VIN DE LA CAMPAGNE DE ROME. S
Cet avis i peine reçu, le canon le confirma. Il ne fat plas question de lassitude ni d'inanition. Généraux et officiers d'état-major se rejetèrent à cheval et coururent aa lieu de ce nouveau combat; de même, d'après les ordres immédiatement transmis, tout ce qui se trouvait de troupes i Rome fut mis sous les armes et en mouvement, soit pour contenir la ville, soit pour soutenir les troupes engagées. Et pourtant, quelque diligence que passent faire même les généraux, leur rôle se borna à être témoins de la défaite de ces Albanais. De nouveau oous était assurée la possession de Rome; on avait demandé vingt jours pour rentrer dans la ville; dixsept avaient sufiB.
Pendant ce temps, le général Kellermann achevait M. de Damas. Il n'avait pu recevoir à temps les ordres que le général en chef lui avait envoyés de la Storta; mais, ayant connu de son côté la marche de M. de Damas, il le surveillait, et, dès qu'il apprit que ce noble adversaire se retirait par la route d'Orbetello, il le joignit i Toscanella, le battit, lui fit des prisonniers et, lui poussant Fépée aux reins, l'atteignit une seconde fois à Montalto , lui prit ses deux dernières pièces de canon et lui fit neuf cents prisonniers. Ayant eu la mâchoire fracassée par une balle, M. de Damas remit son commandement; les débris de ses troupes gagnèrent de petits ports pour s'embarquer vers Naples. Sans s'en inquiéter davantage, le général Kellermann marcha sur Viterbo.
Cette ville, où les administrations et les équipages français avaient été évacués lors de l'abandon de Rome, s'était insurgée, avait pillé les équipages, jeté les administrateurs dans les cachots. Le général Kellermann ne donna pas aux habitants le temps du repentir; il les surprit par une attaque foudroyante à la baïonnette et
fit, au fil de l'épée, Texemple le plus complet et Je plus nécessaire.
Ce fut la fin de cette campagne de Rome, pendant laquelle, avec 13 à 14,000 hommes, le général Championnet tua ou blessa à Tennemi plus de 12,000 des siens, enleva près de 4,000 chevaux ou mulets, 101 pièces de canon de bataille, la presque totalité des parcs et bagages, 21 drapeaux, et frappa de terreur tout ce qui lui échappa. Rien de tout cela^ au surplus, ne fut ni inaperçu, ni inapprécié. L'Italie entière en fut frappée, l'Europe étonnée, et les braves de cette armée s'enorgueillirent des louanges que, des bords du Nil, leur donna l'arbitre de toutes les gloires, le général Bonaparte. Le Directoire terminait un de ses plus enthousiastes messages par ces mots : c L'armée française marche sur Naples i, et le Corps législatif se réunit d'urgence pour déclarer que l'armée victorieuse des Napolitains avait bien mérité de la patrie.
N'écrivant pas l'histoire de cette campagne et ne devant faire figurer dans ces Mémoires que les faits auxquels j'ai personnellement assisté, je m'étais promis de rappeler le plus succinctement possible les rôles du centre et de la droite. Je me suis laissé entraîner à des développements qui dépassent la mesure que je m'étais imposée, et c'est avec regret que je n'ai pas trouvé la place d'en consigner davantage. J'ai, à l'époque même, recueilli toutes les notes nécessaires pour écrire Thisloire de la campagne entière; le général Maurice Mathieu, qui avait fait une relation pour lui, me l'a communiquée en 1804; elle était absolument conforme à mes écrits et à mes souvenirs. Or, tout ce que j'ai lu sur cette campagne ne m'a pas paru répondre à la réalité, et je n'en excepte ni les rapports du général en chef, ni ceux de son adjudant général Bonnamy . Championnet, sans man-