CONSÉQUENCES D*UNE ÉCHAUFFOURÉE. :U
de et le Saint, restait Mathieu Maurice, dont il fit Maurice Mathieu pour changer plus complètement encore la figure de ce nom, tout en en conservant les deux termes; c'est donc sous cette forme de roture qu*il l'ennoblit par réclat de ses vertus militaires, et il l'ennoblit de telle sorte que ce vrai nom de gloire devra être repris par le premier de ses descendants qui se sentira digne de le porter.
Le général Championnet fut profondément affecté de TéchaufTourée malheureuse qui ralentissait l'entrain de nos soldats, alors qu'on avait le plus besoin de leur exaltation, et qui rendait la confiance aux Napolitains en risquant de compromettre la fin de la campagne. Il savait bien par quels motifs avait agi le général Macdonald, qui voulait enlever à son général en chef et aux autres généraux de l'armée la part de gloire qu'ils allaient recueillir; il souffrait de l'indiscipl ine d'un tel acte ; car on ne pouvait arguer de son éloignement pour s'excuser de ne l'avoir pas consulté, puisqu'il était à ce moment si près de la division Macdonald, que, si on lui eût demandé ses ordres, il aurait pu les faire parvenir dans la nuit même qui précéda l'échauifourée. Mais le général Championnet était aussi bon camarade, aussi bienveillant pour les autres qu'il était sévère pour lui-même. Au lieu de mettre le général Macdonald en jugement, il s'occupa des moyens d'échapper aux effets que ce premier mais grave échec pouvait avoir sur le moral des troupes; dans ce but, sans abandonner son plan et tout en continuant d'attendre le renfort de sa troisième division, il ne voulut pas quitter sa position avancée, et même, pour donner plus d'assurance aux troupes, il ajouta, en la complétant, à ce que cette position avait d'offensif.
Cependant, avec la nouvelle de l'échec que la division Macdonald avait subi devant Capoue, s'en était répandue
348 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL BARON THIÉBaULT.
une autre qui eu était la conséquence, à savoir que Mack préparait une attaque générale, et ces nouvelles avaient suffi pour déterminer l'explosion d'une insurrection menaçante. Le générai Rey expédia successivement plusieurs ordonnances au général en chef pour l'informer qu'un nombre considérable d'insurgés était réuni à Sessa, que ces insurgés menaçaient de couper nos ponts sur le Garigliano et qu'ils s'apprêtaient à venir nous attaquer dans nos camps. Le pont du Garigliano fut pris, notre parc de réserve de l'armée détruit; Itri, Fondi, s'insurgèrent; à San Germano, les équipages du général en chef furent pillés, leur garde égorgée; à Teano, le quartier général en chef est attaqué, et le général Championnet n'y rentre qu'à la tête de deux bataillons. Vers tous ces points menacés on détache des colonnes du camp de Gapoue; ce camp se trouve ainsi réduit à quatre mille hommes, ce qui favorise une sortie de l'ennemi, sortie heureusement repoussée.
Le général Rey, qui s'était porté sur Sessa, réussit à en forcer l'entrée; mais, parvenu sur la place, il eut le plus horrible spectacle. De tous côtés, et en partie palpitants, gisaient de nos soldats, égorgés après avoir été mutilés. Plus loin, des débris humains, fumant encore et presque en charbons, étaient ce qui restait d'un officier du 25' de chasseurs à cheval et du capitaine Gourdel (4), tous deux brûlés vifs et à petit feu. A quelques pas de là, un tas de chair et d'ossements; c'était le produit de onze de
(1) Dès qu'on avait eu la nouvelle du rassemblement des insurgés à Sessa, une colonne était partie du camp de Capoue pour dissiper ce rassemblement; mais elle avait été repoussée, ayant perdu cinquante hommes et huit offîciers, dont ce Gourdel, l'un des aides de camp du général Championnet ; un autre de ces aides de camp, le capitaine Claye, envoyé do Vcllelri pour rechercher des nouvelles du général Lemoine, avait été saisi près du lac Celano, attaché à une poutre et coupé membre par membre à coups de hache.