MONS. S
troupes que les alliés, nos ennemis, firent alors entrer dans la France, épuisée par vingt-cinq ans de guerre, qui avait plus de la moitié de ses soldats prisonniers en pays étrangers, et dont plusieurs provinces étaient prêtes à se séparer à la première occasion. De ce nombre était la province dont Mons, chef-lieu du département de Jemmapes, faisait partie.
Cette vaste et riche contrée, annexée à la France d'abord en fait par la guerre en 1792, et puis en droit par le traité d'Amiens, s'était si bien habituée à cette union, qu'après les désastres de la campagne de Russie, elle avait montré le plus grand zèle et fait d'énormes sacrifices pour aider l'Empereur à remettre ses troupes sur un bon pied. Hommes, chevaux, équipement, habillement..., elle avait obtempéré à toutes les demandes sans murmurer!... Mais les pertes que nous venions d'éprouver en Allemagne ayant découragé les Belges, je trouvai l'esprit de cette population totalement changé. Elle regrettait hautement le gouvernement paternel de la maison d'Autriche, sous lequel elle avait longtemps vécu, et désirait vivement se séparer de la France, dont les guerres continuelles ruinaient son commerce et son industrie. En un mot, la Belgique n'attendait que l'occasion de se révolter, ce qui eût été d'autant plus dangereux pour nous que, par sa position topographique, cette province se trouvait sur les derrières du faible corps d'armée que nous avions encore sur le Rhin. L'Empereur envoya donc quelques troupes à Bruxelles, dont il donna le commandement au général Maison, homme capable et des plus fermes.
Celui-ci, ayant parcouru plusieurs dé[)artements, reconnut que celui de Jemmapes, surtout la ville de Mons, était animi' du yilits mauvais esprit. On y parlait publiquement dune prise darmes contre les faibles garni-
sons françaises qui loccupaient, ce que ne pouvait empêcher le général 0..., qui en avait le commandement; car ce général, vieux, goutteux, sans énergie, étant né en Belgique, paraissait craindre de se compromettre vis-à-vis de ses compatriotes. Le comte Maison le suspendit de ses fonctions et me donna le commandement du département de Jemmapes.
La mission était d'autant plus difficile que, après les Liégeois, les habitants du Borinage, ou pays montois, sont les plus hardis et les plus turbulents de toute la Belgique, et que, pour les contenir, je n'avais qu'un petit bataillon de 400 conscrits, quelques gendarmes, et 200 cavaliers démontés de mon régiment, parmi lesquels se trouvaient une cinquantaine d'hommes nés dans le pays, et qui, en cas de collision, auraient été se joindre aux insurgés. Je ne pouvais donc vraiment compter que sur les ioO autres chasseurs, qui, provenant de l'ancienne France, et ayant tous fait la guerre avec moi, m'auraient suivi partout. Ils avaient de bons officiers. Ceux de l'infanterie, et surtout ,1e chef de bataillon, étaient on ne peut mieux disposés à me seconder.
Je ne pouvais cependant me dissimuler que, si l'on en venait aux mains, la partie ne serait pas égale. En effet, de l'hôtel où j'étais logé, je voyais tous les jours 3 à 4.000 paysans et ouvriers de la ville, armés de gros bâtons, se réunir sur la grande place et prêter l'oreille aux discours de plusieurs anciens officiers autrichiens, tous nobles et riches, et qui, ayant quitté le service lors de la réunion de la Belgique à la France, prêchaient actuellement contre l'Empire, qui les avait accablés d'impôts, leur avait enlevé leurs enfants pour les envoyer à la guerre, etc., etc. Ces propos étaient écoutés avec d'autant plus d'avidité, qu'ils sortaient de la bouche de seigneurs grands propriétaires, et s'adressaient à leurs fermiers et