‹ Mémoires du général Bon ThiébaultChapitre 144 sur 259 · INFRACTION DE MACDONALD · texte numérisé non relu

INFRACTION DE MACDONALD

doit pas en imputer la faute au général en chef pour des raisons qu'il doit taire; mais tous les témoins que je consultai dans le temps, et les notes précises écrites par le général Maurice Mathieu, notes que j'ai sous les yeux, confirment ce fait que le général Championnet avait son plan bien arrêté d'attendre la troisième division qui arrivait des Abruzzes avec les généraux Lemoine et Duhesme, de l'attendre à Cajanello, c'est-à-dire à Tembranchement des routes de Capoue, Yenafro et San Germano, où, on l'a vu, le général Maurice Mathieu avait eu l'ordre de s'arrêter; par ces dispositions il entendait laisser aux troupes ennemies le terrain nécessaire pour qu'elles pussent se déployer en avant de Capoue, puis être attaquées et battues par notre armée réunie. Seulement, lorsqu'il vit la ligne à laquelle il comptait s'arrêter dépassée par l'initiative intempestive du général Macdonald, il se résigna au fait accompli, ne voulant pas devant les Napolitains faire exécuter un mouvement rétrograde (1). On va voir que le général Macdonald eut l'espoir de faire prendre Capoue par sa division, c'est-à-dire de ménager à sa gloire le plus beau fait d'armes de cette campagne ; il pouvait y être encouragé par le souvenir des combats où, presque à elles seules et sous l'inspiration de leurs généraux de brigade, les troupes de sa division avaient battu quarante mille hommes ; mais ce n'en est pas moins par suite de ce vain espoir qu'il provoqua le seul échec grave qu'ait subi notre armée pendant cette campagne.

Jusqu'alors, depuis le départ de Rome, le général Macdonald s'était privé de toute autre initiative, sauf celle

(i) Dans 868 Souvenirs, le maréchal Macdonald fait de ces événements un récit qui n'a pas le moindre point de ressemblance avec celui de Paul Thiébault. Qu'il nous sullise de relever la contradiction. (Éd.)

de faire châtier, chemin faisant, par son aide de camp Pamphile Lacroix les habitants d'Arpino. Chargé de cette mission avec des forces insufQsantes pour l'exécuter, Pamphile Lacroix n'avait dû d'y réussir qu'à l'incroyable terreur que la présence de nos moindres troupes inspirait alors à toutes les villes italiennes; or, la ville rendue, le général Macdonald la fit scandaleusement rançonner; quelques moyens qu'il fit employer, il ne put obtenir la contribution entière et fit contracter poui le restant des obligations par les autorités. Bien que celles-ci eussent cherché un recours près du général en chef qui les exempta de ce qu'elles n'avaient pas encore payé, ce fut là pour le général Macdonald une première, mais encore faible part des soixante-quinze mille louii que lui valut la campagne de Naples.

Pendant que ces faits s'étaient accomplis, le général Rey avait agi de son côté et de la manière la pluf heureuse. A partir de Terracine, avec un bataillon, il avait enlevé la place assez forte d'itri, défendue par quatre bataillons et six pièces de canon^ et, le 31 décembre i s'était porté sur Gaëte, à la tète de six cents Polonais et de quelques escadrons de cavalerie. Cette démonstratioi avec une poignée d'hommes devant une place réputée imprenable, forte de cent canons, de deux mille cinç cents hommes, et qui par la mer aurait pu échapper même aux conséquences les plus cruelles d'un siège en règle cette démonstration ne pouvait être qu'une plaisanterie, et, partout ailleurs qu'en Italie, c'eût été même une détes table plaisanterie; toutefois, par ses résultats, elle fil un pendant, et un pendant plus extraordinaire encore, i la prise de Pescara.

Parvenu à portée de canon, le général Rey envoyi sommer le gouverneur de se rendre. MM. les com mandants des places de guerre du roi de Naples étaient

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