‹ Mémoires du Général Bon de MarbotChapitre 112 sur 203 · DISGRACE DE BERNADOTTE · texte numérisé non relu

DISGRACE DE BERNADOTTE

ensemble. Malgré cela, Napoléon, devenu empereur, avait compris Bernadotte dans la première promotion de maréchaux, et le créa prince de Ponte-Corvo, à la sollicitation de Joseph Bonaparte, dont Bernadotte avait épousé la belle-sœur. Mais rien ne put calmer la haine et l'envie que ce général avait conçues contre Napoléon, qu'il flattait lorsqu'il était devant lui et dont il blâmait et critiquait ensuite tous les actes, ce que l'Empereur n'ignorait pas.

La capacité et le courage dont Bernadotte fit preuve à Austerlitz auraient porté l'Empereur à oublier ses torts, s'il ne les eût aggravés par la conduite qu'il tint à la bataille d'Iéna, où, malgré les sollicitations des généraux de son armée, il laissa ses trois divisions dans l'inaction la plus complète, et ne voulut jamais porter secours au maréchal Davout, qui, placé à une lieue de lui, soutenait seul devant Auerstaêdt les efforts de la moitié de l'armée prussienne, commandée par le Roi en personne ! Non seulement Davout, abandonné par son camarade, résista glorieusement, mais il battit ses nombreux ennemis. L'armée et la France s'indignèrent contre Bernadotte. L'Empereur se borna à le réprimander très fortement, ce qui réveilla un peu le zèle de ce maréchal, qui fit assez bien à Hall ainsi qu'à Lubeck. Mais, retombant bientôt dans ses habitudes de mollesse et peut-être même de mauvais vouloir, il n'arriva à Eylau que deux jours après la bataille, malgré les ordres qu'il avait reçus.

Cette nonchalance ranima le mécontentement de l'Empereur, mécontentement qui ne fit que s'accroître pendant la campagne de 1809 en Autriche, où Bernadotte, commandant un corps d'armée composé de troupes saxonnes, arrivait toujours trop tard, agissait mollement, et critiquait non seulement les manœuvres de l'Empereur, mais la manière dont les maréchaux diri-

geaient leurs troupes. Cette attitude acheva d'irriter Napoléon. Néanmoins, il se contenait encore, lorsque, le 5 juillet, première journée de la bataille de Wagram, le peu de vigueur et les fausses dispositions de Bernadotte permirent aux Autrichiens de reprendre le village de Deutsch-Wagram, dont la possession était d'une très grande importance.

Il paraît qu'après cet échec Bernadotte aurait dit à un groupe d'officiers « que le passage du Danube et l'acc tion qui s'en était suivie ce jour-là avaient été mal diric gés, et que s'il eût commandé, il aurait par une savante c mananivre, et presque sans combat, réduit le prince c Charles à la nécessité de mettre bas les armes ». Ce propos fut rapporté le soir même à l'Empereur, qui en fut justement indigné. Telle était la disposition des esprits entre Napoléon et Bernadotte, lorsque le 6 juillet vit recommencer entre les deux armées l'engagement mémorable qui devait décider la victoire, encore incertaine la veille.

Nous avons vu qu'au plus fort de l'action, les Saxons, commandés par Bernadotte et mal dirigés par lui, furent repoussés, et que, chargés par la cavalerie ennemie, ils se jetèrent en désordre sur le corps d'armée de Masséna, qu'ils faillirent entraîner dans leur fuite. Les Saxons sont braves, mais les meilleures troupes peuvent être mises en déroute et essuyer une défaite. Or, il est de principe qu'en pareil cas les chefs ne doivent pas chercher à rallier ceux de leurs soldats qui sont à la portée des sabres et des baïonnettes ennemis, parce que c'est une chose à peu près impossible. Les généraux et colonels doivent donc gagner promptement la tête de la masse des fuyards, et, faisant alors demi-tour, se présenter en face d'eux, leur en imposer par leur présence, leurs paroles, arrêter le mouvement rétrograde, reformer les

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