AUTOUR DU GARIGLIANO
jours ; les torrents grossissaient et se multipliaient; les terrains se défonçaient; on en était à préférer la torture de la fatigue à ce que les haltes avaient de pénible; mais, comme partout le général Maurice Mathieu donnait l'exemple du dévouement et du courage, ses troupes n'hésitèrent pas à se jeter dans la Melfa et, ne s'occupant de préserver que leurs fusils et leurs gibernes, traversèrent cette rivière en ayant de l'eau jusqu'au cou (1). C'est à Roccasecca que le général Maurice Mathieu était parvenu en poursuivant la division ennemie; dès la pointe du jour, il comptait reprendre cette poursuite, mais il découvrit que la ville regorgeait de magasins militaires; il s'arrêta donc pour profiter de l'aubaine, faire distribuer deux paires de souliers et deux chemises à chacun de ses soldats , laissant ce qui restait dans ces magasins sous la garde des autorités locales (2), et donnant avis jlu tout au général Macdonald. Enfin, après avoir atteint et traversé San Germano, il vint camper au point qui lui était fixé, c'est-à-dire à l'embranchement des routes de San Germano et de Venafro à Capoue, puis
(1) Cette arrivée subite des troupes françaises au delà de la Melfa surprit une autre colonne ennemie qui arrivait, mais trop tard, pour passer aussi la rivière et se porter à la défense de San Germano. Cette colonne, survenant à la nuil. fut reçue par une fusillade à bout portant, à laquelle elle ne s'allcndait pas. Le brigadier suisse qui la commandait chargea en personne, mais sans succès; alors, remontant la rivière qui avait formidablement grossi, il chercha vainement un gué et dut se rejeter dans les montagnes et renoncer à gagner San Germano.
(2) Un autre objet excita également sa sollicitude pendant cette halte. Il existait dans la ville un hôpital rempli de soldats napolitains, malades ou blessés, et qui depuis deux jours n'avaient reçu de leurs compatriotes ni soins ni aliments. Il les Gt tous panser et ordonna aux autorités de pourvoir à leurs besoins. Ce trait d'humanité produisit un étonnement qui, avec un autre peuple, eût été fructueux, mais qui, dans ce pays, ne pouvait donner de récompense que par le sentiment d*avoir bien agi.
il attendit de nouveaux ordres. Là il apprit qu'une autre colonne ennemie se hâtait de se replier par Venafro sur Capoue, où toutes les troupes de Tarmée royale étaient rappelées; il la fit observer, fît couper tous les ponts devant elle; mais, sur ces entrefaites, l'adjudant général de Mack, le prince Pignatelli, se rendit auprès de lui pour demander un armistice de quelques jours. Le général Maurice Mathieu ne pouvait à cet égard rien prendre surlui; toutefois, comprenant l'importance de faire jaser ce prince, il l'engagea à se rendre à San Germano, où le général Macdonald, que le général en chef suivait avec la réserve à un jour de distance, devait être près d'arriver; or, à rinsu du général Championnet, par un empiétement sur son autorité et sans un motif qui put l'excuser, sans vouloir comprendre qu'il n'avait en la circonstance pas plus de pouvoir que le général Maurice Mathieu, le général Macdonald consentit à une suspension d'armes de quarante-huit heures, pendant laquelle, aux termes de Tarmistice, il plaça son quartier général à Sparanise et établit la brigade Maurice Mathieu à Gajazzo, la brigade Girardon sur la montagne de Jérusalem, et une espèce de réserve à Calvi, c'est-à-dire qu'il prenait position aux portes de Capoue.
La prise de cette position aussi près d'une place forte, en face de l'ennemi qui, couvert par le Vollurne, avait massé là ses dernières forces pour un suprême effort et pouvait d'un moment à l'autre diriger contre nous la plus terrible attaque, cette prise de position était une témérité , et pendant plusieurs jours elle eut les plus graves dangers. Bonnamy, qui, toute sa vie, après avoir ménagé la chèvre et le chou, cherchait ce qu'il pouvait ménager encore, a rappelé ce fait dans son Coup d'œil sur les opérations de la campagne de Naples, et. se laissant aller aux plus puériles réticences, il se demande s'il ne