BUCHERS ET REPRÉSAILLES
nos soldats hachés tout vivants. Enfin un autre bûcher dressait sur cette même place ses trois poteaux, auxquels trois nouvelles victimes allaient être attachées; déjà liées et garrottées, elles subissaient, au fond d'un cachot, une affreuse agonie, lorsqu'elles furent sauvées. L'une d'elles était le dernier courrier expédié par le général en chef. Par représailles, la ville fut démolie de fond en comble; puis, pressé de rétablir ses communications avec Gaëte, le général Rey chargea le générai Dombrowski avec son bataillon polonais, ses uhlans, de réduire Itri» Fondi et les autres centres de rassemblements, Castelforte, Castel Onorato. Ayant dissipé les hordes qui couvraient ce dernier repaire, le général Dombrowski y fit entrer son aide de camp Trémo, escorté par trente uhlans. Accueillis par les habitants avec de grandes démonstrations de joie, Trémo et ses hommes cédèrent aux instances qui leur étaient faites pour qu'ils acceptassent quelques rafraîchissements; mais à peine eurent-ils mis pied à terre et furent-ils éparpillés, qu'ils furent assailis par ces mêmes habitants et impitoyablement mis à mort. Le châtiment suivit de près; Onorato, de suite cerné, fut pris de vive force, et pas un habitant ne fut épargné.
Cependant ces répressions, au lieu d'apaiser la révolte, semblaient la surexciter; les insurgés, partout repoussés, reparaissaient partout, sitôt que nous nous étions éloignés. San Germano était réoccupé; les deux rives du Garigliano en étaient réinfestées; les routes devenaient de plus en plus impraticables , la marche des convois impossible; les munitions diminuaient de manière a alarmer, et, le parc de réserve ayant été détruit par les insurgés, on ne savait comment le remplacer. Enfin la situation devenait à ce point menaçante, que l'on en était à douter si les généraux Duhesme et Lemoine,
dont on n'avait d'ailleurs aucune nouvelle, pourraient déboucher des gorges où ils étaient engagés et rejoindre la droite de l'armée; Rome était menacée par de nouveaux rassemblements d'insurgés; Civitavecchia, de son côté, avait ouvert ses portes et son port à tous nos ennemis, et était devenue un repaire, contre lequel tous nos efforts étaient impuissants et continuèrent à l'être; dix de nos officiers d'étatrmajor avaient déjà été assassinés de la manière la plus barbare, et on en était à trembler pour des escortes de quatre cents hommes d'infanterie et de cavalerie données aux courriers. Enfin on répétait l'annonce que nous allions être attaqués sur tous les points, et ce n'était plus seulement une question de savoir si l'on pourrait continuer l'ofTensive, mais même se maintenir dans les positions occupées. Tel était le résultat de l'acte de vanité et d'indiscipline dont le général Macdonald s'était rendu coupable, et ce résultat rendait plus sensible la faute qui l'avait déterminé.
C'est au milieu de ces graves réflexions que le général en chef reçut du général Mack une demande d'armistice qu'il crut devoir repousser, ne pouvant évaluer à qui des deux cet armistice pourrait le plus proGter. Cependant, quatre jours après, la même demande lui fut renouvelée sans plus de succès, et cette fois au nom du prince Pignatelli, que le roi de Naples, avant de s'embarquer pour la Sicile, avait investi de la vice-royauté. Or, tout en rejetant ces propositions, le général en chef avait peine à les comprendre. Ignorait-on à Naples nos embarras, notre faiblesse et nos dangers? Pouvait-on méconnaître tout ce que nous avions à gagner à l'armistice, ne fût-ce que pour nous retourner contre les insurgés qui nous assaillaient de toutes parts, pour nous réapprovisionner en munitions surtout et rouvrir nos communications avec Gaëte et Uome ? Quels pouvaient