‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 110 sur 259 · PREMIER INSUCCÈS DES NAPOLITAINS · texte numérisé non relu

PREMIER INSUCCÈS DES NAPOLITAINS

nécessaires poar prendre les armes, le général C... et moi, noas étions accourus sur le rivage, suivis par les hommes du piquet. La mer était couverte de petites barques qui, à notre vue, ne sachant si elles devaient avancer ou se retirer, croisaient en tous sens; cependant elles joignirent leur feu à celui des hommes débarqués; mais ce secours ne sauva pas ces derniers, car, sans m'arréter, je les avais chargés à la tôte du piquet, et ils furent tués en totalité. Quant aux barques, au moment où le canon allait se joindre à notre mousqueterie et en partie du moins les couler, elles prirent le large et disparurent. Une restait aucun doute. Le chevalier Micheroux avait espéré trouver Porto di Fermo faiblement occupé, surprendre les troupes qui s'y trouvaient, enlever le cantonnement, y réunir sa première division et se trouver dès le lendemain matin en mesure de seconder sa seconde division dans l'attaque de Fermo ; il n'avait pas mal imaginé son plan; mais, s'il avait pu être trompé sur le nombre de nos troupes, il ne devait plus s'abuser sur notre vigilance. En résultat, il débutait par un insuccès.

Le lendemain, à dix heures du matin, aucune autre nouvelle de l'ennemi n'étant parvenue à Porto di Fermo, le général C... partit, aûn de chercher pour sa division une position qui fût plus avancée. Marchant avec cinquante dragons et trois compagnies de carabiniers, il prit la route de la Marine, mais, arrivé à trois bons quarts de lieue de Porto di Fermo, il se trouva, au débouché d'un bois, en face et à petite distance de tout le corps de droite du chevalier. A Tinstant il fit mettre ses dragons en bataille, ce qui était absurde et doublement absurde, puisqu'il en avait trop peu pour les faire compter et que, hors de mesure d'en imposer à l'ennemi, on ne doit montrer sa cavalerie que lorsqu'elle

est au moment d'agir avec succès; puis il jeta les cara* biniers dans les hauteurs boisées qu'il avait sur sa droite, ce qui eût été rationnel s'il leur avait ordonné de ne pas le perdre de vue; mais il leur prescrivit de s'em* parer d'un point culminant, ce qui 1^ séparait trop de lui; enfin il envoya son aide de camp Fabvre à Porto di Fermo pour y faire prendre les armes aux troupes. Comme Fabvre approchait, il me rencontra; je suivais, conformément aux ordres que le général C... m'avait donnés, sa reconnaissance avec un bataillon de ligne; de suite je fis doubler le pas à mon bataillon, et, après avoir chargé Fabvre d'ajouter à-l'ordre qu'il portait au général Rusca, celui de déboucher de Porto di Fermo avec tout ce qui restait de la brigade et de s'avancer jusqu'à ce qu'il reçût contre-ordre, je rejoignis au galop mon général de division.

Je le trouvai à l'extrémité de son petit bois. Bien entendu, mon premier regard fut pour inspecter le ter* rain : en avant et à demi-portée de canon, sur un coteau bordant la mer, l'ennemi avait établi une double rangée de batteries, derrière lesquelles se massaient en seconde ligne l'infanterie par bataillons et la cavalerie en colonne; sur la droite étaient les bois et les montagnes où le générale... avait envoyé se loger ses carabiniers, mais aussi où le chevalier Micheroux avait fait marcher le second corps de son armée. £t c'est dans cette position que je trouvai mon général le plus tranquille du monde, immobile au milieu de la route.

Je crus, à sa tranquillité, qu'il s'était rendu le compte exact des positions respectives; car, si formidable qu'elle parût, celle du chevalier Micheroux ne révélait, par la pensée qui y avait présidé, qu'ignorance et incapacité. Cinq mille hommes d'infanterie se trouvaient entassés là où deux bataillons à peine auraient pu se déployer» et de

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