Duhesme) à droite, la lre (Gardanne) au centre, la 3e (Molitor) à gauche, en avant de Ca-dell-Ara, en face de Colognola. Plus loin, sur les ailes, devaient opérer la 2e (Verdier), qui franchirait l’Adige inférieur et tournerait les Autrichiens, et la 5e (Servas) qui passerait au nord l’Adige supérieur.
Masséna voulait attendre les rapports de ces deux divisions et surtout de Verdier. Mais l’archiduc Charles attaqua. Cet effort fut infructueux, et à deux heures les Français attaquèrent à leur tour. Duhesme enleva Calderino, et Molitor Ca-dell Ara. Mais notre centre fut repoussé.
Ordre alors fut donné à la division Molitor de se porter en avant et d’enlever les hauteurs de Colognola. Elle fut la première complètement engagée.
La brigade Launay (5e et 23e régiments) s’avance sur la gauche pour déborder et tourner les retranchements ennemis. La brigade Valory est à droite, le 79e tenant l’extrême droite, auprès de la gauche de la division Gardanne.
Molitor va attaquer lui-même de front avec le 60e; il prescrit à Valory de le suivre avec le 79e.
Mais 10,000 Autrichiens descendent des retranchements de Colognola sur San Giacomo pour envelopper la division Molitor, en même temps qu'une autre colonne de 4,000 Hongrois au moins sort aussi des retranchements et menace la gauche de la division Gardanne en la séparant de Molitor.
Molitor, guidant le 60e, fait, malgré le nombre et une vive résistance, reculer la colonne qui l’attaque, gravit la hauteur et arrive au pied des retranchements de Colognola.
Pendant ce temps le 79e se trouve mêlé à la lutte soutenue par Gardanne. Celui-ci a vu paraître, à droite, au lieu de Verdier, une colonne autrichienne qui s’avance sur Vago, et au combat furieux qu’il soutient contre les défenseurs deCaldiero, voit s’ajouter deux attaques sur ses flancs. Il recule.
Le 79e, avec Valory et Godart, a tenu bon, se trouve avancé, mais un peu éparpillé, et, en présence de la seconde colonne ennemie, ne peut céder le terrain sans se compromettre.
Molitor pourtant compte sur lui quand le 5e, soutenant le 60e, arrive d’un élan à planter deux aigles sur les retranchements ennemis.
Au lieu du 79e, c’est la cavalerie ennemie : elle le harcelle sur ses flancs, et même sur ses derrières.
Mais la colonne qui avance contre Gardanne présente le flanc au 79e. Le 79e alors, par un à droite en bataille, à la voix de Valory, et parla décharge générale qu’ordonne Godart sur la droite de la colonne ennemie, suivie d'une charge à la baïonnette, la met en déroute, enlève un bataillon et plusieurs autres centaines de prisonniers, puis fait reculer un régiment de hussards qui venait renforcer l’attaque de la colonne.
Pendant ce temps-là, à gauche, Molitor compromis recule.
Mais le général de brigade Launay, revenant par Cologuola Bassa, dépasse, comme le 79e, les retranchements de Colognola. Le 60e stimulé revient en avant au soutien du 5e. Toutefois, renforcées, les troupes autrichiennes reprennent le terrain. Alors le succès du 79°, presque en arrière d'elles, les arrête.
Au sud, les masses ennemies se renouvelant contre Gardanne, se ressentent aussi de la disparition de la colonne hongroise. Le 79e, tenant ferme jusqu’à la nuit, donne le temps aux divisions Gardanne et Duhesme de se réunir et de renouveler l’attaque, menées par Masséna en personne. Les Autrichiens sont renversés enfin, les retranchements de Caldiero sont un instant dépassés comme ceux de Colognola : mais les Autrichiens s’y maintiennent inexpugnables.
La division Molitor, revenue à Ca-dell-Ara, y bivouaque. La division Gardanne bivouaque à Caldiero, la division Duhesme à Gambioni. Puis Masséna se rabattit sur l'Adige.
Les Autrichiens s’attribuèrent la victoire de cette journée, indécise, acharnée, où on ne lit presque pas de prisonniers, excepté du côté du 79°.
Les Français eurent 3,000 morts ou blessés et 300 prisonniers.
Les Autrichiens eurent 3,870 morts ou blessés (dont 300 par le 79e, disent certaines relations) et 1,800 prisonniers. Mais un de leurs corps, de 5,000 hommes, dut se rendre le lendemain presque tout entier.
Le 79e eut 6 officiers blessés, dont un mourut de ses blessures.
Le colonel Godart ne jugea pas que Molitor mit assez en relief, dans son rapport, le rôle du 79e, de son colonel et du général de Valory; mais ses plaintes semblent exagérées quand on lit le rapport ci-dessous de Molitor. 11 est vrai que ce rapport est daté du 20 brumaire, c’est-à-dire douze jours après la bataille, et que Godart parle d’un rapport adressé le lendemain de la bataille. Ses observations et celles de Valory eurent-elles assez de poids pour que Molitor modifiât son rapport? En effet, on n'y trouve pas le reproche accentué contre lequel Godart récrimine; on y trouve au contraire, après une critique de forme atténuée, l’exposé véridique, élogieux même de ce qu’a
LETTRES, PIÈCES OEFICIELLES, NOTES
fait le 79°. 11 semble donc que le rapport fut remanié sans que Godart l’ait su.
Toutefois si le 79e, restant attaché à sa division, eût assuré le succès des elforts brillants et énergiques de Molitor, et que c’eût été la division entière qui eût menacé le flanc et les derrières des défenseurs de Caldiero, n'aurions-nous pas remporté une victoire complète?
Mais aussi, si la division Gardanne, privée du concours du 79e, eût été renversée avant le succès complet de Molitor, n'aurionsnous pas essuyé une défaite complète?
1805 (AAL, p. 93.)
Rapport de Molitor sur la bataille de Caldiero.
« Pordenone, 20 brumaire an XIV (10 novembre).
« A Monsieur le Maréchal Masséna, commandant en chef l'armée d’Italie.
« Le lendemain 8, je m’emparai de la position en avant de Cadi Lara', et je rangeai ma droite en bataille en face des hauteurs de Colognola dont je devais, d’après vos ordres, attaquer les retranchements, et qui étaient occupées par l’aile droite de l'armée autrichienne sous les ordres du général de Bellegarde. Je chargeai alors le général de brigade de Launay, avec le 5e et le 23e régiments d’infanterie et 100 dragons du 29e régiment, de tourner la droite de ces retranchements, tandis que je les attaquerais de front avec la brigade du général Valory. Cet ordre était à peine donné que l’épais brouillard qui régnait depuis le grand matin, se dissipant, nous laissa voir une colonne de 10 à 12U00 hommes descendant des hauteurs retranchées de
Colognola pour envelopper ma division .
« Je pressai donc le mouvement de la brigade de gauche (le général Launay); je plaçai en réserve un escadron de 29e de dragons avec le 4e bataillon du 60e; j’envoyai l’ordre de me suivre au général de Valory qui se trouvait avec le 79° régiment à l’extrême droite de ma division, et, sans attendre que les généraux de Launay et Valory aient effectué leur mouvement, je me portai avec les trois premiers bataillons du 60e régiment au-devant
• Ca-dell-Ara.
de la colonne autrichienne, que ce mouvement exécuté avec résolution fit reculer dans ses retranchements. »
(Après l'exposé de l'attaque vigoureuse et entraînante où le 5° plante deux aigles sut • les retranchements, et le 60e arrive sur le fossé de la plus haute redoute, Molilor continue :)
« ... lorsque je m'aperçus qu'au lieu d’être suivi et soutenu par le général Valory avec le 79e régiment, mes derrières étaient harcelés et attaqués par la cavalerie ennemie. Je dus m’estimer heureux alors d’être parvenu à faire rebrousser chemin à l’aile droite autrichienne, et à faire échouer les projets offensifs d’un ennemi aussi supérieur en nombre. Je m’attachai dès lors à maintenir les troupes dans la position dont elles s’étaient emparées; je m’occupai à chasser l’ennemi de mes derrières, et je parvins à rétablir mes communications.
« Pendant que je m’étais avancé sur les retranchements de Colognola pour repousser la colonne ennemie qui en descendait, une autre colonne autrichienne, sortie également de ses retranchements, avait attaqué la division Gardanne qui se trouvait à ma droite. Cette division ayant d’abord cédé du terrain, il en est résulté que mes derrières se sont trouvés pendant quelque temps à la merci de l’ennemi. Cependant le 79e régiment qui, au commencement de l’action, se trouvait à la gauche de la division Gardapne, et s’était laissé entraîner à prendre part à la lutte que soutenait cette division, profita avec ardeur et bonheur de sa position de flanc pour charger à revers les assaillants de la division Gardanne, fit mettre bas les armes à un bataillon autrichien, et contribua à faire un plus grand nombre de prisonniers.
On peut remarquer dans ce rapport, avec le témoignage dû au 79e régiment, l'aveu par Molitor de sa témérité à s’engager sans s’assurer que tous ses régiments le suivaient.
1805 (A AM, p. 94.)
Itinéraire de la division Molitor ( comprenant le 79e régiment) de Caldiero à la sortie d'Italie (30 octobre- 17 novembre).
Le 9 brumaire (30 octobre), Verdier passa l’Adige inférieur,
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
et il y eut un engagement entre Masséna et l’archiduc Charles. On se préparait à une nouvelle bataille. La division Molilor occupait les hauteurs de Lavagno, en arrière d’un grand ravin. Mais les nouvelles d’Allemagne décidèrent l’archiduc à la retraite : le général Frimont commandait son arrièregarde.
Le II (1er novembre), en suivant l’ennemi, la division Molitor passa à Soave, et arriva le soir sur les hauteurs de Montebello. Le débordement du Bacchiglione, en amont de Vicence, la força de se rabattre au sud, car elle formait toujours la gauche, soutenue de la cavalerie d’Espagne, et allant de l’avant avec la division Gardanne (centre).
Le 12, elle livra un combat au delà de Montebello, débusqua l’arrière-garde autrichienne des hauteurs qu’elle occupait, et lui fit 600 prisonniers (les Mémoires de Masséna disent 800). Elle s’établit à cheval sur la route de Vicence.
L’ennemi demanda un délai pour évacuer Vicence. Gardanne eut la sottise de refuser (G. de Vaudoncourt). On s'avança inconsidérément, on dirigea une canonnade inutile, enfin on recourut aux obus. Nos officiers consommaient à regret des munitions pour servir un caprice extravagant ( id .).
Enfin, le 13 au matin, G. de Vaudoncourt découvrit et fit enfoncer une fausse porte, et les Français entrèrent à huit heures du matin.
Ce jour-là, le combat de San Pietro en Gu nous donna 900 prisonniers (dans Masséna 1000).
Le 14, après le passage de la Brenta (et la part qu’y prit Godart), la division de Molitor bivouaqua en avant de Castellianco sur la grande route.
Le 13, elle bivouaqua à Gastelletti; le 16, en avant de Loradina, où on fit séjour; le 18, à San Giovanni de Sopria. Le 19, on passa la Piave, et on atteignit Conegliano. La division Molitor s’arrêta en avant de Rorai-Grande.
Le 20, les divisions Gardanne et Molitor s’arrêtèrent à Pordenone.
Le 21, à la pointe du jour, on se dirigea vers Codroipo. Les divisions Gardanne et Molitor marchant sur Valvasone, livrèrent un combat. Le soir, la division Molitor s’arrêta à Arsinio, en avant de San Martino.
Le 22, le Tagliamento fut passé et Codroipo occupé. La division Molitor s’établit à San Andrate.
Le 23, la division Molitor partit à sept heures du matin, les grenadiers se portant par la grande route sur Palmanova; le reste de la division prit par Marsano. Elle coucha à Visco.
Le 24, les grenadiers, avec la cavalerie d’Espagne, parvinrent à Gradisca, deux heures avant la nuit. La place enlevée, le reste de la division gagna Fratte, à deux ou trois milles de Gradisca.
Le 25, Molitor et Gardanne longèrent l’Isonzo jusqu’en face de Gorizia, repoussant l’ennemi. Mais on n’avait pas d’équipage de pont. Molitor s’arrêta en avant de Lucenigo. Le général autrichien Frimont évacua Gorizia la nuit, et les Français y entrèrent le 26.
Alors on attendit encore des nouvelles du Nord. La division Molitor occupa, en avant de Gorizia, les bourgs de San Pietro, Vertoiha superiore, Vertoiba inferiore, San Andrea, Scariano.
Le lendemain 27, elle fut logée à Gradisca, Jara, Rubia, Sagrada, Salise et Romana.
1805 (A AN, p. 96.)
Itinéraire de la division Molitor (comprenant le 79e régiment) dans les Etats autrichiens et en Dalmatie.
Le 16 frimaire (6 décembre), elle part de l’Isonzo, toujours avec la division de cavalerie d’Espagne, et, avant quatre heures du soir, s’arrête à Santa Croce, s’étendant à Haydenschaft, Schrila, Dobranla.
Le 17, elle atteignit Prevald; le 18, Planina et Loitsch ; le 19, Ober-Laybach ; le 20, Laybach et Werch.
Elle s’étendit à Ober-Laybach, Krainburg, üorlira et Attenlaach.
Le 1er nivôse (21 décembre), elle comptait 6,771 hommes, Le 79e en comptait 1,515 et 179 dans son dépôt transféré de Lecco à Mantoue.
Le 5 nivôse, la marche reprit sur Gratz : la division Molitor fut réunie par brigades.
Le 6, elle partit et cantonna entre Laybach et Popelch ; le 7, entre Saint-Oswald et Granz ; le 8 entre Granz et Cilly ; le 9, entre Cilly et Gonobitz; le 10, entre Gonobitz et Windish-Feistritz ;
LETTRES, PIÈGES OFFICIELLES, NOTES
le II enfin (Ier janvier 1806), elle occupa le cercle de Marburg, moins le chef-lieu.
Cette marche rapide sur Gratz fut arrêtée par l’ouverture des négociations.
La division Molitor comprenait le 5e et le 23e bien réduits depuis la journée de Caldiero, et le 79e. Sur les 1,112 hommes perdus dans cette campagne par cette division, le 79e en avait perdu 137 (7 tués, 109 blessés, 21 prisonniers).
Marmont, arrivant du Nord, entra à Gratz et reçut, le 7 janvier 1806, le commandement de l’armée d'Italie. Molitor fut •gouverneur de laDalmatie, et revint de la Carniole à Udine. Sa division partit d’Udine le 28 janvier, et, par Campo longo, Montfalcone, Santa Croce, arriva à Trieste, le 31.
L'avant-garde partit le 5 février de Trieste et de Capo d'Istria, sous Lauriston, pour Materia;
le
pour Lippa ;
le 16, pour le fort de Knin;
le
Drago ;
le 17,
Demis ;
le
Pribit (séjour);
le 16,
la passe de Yertica
le
Segna ;
(Ce jour
-là, Mathieu Dumas ar-
le
Ottochacz ;
riva à Zara) ;
le
Pérusic ;
le 19,
Sebenico (séjour);
le
Gospich ;
le 21,
Trau ;
le
Grachaz (Une partie
le 22,
Spalato ;
va de Gospich,par St-Roch, sur
le 23,
Almissa;
Zara, sous Mathieu Dumas) ;
Etc. La seconde colonne, sous le
le
pour la Zermagna ou Zer-
général Teste, était à peu près
manja ;
de trois
jours en arrière.
1806 (AAO, p. 97.)
Négociations au sujet de Cattaro : Lauriston dupé est bloqué à Raguse.
Les commissaires choisis pour la remise des [louches de Cattaro avaient été d’abord le général Mathieu Dumas pour la France, et Ghislieri pour l’Autriche. Ils s'étaient réunis à Zara.
Tout à coup, à la fin de février, les Monténégrins avaient envahi le pays de Cattaro. Petrovitch, leur vladika et évéque, depuis longtemps à la solde de la Russie, annonçait l’arrivée des Russes (27 février). En effet, le 28 février, une escadre, sous l’amiral Siniavine, était postée à Porterose.
Le gouverneur autrichien reçut une sommation de remettre
BARON GODART
la place de Castelnuovo aux Français (3 mars). Mais des renforts viennent aux Russes, et Ghislieri fait abandonner Castelnuovo aux Russes, et se retire à Raguse (du 4 au 7 mars).
C’est alors que Lauriston remplaça Dumas en qualité de commissaire, mais avec une division de 2,000 hommes: il devait occuper Raguse en compensation des Bouches de Cattaro. Il arriva à Macarska le G mai ; mais, gêné par les Russes qui attaquaient les îles et inquiétaient le littoral, il ne partit de Macarska que le 23 mai. Le 27, il entra à Raguse à titre de protecteur.
Les Bocchais, Bocquais ou Bocchaites, riverains des Bouches de Cattaro, étaient pour les deux tiers chrétiens grecs, et, par conséquent, sympathiques aux Russes.
Lauriston avait environ 1,900 hommes (quoique Marmont dise 4,000 à 5,000), sans munitions. Le général Launay était dans la même situation à Stagno avec 250 hommes. Lauriston implora le secours de Molitor.
M. Thiers le fait assiéger du côté de la mer par les Anglais, au lieu des Russes. Les Anglais ne parurent dans l’Adriatique qu’en 1807.
Le blocus dura vingt jours, du 16 juin au 6 juillet. Le 17 juin, les Monténégrins, leur évêque en tête, les Bocchais, les Russes poussèrent une attaque furieuse contre les 200 Français postés au Vieux Raguse. Le général Delegorgue, en tète dans les sorties, fut pris et décapité. Nos postes extérieurs, Bergatto, etc., furent perdus. Les Monténégrins et 2,400 Russes occupèrent Gravosa et les hauteurs de San Sergio (480 mètres d’altitude), d’où le bombardement de Raguse commença le 19 juin.
1806 (A AP, p. 97.)
Situation des troupes en Dalmatie, et en particidier du 79°, en avril-juin 1806.
Un décret du 24 mars établit en Dalmatie trois divisions militaires : Zara, résidence du commandant en chef, avec Cherso et Sebenico ; Spalato, avec Macarska; Cattaro.
Le 1er bataillon du 79e quitta Sebenico pour Clissa, d’où il pouvait descendre au secours de Spalato; le 2° dut quitter Zara pour le futur camp de Demis d’où il pourrait courir à tous les
LETTRES, PIÈCES OFFICIELLES, NOTES
autres principaux points prévus de débarquement; le 3e bataillon fut partagé entre Trau (division de Spalato) et Sebenico.
Son effectif était de 1,500 hommes ; celui de la division Molitor de 0,200; celui de l’armée de Dalmatie, de 14,900.
Mais ces forces étaient disséminées et amoindries par la maladie. On comptait 750 malades en avril, et il y en avait 700 à l’hôpital de Spalato le 17 mai, 1,100 le 9 juin. Toute l’armée en comptait 1,400 à 1,500 le 10 juin, et 1,800 avant la fin du mois.
Le 8° et le 00° d’infanterie légère, qui venaient d’arriver, étaient exténués par les marches.
Quant au régiment de Godart : « Je dois ménager le 79e régiment qui est le seul corps de résistance qui reste dans ma division» (Molitor, rapport du 5 juin). — « Il ne me reste que les 81° •et 79e régiments, dont plus de moitié sont dans les hôpitaux > (7 juin). — - « Le 79e, corps bien composé à la vérité, mais il a 30 à 35 hommes par compagnie à l’hôpital. Ce régiment forme en ce moment l’unique réserve en Dalmatie. 11 occupe Demis et Clissa. Le bataillon de Demis se jetterait au besoin dans Zara, où il n’y a que des recrues » (14 juin).
Ces recrues étaient des dépôts du 81e, du 79e et du 18e léger.
Quant au 79e, son dépôt principal avait été transporté de Mantoue à Padoue.
1800 (AAQ, p. 97.)
Dispositions pour l'expédition au secours de Raguse ( juin 1800).
Molitor, informé le 20 juin de la situation de Lauriston, partit le jour môme de Zara, et arriva le 21 à Spalato. Godart l’y joignit avec le 2e bataillon venu de Demis. On laissa à Spalato le 60e encore trop fatigué.
De Macarska, Molitor écrivit au vice-roi d’Italie :
<• Macarsca, le 23 juin 1800.
« J’ai reçu à Zara, le 20 de ce mois, la nouvelle que le général Lauriston, forcé de céder à des forces supérieures, s’était tout à fait retiré dans Haguse où il est bloqué par terre et mer. Je me suis mis en marche à l'instant même pour dégager le général Lauriston, et j’arrive ce matin à Macarsca. Je suis suivi par le 79e régiment, deux Cies de voltigeurs du 81e, et le dépôt du
bataillon grec. Je serais arrivé à Stagno si un malheureux vent contraire n'avait arrêté la plus grande partie du convoi à un mille de ce port, mais j’espère que, demain, je pourrai continuer ma route.
« Le sirocco m’arrêtant aujourd’hui à Macarsca, je profite de cette journée pour essayer de l'aire marcher 500 ou 000 Morlaques. »
A Stagno, ils trouvèrent tout le monde consterné. De là Molitor écrivit à Hadji-bey, d’Outtovo, le remerciant de ses bonnes relations avec le général Launay, le 26 juin; et le 29, au pacha de Trébigne, lui demandant la permission de passer sur le territoire ottoman déjà violé par les Monténégrins.
Le sous-lieutenant Calmain, du 79e, fut chargé d’aller, à travers les ennemis, informer Lauriston qu’on marchait à son secours.
1806 (AAR, p. 108.)
Récompenses accordées au 79e après le dêblocus de Raguse (, juillet-août 1806).
Molitor demanda en tout huit décorations. Sur huit propositions d’avancement, il n’en fit que deux pour le 79e, celles des chefs de bataillon Lecousturier et Délayant. Il convint que ces deux bataillons étaient, de tous les corps, les mieux commandés. Du reste, il conserva toutes les formes désirables avec le colonel, comme on le voit par la lettre qui suit :
« Zara, 18 août 1806.
« Je vois avec bien du plaisir, colonel, que, d’après le compte que j’ai rendu de la conduite distinguée de votre brave régiment à la journée de Raguse et d’après le rapport avantageux que S. A. I. a fait à l’Empereur, S. M. a bien voulu nommer membres de la légion d’honneur les militaires dont les noms suivent, savoir :