LE COMTE ROGER DE DAMAS
peaux. A cette affaire assistait le prince Borghese Checo, dont j'ai déjà parlé, et qui alors s'appelait pour nous le € citoyen Borghese >; il avait remplacé, comme adjudant général de la garde nationale de Rome, auprès du général Maurice Mathieu, le prince de Santa Groce, tué à Otricoli. U se distingua et fut félicité dans les ordres du jour.
Toutes ces victoires avaient avancé Theure de frappei un grand coup, et pour le frapper, le général Championnet, qui avait si heureusement choisi le terrain des opérations qu'il avait constamment dirigées, attendait des renforts; car en ce moment il était si pauvre de troupes qu'il se trouvait réduit, pour la garde de son quartier générai et sa réserve, à un demi-bataillon. U disposa donc ses forces en vue d'une marche en avant. Le général Mack s'était retiré sur Cantal upo et attendait le maréchal de Damas, émigré français, qui avait débarqué i Livoume avec plus de sept mille hommes et qui arrivait à marches forcées sur nos derrières en traversant toute la Toscane. Le maréchal de Damas devait se réunir à Mack et à Metsch à Civita Castellana; à vingtquatre heures près, si nous les avions perdues ou si Mack les avait gagnées, cette formidable concentration aurait pu se réaliser; mais alors Metsch était anéanti, Mack battu et nos troupes occupées à le poursuivre. Lorsque le maréchal de Damas se présenta avec un premier corps de trois à quatre mille hommes devant Civita Castellana, il n'y trouva plus que cent cinquante hommes qui la gardaient sous les ordres du capitaine Millier et sous l'insuffisante protection d'un fortin aux murailles ruinées par le temps; il devait penser qu'une sommation suffirait; mais on eût dit que l'Italie, ce sol sacré des héros antiques, faisait surgir l'héroïsme de nos officiers, et Mûller répondit si bien aux sommations par
des coups de fusil et fit si ferme contenance que le maréchal de Damas, comprenant que la prise de la place ne compenserait pas le dommage du temps perdu, repartit le lendemain à la pointe du jour, se dirigeant sur Rome, pour aller rejoindre Mack en traversant la ville qu'il croyait occupée encore par Ferdinand IV; or, pendant le temps que, grâce à l'attitude de MQller (1), ce Damas avait été retenu devant Civita Castellana, Ferdinand IV, épouvanté par tous ses revers et rappelé par une agitation qui se fomentait à Naples, avait décampé brusquement de Rome, où il était entré au faîte de l'orgueil, dont il sortait au faîte du désespoir.
A la nouvelle de ce départ inattendu, le général Champlonnet, qui se préparait à franchir le Teverone, avait jugé plus sage de réoccuper d'abord Rome et s'était hâté d'y envoyer son aide de camp Romieux, pour annoncer à la garnison du château Saint-Ange qu'elle était délivrée et aux Romains que nous allions réoccuper leur ville. Romieux avait à peine quitté son général en chef que celui-ci était informé de la marche du maréchal de Damas, qui venait de quitter Civita Castellana et s'avançait sur Rome. Aussitôt il envoya, pour barrer le passage, le général Rey, qui, pris de court, n'arrivait pas à moitié route quand déjà le maréchal de Damas se présenta devant Rome.
Dans la ville tout le peuple était en rumeur, prêt à soutenir )e maréchal, et celui-ci, malgré le départ du Roi, se trouvait à ce moment encore le maître et l'arbitre de tout; il n'avait qu'à passer le plus tranquillement du monde, personne n'était en mesure de l'empêcher; il
(1) Il poussa les choses au point de ne pas même permettre à son noble adversaire de mettre garnison dans la ville, où trois cents Napolitains blessés étaient traités par des chirurgiens français, sous la protection du commandant du fort.