RÉOCCUPATION DE ROME. SS
envoya cependant un parlementaire au commandant du fort Saint-Ange pour réclamer la liberté du passage. C'est alors que le capitaine Romieux arriva avec douze ou quinze hommes d'escorte et, se trouvant au fort Saint-Ange, répondit à l'étrange demande par un refus formel; de plus, cédant à une inspiration aussi folle qu'héroïque, il partit du fort avec deux cents hommes d'infanterie et deux pièces de canon, traversa une partie de la ville, prête à se soulever, sortit par la porte du Peuple, chargea les éclaireurs de l'ennemi, qui déjà occupaient le Ponte-Molle, reprit ce point, mit ses deux pièces en batterie, couvrit de cette sorte et contint la ville, commença le feu, arrêta les trois à quatre mille hommes marchant avec une forte artillerie et parvint à gagner la nuit, qui, à l'étonnement de tous, fut tranquille.
Cependant le jour reparut, et M. de Damas continuait à demeurer immobile. Le frère et aide de camp du général Rey, précédant son général et chargé d'une reconnaissance, l'avait poussée jusqu'à Rome; attiré par l'odeur de la poudre, il arriva au Ponte-Molle, et, par son escorte de trente chasseurs à cheval, il renforça la faible troupe de Romieux. Dans l'espoir que la vue de ce nouveau peloton fera croire à l'arrivée des forces attendues, il le place en vue de M. de Damas, qu'il fait sommer de mettre bas les armes, et cette sommation, qui ne devait aboutir qu'à décider une charge à fond contre nous, donne lieu à des pourparlers et à des demandes de conférences. L'adjudant général Bonnamy survient au moment où Romieux recevait cette incroyable réponse; à son tour il entre en scène et fait signifier à M. de Damas que, si dans une heure il ne s'est pas rendu, il sera attaqué et anéanti. Bien entendu, cette heure de délai n'était donnée que parce
qu'il était impossible que les troupes, qui aecouraient plus qu'elles ne marchaient, rejoignissent avant. Cepen« dant cette heure allait finir, et aucune infanterie ne paraissait encore. Enfin le général en chef parut; il était suivi de troupes ; il ordonna l'attaque. Les forces de M. de Damas furent rejetées jusqu'à la Storta, mais là elles se reformèrent, il fallut un combat assez meurtrier pour les mettre en déroute.
Pour compléter les avantages de cette lutte improvisée, le général Championnet envoya, du champ de bataille même, l'avis de cette victoire au général Kellermann et l'ordre de faire raison de ce qui restait du corps du maréchal de Damas, comme le général Maurice Mathieu avait fait raison de celui de Metsch.
Tranquille de ce côté, il ne devait plus laisser Rome déserte; le général Championnet, sans leur donner aucun répit, y amena les troupes qui venaient de combattre à la Storta, et, avec d'autres arrivant, il leur fit prendre position sous le commandement du général Forest, en dehors de la porte Saint-Jean de Latran, à l'embranchement des routes de Frascati et d'Albano; puis, après s'être montré dans les différents quartiers de la ville, il rentra dans le logement même qu'il occupait avant l'évacuation, et il y rentra comme s'il ne Tavait jamais quitté. Il était plus de neuf heures du soir; un repas aussi gai que nécessaire commençait à pourvoir aux impérieux besoins de la fatigue et de la faim , lorsque plusieurs officiers et ordonnances se succédèrent à toute bride, annonçant que six mille Albanais rétrogradaient de Frascati et s'avançaient avec du canon pour s'emparer de la porte de Saint-Jean de Latran, dans le but de faciliter, mais par bonheur trop tard, le passage de M. de Damas; dans ce moment même, ils attaquaient nos avant-postes I